Elle a vaincu Ebola. Son bébé aussi. À Rwampara (Bunia), cette mère et son enfant figurent parmi les 7 nouveaux guéris d'Ébola. Derrière cette image, se cache une histoire de courage, de soins et d'espoir.
Verite Johnson
🚨7 nouvayx malades guéris d'Ebola quittent le CTE de Rwampara (Bunia. Parmi les guéris, un bébé !
« Nous demandons à la population de ne pas croire aux rumeurs. Ebola existe, mais Ebola se soigne», ont-ils témoigné...écrit https://t.co/NyjyIbDr5B
#RDC-#Ebola: Le directeur des Centres africains de contrôle et de prévention des maladies (Africa CDC) a averti mardi que l’épidémie d’Ebola en République démocratique du Congo pourrait devenir la pire jamais enregistrée. Selon lui, son endiguement pourrait coûter des milliards de dollars à l’avenir si les faiblesses critiques de la réponse actuelle ne sont pas corrigées rapidement.
"Si nous ne parvenons pas à stopper cette épidémie très bientôt, elle sera pire que celles que nous avons connues en Afrique de l’Ouest et dans l’est de la RDC", a déclaré le directeur général de l’Africa CDC, @Dr_JeanKaseya , lors d’une réunion virtuelle des chefs d’État africains au Burundi. @AfricaCDC@WHOAFRO
Et si on repartait à Nyankunde…
Je connais Nyankunde. Pas comme journaliste. Comme fils.
En 1993, mon père y a été hospitalisé. J'habitais Bunia. Ma mère faisait les allers-retours. Ce que je garde de Nyankunde, c'est le calme du lieu. La proximité des infirmiers avec les patients. Un hôpital qui fonctionnait. Qui prenait soin.
Trente ans plus tard, je suis à Paris. Et Nyankunde est parmi les zones touchées par Bundibugyo.
C'est docteur Patrick LaRochelle qui m'a mis sur la piste. Médecin missionnaire. Il a travaillé à Nyankunde pendant plusieurs années. Au moment où il m'écrit, il est en quarantaine à Prague. Il a contracté le virus en soignant des patients dans cet hôpital que je connais. Il refuse les interviews. Il veut que ce soient les voix de ses collègues qui soient entendues. Il me propose plusieurs contacts. Dont docteur Mark Godeschalk.
Je l'appelle.
Au bout du fil, une voix posée. Un homme qui parle lentement, qui cherche ses mots en français. Néerlandais. En RDC depuis 2018. Il travaille pour la communauté Emmanuel CE39. Basé à Nyankunde d'abord, puis à Lolwa, puis à Bunia depuis 2022.
Il commence par Abelkozo. Un centre de santé à quinze kilomètres de Mongbwalu. Il y a deux semaines, il s'entretient avec l'infirmier titulaire. L'infirmier lui dit : j'ai quatre malades. C'est réellement la maladie à virus Ebola. Je les ai mis en isolement. Mais il n'y a pas de transport. Je ne peux pas les emmener au centre de traitement. Ils restent ici.
Certains sont décédés sur place.
L'infirmier manquait de matériel pour les soigner. De matériel pour se protéger lui-même.
« Ce n'est pas l'unique exemple. Il y a plusieurs structures où on a le même problème. »
Les postes de santé ruraux n'ont pas d'ambulance. Les taximen et motards qui assuraient parfois ce rôle ont compris le risque. Certains ont arrêté. Les malades restent là où ils ne devraient pas rester. Le personnel soigne sans se protéger.
Puis il me parle d'un autre village. 15km de Mongbwalu. Une infirmière tombée malade, décédée. Enterrée là, à côté de la structure où elle travaillait.
« J'étais là. C'est vraiment une situation triste. »
« Peut-être beaucoup d'attention par là où il y a des grands hôpitaux, par là où il y a les villes. Mais entre-temps, il y a des centres de santé, des postes de santé, des structures de la santé primaire qui reçoivent d'abord les malades. Et c'est là où il n'y a pas encore d'appui à travers la riposte. »
Je pense à Nyankunde. Au calme de cet endroit en 1993. À ma mère qui faisait la route.
Je lui demande pourquoi autant de soignants ont été touchés.
Avant la déclaration officielle du 15 mai, selon ce que des soignants lui ont rapporté, des cas auraient circulé dès mars, peut-être février. Il précise qu'il n'a pas investigué lui-même. « C'est selon les dires. »
Le personnel soignait sans savoir ce qu'il soignait. Sans protection. « On voyait des cas, mais on ne savait pas s'il s'agissait de quelle maladie. »
Pourquoi ont-ils continué ?
« On est un corps soignant, on est devant quelqu'un qui a une maladie et c'est très difficile de croiser les bras. »
Il connaît trois soignants décédés dans la province. D'autres sont encore malades. « Il y a d'autres qui risquent encore leur vie, en train d'être exposés. »
Sur les refus, les équipes d'enterrement attaquées, il ne dit pas résistance. Il dit peur.
« Les gens ont peur. Il y a une maladie qui rage. Il y a d'autres qui vont dire que la maladie n'existe pas. C'est une réaction liée à la peur. »
Et : « Dans une population déjà dans une situation sécuritaire difficile depuis plusieurs années, il y a plusieurs qui sont traumatisés. Et quelque chose de nouveau s'ajoute et ça perturbe la vie. »
Avant de raccrocher, je lui demande ce qu'il fait face à tout cela.
« Les communautés là où je travaille régulièrement me connaissent. Ils ont un peu confiance à ce que je dis. »
« Il y aura une fin de cette épidémie à un moment donné. »
Je raccroche.
PL
#LeCahierDuReporter
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