Le tweet de Joly auquel je réponds peut sembler débile mais il est entièrement logique, et les prémisses sur lesquelles repose sa position sont malheureusement partagées par bien 30-40% des occidentaux. Petites explications ⏬
Pour eux, les espaces humains se divisent en deux grands types : les territoires peuplés de groupes ethniques stables d'un côté, et de l'autre, les espaces pluralistes dans lesquels n'importe qui est légitime tant qu'il respecte les règles.
Les gens comme Joly n'emploieront certes pas de critères ethniques *directs* pour dénoter les Sioux, les Zoulous, les Kurdes ou n'importe quel peuple indigène du tiers-monde, mais il est impossible de décrire l'unité de ces groupes sans faire référence au moins *implicitement* à ce type de critères (ancestralité commune, continuité historique, mythes d'origine communs, langue partagée, auto-perception unie, perception et désignation stable par d'autres groupes, endogamie faible, pratiques culturelles et rituelles distinctes, etc). Le creux de leur argumentaire est de nous faire croire que les mots « Français », « Allemands », « Anglais » etc ne renvoient à rien de tel, et que ces mots ne désignent que l'espace géographique et l'édifice normatif complexe qui s'y trouve (État, droit, économie, organisation sociale, etc).
Pour eux, les peuples européens n'ont aucune structure ethnique particulière : ce sont simplement des vases transparents prêts à recevoir n'importe quel mélange d'individus. Qu'il y ait des blancs dedans est un peu une contingence de l'histoire ; la mise en minorité des blancs ne les inquiète pas plus que ça. En ce sens-là, ils piègent habilement le débat : si les « peuples » européens sont simplement des ensembles d'individus fonctionnant (globalement) selon les normes présentes sur les espaces géographiques à un instant t, alors en effet personne n'est plus légitime qu'un autre pour décider de qui a le droit de s'installer ou non dans un espace donné. Invoquer une quelconque position « de souche » dans le débat, c'est essayer de tricher, de subvertir la justice et la loi. On comprend aussi pourquoi les néo-arrivants les plus éduqués, au lieu de nous remercier et de s'assimiler en silence, redoublent de plus belle en chouinerie et en dénonciation de racisme : ils ne comprennent tout simplement pas que les nations européennes ne sont pas des espaces neutres tombés du ciel mis en péril par de dangereux fachos illibéraux mais l'aboutissement historique exceptionnel de peuples historiques précis : les peuples européens, dans le sens ethnique de peuple.
Si vous m'avez suivi jusque-là, on voit bien que l'intégralité de l'argumentaire repose sur un glissement sémantique du mot « peuple » : un peuple n'est pas un simple ensemble de normes plus ou moins arbitraires ("constructions sociales") sur un territoire géographique lui aussi plus ou moins arbitraire auquel on s'agrègerait ou se désagrègerait au fil de ses humeurs et des contingences de l'histoire. Un peuple, au sens fort du terme (ethnos), est une communauté humaine historiquement reconnue d'ascendance et de tradition commune dont les pratiques et la langue sont transmises de génération en génération.
Pourquoi les Joly et cie refusent cette idée ? Souvent par honte de soi et par bêtise, mais parfois simplement par un double standard qui est paradoxalement de bonne foi. En effet, si on prend la définition de peuple et les critères ethniques que j'ai énoncés plus hauts comme une définition aristotélicienne essentialiste classique, on peut jouer au pointilleux (ou au con, c'est selon...) et trouver facilement des contre-exemples. Par exemple, le critère linguistique, si on parle du Français parisien comme langue de l'ethnie française, n'est pas respecté avant 1914, et on peut donc utiliser ce critère très stricte comme prétexte pour nier toute existence d'un peuple français unique dont les origines remontent aux Gaulois.
Mais on peut évidemment adopter une position bien plus fine et considérer que la notion de peuple (ethnos) continue à désigner une chose unique et relativement précise même si les critères standards qu'on utilise pour la saisir ne seront pas toujours tous parfaitement respectés. Les Juifs n'ont par exemple pas eu de territoire national pendant des siècles, et les Polonais et les Grecs on perdu leur indépendance politique à de nombreuses reprises. On peut aussi assouplir certains des critères standards et accepter qu'il y a des zones de frontières dans lesquelles leur application devient de plus en plus floue. Le cas d'école est évidemment le continuum linguistique gallo-roman, qui ne suffit pas à démarquer parfaitement la France mais qui fournit une première esquisse qu'on affinera par d'autres critères. C'est ce que font tous les anthropologues dignes de ce nom avec les autres peuples du monde, et ce serait bien que la droite se forme correctement à l'épistémologie propre à ces disciplines pour répondre de manière costaude aux gauchistes les plus aguerris (souvent historiens et anthropologues d'ailleurs).
Pour moi, les critères ethniques peuvent être enrichis de considérations archéogénétiques, qui sont par exemple particulièrement précieux lorsqu'on doit déterminer le degré de continuité entre Français d'aujourd'hui et Gaulois. Mais même si je suis par ailleurs tout-à-fait ouvert aux positions héréditariennes en matière d'intelligence, je ne pense pas que ces deux familles d'arguments doivent être confondues : on ne défend pas notre peuple ethnique parce qu'il serait particulièrement génétiquement supérieur aux autres ; on le défend juste parce que c'est le nôtre. Qu'il soit créateur de génies est cool mais secondaire.
Petite conclusion : comme je le dis souvent, une des implications les plus importantes de mon raisonnement est que la droite (y compris le centre-droit) n'a absolument aucune chance de l'emporter durablement si elle ne restaure pas publiquement une notion de francité ethnique (« Français de souche »). Cette notion doit impérativement être suffisamment large et nuancée pour répondre aux objections gauchistes, et bien articulée aux réalités nouvelles que les peuples ethniques font face depuis le XIXe siècle (flux d'immigration massifs, mécanismes d'assimilation, généralisation du droit, déracinement, mondialisation, culture de masse, etc) pour éviter de braquer inutilement les modérés intelligents, qui trouveront là aussi facilement des contre-exemples à nos présenations simplistes. Tant qu'on arrive à faire passer l'idée que les Français de souche existent et qu'ils doivent impérativement rester majoritaires pour que la France reste la France, on aura gagné la bataille, même si l'entérinement de cette position requiert des concessions temporaires relativement fortes (par exemple, le maintien sur notre sol d'une forte minorité d'ascendance étrangère). Débattre de comment gérer ce fait dépend de pouvoir le nommer comme tel.
@sihsik11716@Boulinours1 Ce n'est pas une question d'égalité ou de décider pour l'autre.
Tu peux totalement dire à ta copine, "et toi tu prends quoi ?" puis dire au serveur "mademoiselle prendra ceci et moi cela". Tu ne décides pas pour elle.
Et l'intérêt est la galanterie.
@sihsik11716@Boulinours1 Si c'est la vitesse qui te préoccupe, cela va plus vite qu'une seule personne dise "on aura ceci puis ça" plutôt que deux personnes parlent.