Si l’on juge les vraies priorités d’un pays à ses actes plutôt qu’à ses discours, le choix de la France apparaît avec une brutalité saisissante : nous avons sacrifié la compétitivité, l’investissement dans la jeunesse, les services publics, les comptes publics, notre crédibilité internationale, etc. pour préserver une chose : la longueur et le confort de nos retraites.
C’est peut-être le choix collectif le plus stupéfiant de ces dernières décennies : hypothéquer l’avenir pour protéger nos vieux jours.
Avec une ironie tragique : en sacrifiant ainsi l’avenir, nous préparons aussi l’effondrement de ce que nous voulions sauver.
Je n'ai rien contre Mireille mais elle illustre malheureusement parfaitement ce que j'ai dénoncé dans un précédent tweet lorsque j'avais qualifié les retraités avec lesquels j'échange de "de mauvaise foi, illogiques et égoïstes".
Elle déclare : "J'ai cotisé toute ma vie. Je ne vois pas pourquoi maintenant on ne serait plus d'accord sur les accords qu'on a eus quand on était plus jeunes et qu'on a signés pour notre retraite."
C'est exactement le type de raisonnement que je dénonce.
D'abord, il est illogique parce qu'il suppose implicitement que les cotisations versées pendant une carrière auraient constitué une sorte de capital économique qui financerait aujourd'hui la retraite de celui qui les a versées.
Or ce n'est pas ainsi que fonctionne un système par répartition. Il faut rappeler une nouvelle fois que les cotisations passées n'ont pas créé un stock d'argent qui attendrait gentiment d'être redistribué des décennies plus tard mais qu'elles ont financé les retraités de l'époque.
En contrepartie, elles ont ouvert un droit à pension mais un droit n'est pas garanti par un coffre-fort rempli d'argent. Il reste nécessairement conditionné à la capacité des actifs du moment à financer les pensions du moment. Autrement dit, comme je le dis très souvent, les cotisations du passé ne paient absolument rien dans le présent. Ce sont les actifs d'aujourd'hui qui paient les retraités d'aujourd'hui et c'est ce point que trop de retraités refusent toujours de comprendre.
Ensuite concernant le deuxième qualificatif de la mauvaise foi, au-delà de cette confusion initiale, le plus frustrant est qu'une fois le mécanisme expliqué, beaucoup continuent exactement le même raisonnement.
Vous pouvez rappeler cent fois que la répartition est un système de transferts entre générations, que les cotisations passées ne constituent pas une épargne, que les pensions dépendent du financement actuel...
Rien n'y fait et le discours revient immédiatement à :
"J'ai cotisé." avec en plus une victimisation totale pour dire que les journées étaient plus longues, qu'il y avait moins de congés, que les conditions de travail étaient difficiles... autant de points qui n'ont en réalité aucune importance au plan économique.
Franchement, à partir d'un certain moment, je ne parle plus d'ignorance mais de mauvaise foi. Souvent, je me demande ce qui a conduit à cela : cinquante ans de discours politiques, un défaut massif de culture économique, une confusion entretenue entre répartition et capitalisation... Peu importe à vrai dire car on ne changera pas cela en claquant des doigts, mais il faudrait vraiment en tirer les leçons pour les prochaines décennies à l'occasion d'une réforme systémique.
Par ailleurs, ce témoignage est aussi une preuve d'égoïsme parce que le raisonnement implicite est : "J'ai cotisé, donc on ne touche à rien."
Peu importe donc que le système soit déséquilibré, que les actifs supportent une charge croissante et que les générations suivantes héritent d'un système financièrement dégradé... l'intérêt personnel prime sur toute autre considération.
Enfin, cette personne affirme que nous aurions "signé" un accord.
Je suis désolé mais non. Elle n'a rien signé, je n'ai rien signé et personne n'a signé quoi que ce soit. Il n'y a pas aucun contrat social qui tienne à mes yeux et on ne peut pas garantir une pension ou une indexation donnée au mépris de la réalité économique.
Tout cela relève de la loi, et la loi devrait être modifiée lorsque les contraintes économiques changent.
Plus je lis ce type de raisonnement, plus je me convaincs que le véritable problème n'est plus seulement budgétaire mais intellectuel. Nous avons une partie trop importante de la population qui raisonne comme si les droits sociaux existaient indépendamment de toute contrainte économique.
Dans ces conditions, je crois sincèrement de moins en moins qu'un consensus volontaire soit possible ou alors pas avec tout le monde. Quand une partie des citoyens refuse jusqu'au diagnostic de départ et nie la réalité à ce point, il ne reste à mes yeux qu'une seule solution : qu'un pouvoir politique assume la réforme malgré eux, quitte à passer en force, plutôt que d'attendre qu'une crise financière ou nos créanciers l'imposent à notre place.
"On endette une génération entière, la prochaine, y compris les plus modestes, pour arrondir l’héritage que toucheront les enfants des bourgeois, chez qui se concentrent les sur-retraites épargnées. C’est une contre-redistribution généralisée" @ghannezo https://t.co/M9bcrgjrqG
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