Si tu te considères salafi, ce message s’adresse surtout à toi si tu es quelqu’un de simple, qui aime Allah et Son Messager Sallallahu alayhi wa salam et qui a sincèrement pensé qu’en suivant certains prédicateurs, tu suivais simplement « le Coran et la Sunna selon la compréhension des Salaf ».
Je ne te demande pas de devenir Ashʿarite, Māturīdite ou autre.
Je te demande seulement une chose :
vérifie ce qu’on t’enseigne.
Parce qu’il existe parfois une énorme différence entre les slogans et l’histoire réelle des doctrines.
On t’a probablement beaucoup parlé des Jahmites, des Muʿtazilites, des chiites et des « gens du kalām ».
On t’a expliqué qu’ils avaient dévié parce qu’ils avaient introduit dans la croyance des raisonnements et des conceptions étrangères à la voie des Salaf.
Très bien.
Mais regarde maintenant ce qui se passe lorsqu’on ouvre réellement les livres.
Ibn ʿĀshūr rapporte une ancienne controverse concernant la science d’Allah.
Jahm ibn Ṣafwān, Hishām ibn al-Ḥakam et des théologiens muʿtazilites ont discuté de cette question très précise :
la science d’Allah concernant les événements particuliers se renouvelle-t-elle lorsque ces événements se produisent ?
Retenons simplement cela.
Des siècles plus tard, Sulṭān al-ʿUmayrī affirme :
« La doctrine des gens de la Sunna et de la Jamāʿa est qu’Allah connaît les choses connues par une science éternelle quant à son genre, mais renouvelée quant à ses occurrences particulières. »
Comprends bien mon propos.
Je ne suis pas en train de te dire :
« ʿUmayrī = Jahm. »
Ce serait trop simpliste.
Je te demande quelque chose de beaucoup plus dérangeant :
comment une question et des formulations que l’on retrouve au cœur de controverses anciennes avec des Jahmites, des Muʿtazilites, des chiites et d’autres théologiens peuvent-elles aujourd’hui t’être présentées comme étant tout simplement “la croyance des Salaf”, sans même que l’on te raconte cette histoire ?
Voilà le problème.
Quand tu ne connais pas les livres, celui qui contrôle le vocabulaire contrôle facilement ta perception.
Il lui suffit de dire :
« ceci est la Sunna »,
« ceci est la croyance des Salaf »,
« cela vient des gens du kalām »,
« celui-ci est Jahmite »,
« celui-là est innovateur »,
et tu finis par penser que le débat est réglé avant même d’avoir lu une seule page des controverses dont on te parle.
C’est précisément ce dont je voudrais que les musulmans sortent.
Ne délègue pas entièrement ta religion à des prédicateurs contemporains.
Lis les anciens.
Lis les quatre écoles.
Lis les grands savants musulmans qui ont transmis cette religion pendant des siècles.
Lis les Ashʿarites, les Māturīdites et les Atharites eux-mêmes.
Puis compare.
Tu découvriras que l’histoire de la théologie musulmane est infiniment plus complexe que :
« nous = les Salaf ; tous les autres = les gens du kalām ».
Et surtout, réfléchis à une chose.
Si quelqu’un t’a appris à prononcer très facilement les mots « égaré », « innovateur », « Jahmite », voire « mécréant » contre des musulmans que tu n’as jamais lus…
mais qu’il ne t’a jamais appris l'histoire exacte des doctrines qu’il t’enseigne lui-même,
alors peut-être est-il temps de reprendre ton étude depuis le début.
Ton cheminement ne me rapporte rien.
Si tu restes salafi demain, je ne perds rien.
Si tu changes d’avis, je ne gagne rien.
Mais devant Allah, chacun répondra de ce qu’il a affirmé sur Sa religion et de ce qu’il a dit sur les musulmans.
Alors avant le takfīr.
Avant le tabdīʿ.
Avant les grandes étiquettes.
Ouvre les livres.
À titre personnel, je considère que l’une des plus grandes erreurs commises par de nombreux musulmans dans leurs débats avec les non-musulmans est d’avoir accepté que le débat soit d’emblée centré sur la morale.
Que ce soit sur les plateaux télévisés ou sur les réseaux sociaux, les échanges finissent presque toujours par tourner autour de questions dérivées. Chacun cherche à défendre ou à attaquer telle ou telle prescription de l’Islam, sans jamais revenir à ce qui devrait pourtant être la question fondamentale.
Car la question centrale n’est pas de savoir si l’Islam se conforme aux critères d’une morale qui ne se prétend même pas absolue. La véritable question est : l’Islam est-il vrai ou faux ?
Toutes les autres questions en découlent.
Si l’Islam est vrai, alors la révélation constitue le critère ultime du bien et du mal. S’il est faux, la discussion prend une tout autre direction. Mais tant que cette question n’est pas tranchée, débattre de cas particuliers revient à débattre des conclusions, alors que le véritable désaccord se situe au niveau des prémisses.
C’est précisément là que, selon moi, réside l’erreur stratégique.
À partir du moment où l’on accepte que l’Islam soit jugé à l’aune d’une morale extérieure, on finit par le défendre selon des critères qui ne sont pas les siens. Et lorsque certaines prescriptions ne s’y conforment pas, la tentation apparaît de les réinterpréter, de privilégier des avis marginaux ou de remodeler le discours religieux afin de le rendre plus acceptable.
C’est une dynamique que l’on voit se répéter à plusieurs reprises : à force de vouloir faire entrer l’Islam dans un cadre moral qui lui est extérieur, certains en viennent progressivement jusqu’à en sortir. L’objectif devient alors non plus d’exposer l’Islam tel qu’il est, mais de le remodeler pour qu’il corresponde aux attentes des opposants.
Je ne dis évidemment pas qu’il ne faut jamais répondre aux objections. La pédagogie est indispensable, tout comme la prise en compte de l’histoire, de la sensibilité et des présupposés de chacun. Les êtres humains ne sont pas des machines capables de mettre instantanément de côté leurs émotions ou leurs convictions.
En revanche, je pense que toutes ces discussions devraient toujours ramener à la seule question qui permette réellement de trancher le débat : l’Islam est-il vrai ou faux ?
Car aucune objection morale, aussi choquante puisse-t-elle paraître, ne démontre à elle seule la véracité ou la fausseté de l’Islam. Tant que cette question fondamentale n’est pas traitée, le débat risque de tourner indéfiniment en rond, sans jamais atteindre son véritable objet et, bien souvent, d’égarer plus que de guider.
والله أعلم
Tout d'abord, j'invoque Allah par Ses plus beaux Noms et Ses plus sublimes Attributs afin qu'Il accepte cette traduction de votre part et vous en récompense abondamment. Qu'Il fasse de ce travail une expiation de vos fautes et une cause de votre entrée au Paradis. Qu'Allah سبحانه وتعالى agrée Shaykh Ali al-ʿUmarī, le compte parmi Ses martyrs ayant consacré leur vie à Sa religion, et fasse de ce livre, ainsi que de ceux qui lui succéderont, une source de réponses, de guidance et de repentance.
Je viens d'achever la lecture de ces 72 pages d'une seule traite, en suivant votre recommandation. En effet, une lecture fragmentée de cet ouvrage n'aurait sans doute pas produit le même effet.
Ce que l'on y découvre est, en réalité, le cheminement que traverse presque tout musulman : le désir de sortir du taqlīd afin d'accéder à une foi fondée sur la certitude. À travers cet ouvrage, l'auteur حفظه الله nous livre, avec justesse et mesure, son propre parcours de réflexion autour de la question de l'existence d'Allah et des implications qui en découlent. Le tout est présenté sous la forme de réflexions sincères et de dialogues limpides, sans longueur ni précipitation.
En Six Jours se présente comme une démonstration de l'existence d'Allah fondée sur des arguments métaphysiques et logiques, tout en demeurant accessible et pédagogique. Que le lecteur soit débutant ou déjà familier avec ces questions, chacun pourra comprendre les raisonnements exposés et tirer profit des enseignements qu'ils renferment.
J'estime toutefois qu'il aurait été plus pédagogique de traduire certains termes laissés en transcription phonétique (tels que taqlīd, murajjiḥ, mukhaṣṣiṣ, etc.), afin d'éviter toute ambiguïté pour le lecteur qui ne serait pas familier avec ce vocabulaire. Par ailleurs, j'ai relevé quelques erreurs de traduction, de mise en page et de typographie qui nuisent parfois à la fluidité de la lecture ainsi qu'à la bonne compréhension de certains passages. Au regard de la qualité du contenu et de l'objectif de cet ouvrage, une révision de ces différents aspects me semblerait particulièrement bénéfique.
Je recommande vivement la lecture de En Six Jours, et plus particulièrement à deux catégories de personnes : d'une part, celui qui croit en l'existence d'Allah par simple mimétisme ou héritage ; d'autre part, celui qui y croit avec certitude, connaît les preuves et leurs arguments, mais ne possède pas encore la pédagogie nécessaire pour les transmettre efficacement à autrui.
والله أعلم
ANNONCE
Après ijazah de l'auteur, heureux de vous présenter "En six jours" (partie des questions divines, 72 pages) du Dr. Ali Al-Omari traduit en français et disponible gratuitement (lien en dessous).
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Wa aleykum salam wa rahmatullah wa barakatuh,
Je ne les ai malheureusement pas toutes notées au fil de ma lecture, mais en retournant jeter un œil au livre, en voici une qui revient souvent, une erreur typographique de ponctuation :
La prise de parole du narrateur s’ouvre par des guillemets, mais ne se referme jamais.