Hors Covid, le dérapage cumulé du déficit primaire — c’est-à-dire hors intérêts — sous Emmanuel Macron représente environ 8 points de PIB, soit près de 7 % de la dette publique elle-même.
La première question à poser est la suivante : pourquoi la France n’a-t-elle pas réussi à dégager un seul excédent primaire depuis 2001 ? Qu’est-ce qui a structurellement changé dans l’économie depuis le début des années 2000 pour rendre cet équilibre si difficile à atteindre ? L'arrivée des larges cohortes du Baby Boom à la retraite à 60 ans me semble une explication évidente.
Depuis le début du siècle, les dépenses de retraite ont augmenté de plus de 2 points de PIB, et celles de santé d’autant. Sans ces 4 points de PIB de dépenses sociales, nous aurions un excédent primaire de 1 point de PIB/an.
La comparaison avec le reste de l’Union européenne fait également apparaître un écart d’environ 4 points de PIB sur les dépenses de santé et de retraite.
Cumulé sur une vingtaine d’années, cet écart représente environ 80 points de PIB. Notre dette publique serait aujourd’hui presque trois fois moins élevée si ces dépenses étaient restées stables et/ou s’étaient maintenues à un niveau comparable à la moyenne de l’Union européenne.
Et seconde question : si nous devions effectivement financer un allègement de la pression fiscale sur l’activité, comment le ferions-nous ? Il me semble que reprocher à Emmanuel Macron de ne pas avoir financé sa politique revient implicitement à lui reprocher de ne pas avoir maîtrisé les dépenses sociales.
Il n'y avait que 5 millions de retraités. Et leur espérance de vie en retraite n'était que de 15 ans. Et les polypathologies chroniques étaient rares car peu traitées. Bilan ? Normal avoir des dépenses publiques uniquement à 35 % du PIB.
Notre budget social consacré aux plus de 60 ans a explosé, asphyxiant les salaires et les budgets, du public et du privé, avec le vieillissement de masse et l'explosion de l'espérance de vie, notamment et surtout en mauvaise santé après 65 ans. On a 18 millions de retraités en 2026. Et leur espérance de vie effleure les 22 / 23 ans en retraite. Et les polypathologies se sont multipliées comme des petits pains avec les coûts colossaux qu'elles représentent.
Pire ? Ces budgets vont continuer de s'envoler d'ici 2045 quand nous aurons 21 millions de retraités et 1 habitant sur 3 âgé de plus de 60 ans.
Ça va devenir ingérable et insoutenable budgétairement...
Aucune issue favorable budgétairement, sur tous les aspects de la vie économique du pays, sans réduire la part que l'on donne aux plus âgés. Qu'importe que l'on soit de gauche, de droite ou du centre. Voilà la conclusion.
Les coûts des retraités deviennent un vrai problème budgétaire.
Leurs pensions, leurs couvertures de soin et leur perte d'autonomie, le tout associé à leur explosion numérique et leur espérance de vie toujours plus longue.
Même en relevant l'âge de départ pour les actifs actuels, même en supprimant les régimes du publics (et on peut le faire), on ne réglera rien à terme : leur nombre global continuera de grandir, même au ralenti, et de rester à un haut niveau (leur espérance de vie ne cesse d'exploser). Asphyxiant l'économie, les budgets, les entreprises, les salaires, etc.
Il va falloir transférer de plus en plus leurs coûts... vers eux même. Davantage de déremboursement médical avec l'âge (donc leurs mutuelles de prendre la relève), désindexation des pensions (une urgence financière), révision du principe de pension de réversion (de moins en moins acceptable), révision des pensions des fonctionnaires pensionnés (qui étouffent les budgets des ministères et empêchent le dégel du point d'indice), révision du poids des retraités du privé sur les complémentaires du privé qui étouffent les actifs du privé.
Il faut le faire avec fermeté, audace et courage. Les morts à venir ne peuvent couler un pays de par le simple fait du nombre qu'ils représentent.
Insane video of Russian anti aircraft gunner losing control of a YakB-12.7 heavy machine gun usually attached to a Mi-24 gunship but repurposed to shoot down drones.
Ce soir je pousse un nouveau coup de gueule contre la pensée économique boomer de la vieille école française.
Que ce soit Patrick Artus @PatrickArtus, Jean-Hervé Lorenzi, Olivier Klein ou d'autres, ils incarnent depuis des décennies ce qui ressemble à une véritable orthodoxie intellectuelle qui consiste à constater les effets des transferts intergénérationnels massifs tout en refusant obstinément d'en reconnaître les conséquences.
Cette note sur la prétendue absence de gérontocratie en France en est une démonstration presque caricaturale. Ce qui est fascinant, c'est que Patrick Artus accumule lui-même les éléments qui démontrent le problème avant de mobiliser toutes les contorsions intellectuelles possibles pour éviter la conclusion pourtant évidente.
Commençons en prenant ses propres chiffres :
- il rappelle le poids exceptionnel des dépenses de retraite en France en % du PIB
- il rappelle justement que 50 % des dépenses de santé concernent les plus de 60 ans
Rien qu'en tenant compte de ces deux éléments, on arrive à 35 % de la dépenses publique en direction des seniors (25 % des retraites + 20/2 soit 10 % pour la santé). Si on ajoute à cela les autres allocations sociales dont bénéficient les seniors comme la dépense ou même les allocations logement, on doit globalement tangenter les 40 % pour une catégorie qui représente 20 % de la population.
Face à cela il pointe lui-même le faible poids des dépenses d'avenir : qualité du système éducatif, recherche et développement.
Face à cela, il prétend que la préférence française pour les dépenses sociales qui bénéficient aux personnes âgées n'est qu'une apparence ce qui est complètement ridicule.
Maintenant regardons chacun de ces arguments pour
justifier la soi-disant apparence.
Argument n°1 : les dépenses de santé augmentent parce que l'espérance de vie augmente.
Bien entendu mais ce n'est pas du tout un contre-argument. Personne ne conteste que vivre plus longtemps augmente les besoins de santé et d'ailleurs Artus rappelle utilement qu'un senior consomme entre 2 et 4 fois plus de dépenses de santé qu'un actif. La question est de savoir QUI finance ces dépenses ?
Le vieillissement, couplé au progrès médical, explique la dynamique de la dépense mais il ne justifie EN RIEN la répartition actuelle de son financement.
Aujourd'hui, l'essentiel du financement repose sur les actifs via les cotisations sociales et la fiscalité. Les retraités, eux, ne cotisent plus et bénéficient en outre de prélèvements plus faibles comme les taux réduits de CSG. La DREES a même montré que l'effort des retraités aisés pour financer leur couverture santé obligatoire était inférieur en pourcentage du revenu à celle d'un actifs pauvre ce qui est complètement injustifié.
Nous vivons en gérontocratie car ce sont les actifs qui subissent une extraction intergénérationnelle pour financer les soins des seniors alors que ces deniers disposent de revenus suffisamment importantes pour contribuer davantage mais ne le font pas.
Argument n°2 : les dépenses d'éducation sont insuffisantes.
Là encore, Artus décrit parfaitement le symptôme mais refuse d'en tirer les conséquences. Il reconnaît lui-même que, hors retraites des enseignants, les dépenses d'éducation françaises sont anormalement faibles.
Mais évidemment qu'il n'y a plus assez d'argent pour l'éducation et la R&D dans un pays où la protection sociale représente plus du tiers du PIB et où les dépenses liées au vieillissement absorbent une part gigantesque des ressources publiques. Tout ce qu'on met dans ces dépenses improductives ne peut pas être investi ailleurs.
Alors oui il y a un problème d'organisation dans l'enseignement mais on ne peut pas se plaindre d'avoir des professeurs insuffisamment formés et globalement mal payés lorsqu'une bonne partie du budget est siphonné par des professeurs retraités qui ne produisent plus rien.
Argument n°3 : les Français refusent le report de l'âge de départ à la retraite.
En effet et je le déplore mais il faut s'interroger sur les raisons de ce refus.
Peut-être qu'il y a un côté culturel mais je pense qu'il y a surtout un cadre dans dans lequel le travail est massivement taxé, où l'ascension sociale devient de plus en plus difficile et où une part croissante de la richesse produite par les actifs est captée pour financer des dépenses dont ils ne bénéficieront que plusieurs décennies plus tard.
Lorsqu'on construit un système qui pénalise fortement le travail, il ne faut pas être surpris que les individus cherchent à en sortir le plus tôt possible. Le refus du report de l'âge est peut-être moins la preuve d'un choix collectif que le symptôme d'un système arrivé à saturation.
Argument n°4 : La durée annuelle du travail n’est pas faible en France.
Seul argument sur lequel je le rejoins. Je rappelle simplement que on taxe massivement le travail, il ne faut pas s'étonner que les gens n'aient pas envie de travailler. Je fais le pari qu'on verrait une augmentation drastique de la quantité de travail s'il payait davantage car moins prelevé.
Argument n°5 : Le taux de remplacement net n’est pas anormalement élevé en France.
C'est l'argument le plus bidon. Pour la énième fois, le taux de remplacement ne dit quasiment rien sur la soutenabilité d'un système de retraite. Un pays peut avoir un taux de remplacement de 100 % et un système parfaitement soutenable. Un autre peut avoir un taux de remplacement de 50 % et un système en faillite.
Tout dépend de la démographie, du nombre de cotisants, de la durée de retraite et des modalités de financement. Le véritable sujet est celui du financement et de savoir combien on prélève sur les actifs et l'appareil productifs pour financer les retraités. C'est cela qui détermine la soutenabilité et non le taux de remplacement pris isolément, qui est l'argument fallacieux de tous ceux qui veulent faire dévier le sujet pour suggérer que les retraités français ne sont pas particulièrement bien lotis. Pour la blague c'est d'ailleurs ce qu'Olivier Klein avait tenté comme esquive rhétorique lorsque je le challengeais directement sur la soutenabilité.
Au final, cette note illustre parfaitement ce qui est l'une des grandes impasses intellectuelles françaises. Une partie importante de l'élite économique continue de raisonner comme si les arbitrages intergénérationnels n'existaient pas. Elle constate parfois les symptômes mais elle refuse toujours d'en tirer les conséquences.
C'est précisément cette pensée économique boomer qui est responsable du problème actuel. Quand une pensée est incapable d'aller jusqu'au bout de ses propres constats, elle ne peut pas produire les solutions dont le pays a besoin.
À un moment, il faudra avoir le courage de le dire clairement, une partie du déclin français est aussi un échec intellectuel. C'est l'échec d'une génération d'économistes qui a préféré rationaliser les déséquilibres plutôt que les corriger.
Par conséquent, le pays ne s'en sortira par le haut que lorsqu'on se débarrassera collectivement de cette pensée économique boomer qui a légitimé cette extraction intergénérationnelle.
💥 Le financement des retraites représente un poids ÉNORME, à la charge des actifs.
Alors j'ai décidé d'en refaire un fil, que dis-je, une corde, un câble, un hauban.
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« La question des retraites devient seconde par rapport à celle de la politique familiale. Faire remonter la fécondité devient la question cruciale, non pour équilibrer les retraites, mais surtout pour éviter le déclin et dynamiser notre pays. » 👏👏
Du coup, on rend à la politique familiale la douzaine de millards d’euros de cotisations familiales consacrée au paiement des pensions?
La droite et le centre, en général, qui devraient développer un lexique libéral et du travail donnant du revenu, ont totalement sombré dans la prédation du revenu pour financer leurs électeurs retraités surnuméraires aux capacités de financement potentielles.
Gérontocratie.
Le système solidaire français ne peut pas tenir. Des millions de vieux en plus, des millions de jeunes en moins. Maintenir un tel système où les jeunes donnent aux vieux, c'est étouffer l'avenir jusqu'à ce qu'il n'y en ait plus.
Quand on sait cela. Quand on sait que les retraités riches ont bien plus que les jeunes actifs. Quand on voit que les paramètres sont encore plus mauvais que les scénarios catastrophes envisagés par Rocard et les autres. Je vais le dire aussi poliment que possible : il faut être totalement con pour proposer de renforcer le transfert des jeunes vers les vieux, et pour proposer la retraite à 60 ans.
C'est du fanatisme, c'est un égoïsme générationnel, c'est avoir vis à vis de nos circonstances comptables le même regard que les conspirationnistes anti-écolo face au climat.
Que ce cycle électoral serve avant tout à mettre en avant l'inévitable réforme à la faveur des plus jeunes. Et qu'on couvre de honte les menteurs, encore nombreux.
En fait, pas du tout. Mis à part les retraites, le reste des prestations sociales est faible et tient à bout de bras une population qui est exclue du travail à cause des taxes sur le travail (charges sociales) servant à payer les retraites et la santé des retraités.
➡️ Les cotisations couvrent environ 64 % des retraites.
➡️ Le reste, soit 155 Mds€, représente environ 36 % du total.
Les cotisations des actifs ne financent plus que deux tiers des retraites.
Le dernier tiers vient du contribuable, de la dette ou de crédits publics qui ne vont pas ailleurs.
#gouffre
@L_ThinkTank Il a raison même s’il faudrait idéalement désindexer toutes les pensions de retraite voire les réduire pour diminuer les cotisations retraite des actifs et augmenter leur net.
Je peux crier, sinon.
Parce que les gamins pauvres qui régleront la note demain ne peuvent pas.
La politique de retraite est en train de cramer le pays, et il y a des dingos qui tiennent encore des lance-flammes.
Je cherchais dans la baisse des pensions ou encore dans un reste à charge augmenté des soins des plus de 80 ans, et je ne vois rien.
Je vois la sécurité du pays ou encore son système éducatif mis à mal pour garantir des dépenses indécentes et illégitimes vers les plus âgés.