Verdict de la CPI (la Cour pénale insoumise) : 4 mois.
4 mois, cela vous dit quelque chose ? C'est comme Adrien Quatennens.. Pendant 4 mois je n'ai plus le droit de représenter mon groupe parlementaire en tant qu'oratrice dans les discussions générales en Commission des Lois et dans l'hémicycle. Je n'ai plus le droit de poser des Questions au Gouvernement au nom de mon groupe. Je suis mise au ban. Pourquoi ? Parce que j'ai tenu bon sur le principe de non-cumul des mandats, parce que j'ai voulu que les moyens du groupe parlementaire soient affectés à la communication sur l'audience au Conseil d'Etat à propos des contrôles au faciès et le non-port du RIO, parce que j'ai osé dénoncer la communication masculiniste d'Adrien Quatennens orchestrée par Sophia Chikirou et soutenue par Jean-Luc Mélenchon, parce que j'ai défendu l'unité de la NUPES, du mouvement syndical, et de LFI pendant le grand mouvement des retraites alors que la direction LFI ne faisait que cliver, cliver et cliver encore, parce que j'ai défendu la suppression du 49.3 et que j'ai insisté (on m'a littéralement reproché mon "insistance") pour qu'on défende une proposition de loi constitutionnelle abrogeant le 49.3 lors de la niche LFI du 30 novembre.. Je me suis rendue ce soir à la "convocation" par le Bureau du groupe parlementaire insoumis. De bonne foi, j'ai défendu mes positions. J'ai réfuté pied à pied les accusations infondées et mensongères. J'ai indiqué que le Bureau du groupe n'avait pas le droit de prendre de telles sanctions. Même Adrien Quatennens, auteur de violences conjugales, a eu le droit à de longues délibérations au sein du groupe. Le Bureau s'est auto-proclamé instance de discipline pour tenter - quelle immaturité - de régler des désaccords politiques par des mesures de coercition. Je suis humiliée, je suis en colère, j'ai honte de voir cette évolution du projet politique auquel j'ai consacré 30 ans de ma vie. J'ai reçu tant de marques d'affection de la part des militant-es de la base insoumise. Je tiendrai bon. Vous pouvez compter sur moi.
Un grand merci à @Madmoizelle d'avoir accordé toute sa place au deuil périnatal ces derniers jours avec le témoignage de Clémentine qui a dit au revoir à sa petite fille et mon itw à propos du docu "Le Berceau Vide", réalisé avec @anafeuillette
Merci @francebleu de m'avoir invitée hier pour parler d'IMG et plus largement de deuil périnatal. Merci d'avoir mis en lumière cette épreuve et le documentaire que nous avons réalisé avec @anafeuillette sur le sujet : "Le Berceau vide" https://t.co/hc255GcRhT
Feuille volante n°17
LE FANTÔME DE STALINE
Du vivant de Staline, les communistes français ont refusé de voir ses crimes. Lorsque les goulags ont commencé à s’ouvrir dans les années 1920, ils n’ont pas bougé une oreille. Lorsque les purges et les déportations se sont multipliés dans les années 30, ils n’ont pas bougé une oreille. Lorsque les procès de Moscou ont condamné à mort et exécuté Zinoviev, Kamenev ou Boukharine après avoir transformé ces anciens bolcheviks en vipères lubriques et rats visqueux, ils s’en sont même réjoui, tout comme lors de l’assassinat de Trotski un peu plus tard.
Dans leur immense majorité, les communistes français n’étaient évidemment pas des salauds, et encore moins des assassins dans l’âme. Et pourtant… Et pourtant, après avoir participé de façon décisive à la Résistance et fait preuve à cette occasion d’un courage admirable, dès la fin des années 40 et au début des années 50, ils ont de nouveau partagé ce même aveuglement criminel. Au point de considérer pendant de longs mois le rapport de 1956 où Krouchtchev dénonçait les abominations staliniennes, comme une pure invention des propagandistes de l’impérialisme.
Même si quasiment plus personne à gauche ne nie désormais cette longue complicité avec le pire, encore faut-il l’expliquer et comprendre ce qui est au coeur du stalinisme pour qu’il ait réussi à entraîner dans son sillage un si grand nombre d’hommes et de femmes qui rêvaient du meilleur pour l’humanité. Le comprendre parce que l’histoire de la gauche depuis 1789 a toujours été gangrenée par le même mal : l’incapacité d’analyser comme il convient les conflits et les divisions qui surviennent inévitablement en son sein.
Le marxisme est là pour le rappeler : toute différence est une contradiction. Exemple simple : vous avez un avis, moi un autre — c’est une contradiction. Mais elle n’est pas nécessairement antagonique, en tout cas elle n’implique pas nécessairement que je sorte mon arquebuse pour vous dégommer. Le stalinisme, lui, considérait que toute différence et donc toute contradiction devaient se régler violemment. Par des injures — ça c’était le minimum —, et puis dès que possible par des menaces, des emprisonnements, des coups, des balles. « Contradictions au sein du peuple » et « contradictions entre le peuple et ses ennemis » devaient de toutes façons aboutir à la même conséquence : on élimine !
Par bonheur de nos jours, en France en tout cas, il y a pour l’instant encore un minimum de lois, sinon de principes, qui encadrent le règlement à la hussarde des conflits. La kalachnikov est le meilleur ami des trafiquants de drogue, il a été celui des staliniens — on se contente aujourd’hui à gauche de l’invective, mais aux yeux de certains, il est impossible de critiquer ou même simplement de débattre sans être accusé de faire le jeu du grand capital et de ses alliés, toujours prompts, en effet, à profiter de la moindre divergence dans le camp qui leur fait face. Au cœur de cette conception néo-stalinienne du monde, il faut donc sans cesse faire bloc, minimiser ou nier ses propres erreurs, mentir si nécessaire. On se dit qu’être révolutionnaire, c’est inévitablement avancer contre la tempête, et peu importe que le vent qui souffle vienne de la gauche ou de la droite, il a le même objectif : ralentir notre marche en avant.
Bref, est-ce un espoir vain que l’histoire édifiante du stalinisme cesse de se répéter et qu’à gauche on puisse se parler sans injures, débattre sans imprécation et se contredire sans anathèmes ? Ou est-ce le fantôme de Staline, pile 70 ans après la mort du « petit père du peuple », qui aura le dernier mot ?
LE BERCEAU VIDE
Pour ceux qui le peuvent, je conseille de regarder le bouleversant film d’Anaïs Feuillette et Sophie de Chivré, que France 3 Ile-de-France diffusera demain jeudi, à 22h50. Il s’appelle « Le berceau vide ».
Le 15 octobre se déroulera la journée mondiale de sensibilisation au deuil périnatal. Pour expliquer ce drame qui touche, en France, plus de 7 000 grossesses par an, ce film donne la parole aux femmes dont la vie a basculé en quelques mois.
Ce sont des histoires dont on ne parle pas ou à voix très basse, des histoires d’enfants désirés, attendus, et puis à l’occasion d’une échographie, un verdict qui tombe et un monde qui s’écroule : « Il y a un problème avec votre bébé. »
Ce sont des histoires qui font découvrir trois lettres inconnues du grand public : l’IMG (interruption médicale de grossesse), que la loi Veil encadre depuis 1975 aussi précieusement que l’IVG, mais qui renvoient à des traumatismes qui restent tabous. Ce film, brisant le silence, raconte le vécu bouleversant de celles et ceux qui attendaient, heureux et confiants, l’arrivée d’un enfant dont le berceau restera à tout jamais vide.
LE BERCEAU VIDE
Pour ceux qui le peuvent, je conseille de regarder le bouleversant film d’Anaïs Feuillette et Sophie de Chivré, que France 3 Ile-de-France diffusera ce soir jeudi, à 22h50. Il s’appelle « Le berceau vide ».
Le 15 octobre se déroulera la journée mondiale de sensibilisation au deuil périnatal. Pour expliquer ce drame qui touche, en France, plus de 7 000 grossesses par an, ce film donne la parole aux femmes dont la vie a basculé en quelques mois.
Ce sont des histoires dont on ne parle pas ou à voix très basse, des histoires d’enfants désirés, attendus, et puis à l’occasion d’une échographie, un verdict qui tombe et un monde qui s’écroule : « Il y a un problème avec votre bébé. »
Ce sont des histoires qui font découvrir trois lettres inconnues du grand public : l’IMG (interruption médicale de grossesse), que la loi Veil encadre depuis 1975 aussi précieusement que l’IVG, mais qui renvoient à des traumatismes qui restent tabous. Ce film, brisant le silence, raconte le vécu bouleversant de celles et ceux qui attendaient, heureux et confiants, l’arrivée d’un enfant dont le berceau restera à tout jamais vide.
"Il y a un problème" : deuil périnatal, le drame du berceau vide
👉Diffusé ce soir sur @France3Paris
Dispo en replay sur notre site : https://t.co/sxdxjC4NAD @aurevoirpodcast#IMG#documentaire
Le Berceau vide - documentaire que nous avons réalisé avec Sophie de Chivré @aurevoirpodcast sur l'IMG, #deuilpérinatal
"Il y a un problème"
https://t.co/eNy8xWgTHv
Il sera diffusé jeudi soir sur @France3Paris mais il est dispo en ligne depuis hier ➡️"Le Berceau Vide", c'est le documentaire que nous avons réalisé avec @anafeuillette à propos de l'IMG et du #deuilpérinatal. https://t.co/hc255GcRhT
Feuille volante n°15
EN ATTENDANT COMPLÉMENT D’ENQUÊTE
J’ai voté trois fois pour Jean-Luc Mélenchon (2012, 2017 et 2022) et même une fois pour Sophia Chikirou (2022), alors même qu’elle et moi nous nous étions quittés définitivement brouillés au terme de la querelle picrocholine qui avait suivi la création du Média. C’est dire à quel point le programme des insoumis et ceux qui se faisaient fort de le défendre me semblaient mériter qu’on les soutienne !
Je le pense toujours, et pourtant je serai demain sur le fauteuil rouge du @Cdenquete qui sera consacré à Sophia Chikirou, tout en me doutant bien que les images qui seront diffusées risquent de choquer nombre de partisans de la France insoumise. Eh bien, je vais expliquer ici pourquoi j’ai accepté de me livrer à cet exercice périlleux.
Pour l’électeur et le compagnon de route de la France insoumise que je suis depuis une douzaine d’années, les dérives personnelles de Sophia Chikirou ne sont pas une invention du grand capital et de ses alliés, et les nier au nom d’une cause supérieure me semble désormais nuire à l’ensemble des insoumis.
Certes, je comprends qu’on soit reconnaissant à Sophia Chikirou d’avoir contribué à ce que la France insoumise devienne la première force politique à gauche. Mais - soyons justes - elle y a contribué comme bien d’autres et à l’occasion moins que d’autres : Bompard, Autain, Coquerel, Corbière, Panot, Pignerol, Simonnet, Ruffin, Garrido, Léaument, pour n’en citer que dix… Et imaginer par ailleurs qu’elle a été le Victor Frankenstein d’un Mélenchon manipulable, là, c’est tout simplement ridicule.
Mais de toutes façons, ces considérations sont secondaires. L’important, c’est qu’il y a un avant et un après 2022. Grâce à Mélenchon et à tous ceux qu’il a su mobiliser, 22% des votants ont soutenu le programme de LFI, 75 députés ont été élus à l’Assemblée et un mouvement aussi ample et nécessaire que la NUPES a été créé. « Faire mieux » aujourd’hui, c’est d’abord être au clair avec ce qu’un(e) élu(e) insoumis(e) ne peut pas faire, ne peut pas dire. Et ce dans aucune circonstance, ni privée, ni publique, et quels que soient ses qualités personnelles.
Pour « faire mieux » que 2012, 2017 et 2022, il faut commencer par ne pas perdre sa boussole : quand des propos ou des actes sont indéfendables, on ne les défend pas. Quand Sophia Chikirou traite ses propres salariés de « tafioles de merde » ou se rétribue aussi secrètement que généreusement pendant une campagne électorale où tous ses camarades sont bénévoles ou très peu payés, vouloir à tout prix l’absoudre, ce n’est pas seulement mission impossible, c’est mission immorale.
Je sais que ce n’est pas le point de vue de tous les insoumis. « Quoi qu’il arrive, on fait bloc, même quand on a tort, c’est une caractéristique de la mélenchonie », expliquait à Libération le député Hadrien Clouet. Eh bien, je ne le crois pas, ou alors c’est se tromper d’époque et de mouvement. Parce que ce point de vue qu’on peut appeler groupusculaire, je l’ai bien connu quand je militais moi-même au début des années 70 dans une organisation gauchiste qui n’était pas sans mérites, mais où chacun se vivait comme un maquisard, voire comme un hors-la-loi. Rien à voir avec ce que représente aujourd’hui la France insoumise, rien à voir avec les enjeux qui sont les siens pour permettre à la gauche d’arriver au pouvoir.
Alors, n’accablons pas Sophia Chikirou de tous les maux. Elle n’est pas le monstre terrifiant qu’on décrit ici ou là. Elle ne mérite ni cet excès d’honneur, ni cette indignité. Mais sa violence tous azimuts et sa funeste conviction que la fin justifie les moyens, sont des symptômes de ce avec quoi la France insoumise doit rompre pour être à la hauteur de l’aventure mélenchonienne et surtout des valeurs que son programme soutient.
Feuille volante n°8
LES JUIFS FRANÇAIS ET LA GAUCHE (partie 3)
Grandiose dans ses rapports avec les juifs au moment de la Révolution française, la gauche, un siècle plus tard, s’est donc perdue. Sans se mettre à l’unisson des éructations antisémites de Fourier, Proudhon, Toussel ou Tridon, elle est néanmoins confuse, passive et parfois même complice dans la seconde moitié du XIXème.
Le 13 janvier 1898, l’affaire Dreyfus la sort de sa torpeur. Deux ans après avoir publié « Pour les juifs », où il évoquait son « dégoût » face au « fanatisme » des campagnes antisémites, Emile Zola écrit « J’accuse », une lettre ouverte au Président de la République : « Mon devoir est de parler, je ne veux pas être complice. Mes nuits seraient hantées par le spectre de l’innocent qui expie là-bas, dans la plus affreuse des tortures, un crime qu’il n’a pas commis. »
Chaque phrase de ce texte admirable atteint sa cible. Et même si certains socialistes vont hésiter encore à prendre parti, la gauche, aiguillonnée par Jaurès ou Clémenceau, mais aussi bien par nombre d’anarchistes non moins courageux, la gauche se met progressivement en ordre de marche pour Dreyfus et contre l’antisémitisme.
Alors que de violentes manifestations antidreyfusardes sont organisées un peu partout en France et que résonnent dans les rues les cris sans équivoque de « Mort aux juifs ! », la gauche, dans son immense majorité, tient bon, retrouvant cette générosité et cet élan qui avaient fait sa noblesse pendant la Révolution.
Au début du XXème siècle, avant et après la réhabilitation de Dreyfus (1906), l’antisémitisme semble donc avoir définitivement choisi son auge, celle de l’extrême-droite, dont la création de l’Action française (1899) est un des actes de naissance. Certes, on peut encore entendre ici ou là quelques propagandistes de gauche expliquer que l’anticapitalisme devrait surfer sur l’antisémitisme, mais leurs voix sont inaudibles. Ce qui domine à gauche, c’est la conviction que l’antisémitisme est une machine de guerre réactionnaire, un piège pour les travailleurs, ce que les sociaux-démocrates allemands appelaient « le socialisme des imbéciles ».
Les années qui suivent ne vont pas fondamentalement changer la donne. Dans ses rapports avec les juifs, la gauche garde son cap et quand arrivent les années trente, la crise économique et l’accession au pouvoir d’Hitler, l’antisémitisme est à son climax à l’extrême-droite, qui se déchaîne contre « le juif Blum », quand celui-ci devient Premier ministre. Tout naturellement, le Front populaire est accusé par Charles Maurras et ses semblables d’être le cheval de Troie de la « juiverie », et la gauche, de son côté, considère tout aussi naturellement la lutte contre l’antisémitisme comme un élément essentiel de son combat.
S’il en était besoin, la Seconde Guerre mondiale confirme ce qui s’était imposé comme une évidence depuis 40 ans : lutter contre les extrémistes de droite quels que soient leurs sombres habits (royalistes, ligueurs, fascistes, nazis, pétainistes), c’est impérativement pour la gauche défendre les juifs. Comme le dit fort justement Michel Winock : « Plus encore qu'après l'affaire Dreyfus, l'antisémitisme était mis au ban par la gauche. L'horreur des charniers nazis paraissait devoir refouler à tout jamais la haine du juif dans tous les secteurs de l'opinion. Mais la gauche, revendiquant l'héritage de la Résistance, se trouvait des raisons supplémentaires pour aimer et protéger les rescapés de ce qu'on appellera l'Holocauste. »
Cela étant, si la première moitié du XXème siècle a donc renoué les liens entre la gauche et les juifs au point de faire penser que plus rien ne pourrait les défaire, une toute autre histoire allait commence après-guerre, notamment après la création de l’État d’Israël (1948), mais pas seulement.
(A suivre)
Feuille volante n°6
LES JUIFS FRANÇAIS ET LA GAUCHE (partie 2)
Le XIXème siècle commence mal pour les juifs français. Après avoir liquidé la République en 1804, Napoléon, qui considérait les juifs comme non assimilés et sans doute non assimilables, affirme vouloir « porter remède au mal auquel beaucoup d’entre eux se livrent au détriment de (ses) sujets ».
Cet antisémite d’État, que notre actuel ministre de l’Intérieur présenta curieusement comme un modèle dans son livre sur le « séparatisme islamiste » sans soulever quasiment aucune réprobation dans l’opinion publique, cet antisémite d’État prend à l’égard des juifs des mesures discriminatoires, dont le célèbre décret du 17 mars 1808, connu sous le nom de Décret infâme, qui va radicalement à contre-courant des avancées de la Révolution française.
Néanmoins, au cours des décennies suivantes, les juifs français n’en poursuivent pas moins leur longue marche émancipatrice commencée en 1791 et à la fin de la Monarchie de juillet, c’est-à-dire au milieu du siècle, un certain nombre d’entre eux peuvent s'enorgueillir à juste titre de leur réussite personnelle dans la vie politique, économique ou culturelle.
Et c’est là que le bât commence à blesser entre la gauche et les juifs.
Alphonse Toussel, socialiste utopique, disciple de Charles Fourier, publie en 1845 un livre antisémite, dont le titre illustre à lui seul la conviction d’un certain nombre de ceux qui entendent, à gauche, combattre le capitalisme : « Les juifs rois de l’époque ». Un nom devient emblématique de la supposée « puissance juive », celui des Rothschild, et à côté d’un antisémitisme contre-révolutionnaire, ancien et structuré, prospèrent de fait, à gauche de l’échiquier politique, des stéréotypes antisémites tout aussi inquiétants.
Il est clair, hélas, que la symbiose initiale entre la gauche et les juifs n’est plus désormais qu’un lointain souvenir.
En 1870, quand est proclamée la Troisième République, la « question juive » n’est pas la préoccupation principale du pays. Restauration de la monarchie ou République, tel est pour un temps le grand débat. Mais en revanche, tout change, quand il devient évident pour les monarchistes qu’ils ne vont pas pouvoir immoler de sitôt « la Gueuse » (la République). Boucs émissaires tout trouvés, les juifs deviennent alors l’ennemi public numéro 1 de tous ceux qui ne se résignent pas à vivre en République et, en 1886, Edouard Drumont publie le livre fondateur de l’antisémitisme contemporain, « la France juive », qui deviendra un petit best-seller.
Témoin de la montée de cet antisémitisme de droite dans les deux dernières décennies du XIXème siècle, que fait la gauche ? A vrai dire, pas grand-chose. Si peu même que plusieurs socialistes se permettent de tenir des propos indignes contre les juifs sans que cela ne les discrédite le moins du monde. A gauche, on se dit à l’occasion que les efforts que déploient les antisémites pour dénoncer le capitalisme juif pourront avoir un effet positif sur les masses populaires quand il s’agira d’entraîner celles-ci à dénoncer plus largement le capitalisme. Drumont n’est pas ostracisé par la gauche, elle lui trouve des mérites, jusqu’à Jaurès lui-même, oui le grand Jaurès, qui est — comment dire ? — quelque peu « effleuré » par l’antisémitisme, pour reprendre la subtile litote utilisée par Madeleine Rebérioux.
On se souviendra de ce que Jaurès écrit après le mémorable voyage qu’il effectue en Algérie en 1895 : « Par l’usure, par l’infatigable activité commerciale et par l’abus des influences politiques, (les juifs) accaparent peu à peu la fortune, le commerce, les emplois lucratifs, les fonctions administratives, la puissance publique. » Et d’affirmer que « sous la forme un peu étroite de l’antisémitisme se propage en Algérie un véritable esprit révolutionnaire ».
Tirons le rideau !
Fort heureusement, une autre séquence, autrement plus glorieuse pour la gauche dans ses rapports avec les juifs, commence à partir du 13 janvier 1898.
(A suivre)
Feuille volante n°6
LES JUIFS FRANÇAIS ET LA GAUCHE (partie 1)
Je vais prendre les choses chronologiquement, de 1789 à 2023 — le 17 juin 1789 pouvant être considéré comme la date de naissance de la gauche, lors des États généraux convoqués par le roi.
Du côté de cette gauche naissante et qui, bien évidemment, ne se considérait pas encore comme telle, il est a priori étonnant de constater à quel point on se passionna immédiatement pour la « question juive ». Pendant un peu plus de deux ans, en effet, l’Assemblée nationale constituante consacra à ce sujet des heures et des heures de débat, considérant qu’il était de la plus haute importance pour les révolutionnaires d’être les promoteurs de l’émancipation des juifs.
Certes, la situation des juifs était épouvantable sous l’Ancien régime : ils étaient régulièrement persécutés, subissaient des interdictions professionnelles, des discriminations religieuses, devaient s’acquitter d’impôts supplémentaires, certains étaient encore assignés à vivre dans des ghettos, et aucun d’entre eux n’était considéré comme un citoyen à part entière. Mais sur une population de 28 millions d’habitants, les juifs étaient environ 45.000 et le sort de cette petite minorité aurait pu être considéré comme secondaire, alors même que tant d’autres défis devaient être relevés. Or ce ne fut absolument pas le cas et la Révolution française, dès ses premiers mois d’existence, prouva au contraire à quel point l’égalité des droits pour tous, y compris pour les juifs, fut d’emblée son admirable obsession.
L’abbé Grégoire, Mirabeau, Clermont-Tonnerre, Robespierre — a-t-on oublié les paroles si belles qu’on leur doit ? Dans le Monde d’aujourd’hui, un contempteur de la gauche, répondant à ma tribune de lundi, ironise sur ce qu’il considère comme une « incongruïté » : « Je ne sache pas que les juifs aient jamais eu une dilection particulière pour Robespierre », écrit-il. Ignorance ou amnésie ? Car ce fut bien sûr le cas, du vivant de Robespierre, mais aussi après sa mort, en tout cas pour tous les juifs qui n’accordèrent pas de crédit à la « légende noire » du supposé despote et bourreau de la Vendée, légende construite dès après son exécution et que véhiculent encore aujourd’hui les fabulistes du Puy du Fou.
Extrait d’un des discours de Robespierre (23 décembre 1789) : « On vous a dit sur les juifs des choses infiniment exagérées et souvent contraires à l’histoire. Comment peut-on leur opposer les persécutions dont ils ont été les victimes chez différents peuples ? Ce sont au contraire des crimes nationaux que nous devons expier, en leur rendant les droits imprescriptibles de l’homme dont aucune puissance humaine ne pouvait les dépouiller. On leur impute encore des vices, des préjugés, l’esprit de secte et d’intérêt les exagèrent. Mais à qui pouvons-nous les imputer si ce n’est à nos propres injustices ? Après les avoir exclus de tous les honneurs, même des droits à l’estime publique, nous ne leur avons laissé que les objets de spéculation lucrative. Rendons-les au bonheur, à la patrie, à la vertu, en leur rendant la dignité d’hommes et de citoyen. Songeons qu’il ne peut jamais être politique, quoiqu’on puisse dire, de condamner à l’avilissement et à l’oppression, une multitude d’hommes qui vivent au milieu de nous. »
La droite de l’époque, déniant aux juifs la qualité de Français et donc de citoyens, réussit un temps à retarder l'événement, mais le 27 septembre 1791 l’Assemblée adopta enfin le « décret d’émancipation des juifs ». Les juifs étaient désormais considérés comme des citoyens français à part entière, jouissant exactement des mêmes droits que tous les autres citoyens, ce qui allait donner le signal de l'émancipation générale des juifs en Europe.
Une première conclusion s’impose donc : à la fin du XVIIIème siècle, la gauche naissante s’est retrouvée de façon lumineuse à l’avant-garde du combat pour la défense des juifs en France.
Certes, il n’allait pas en être de même ensuite.
(A suivre)
Feuille volante n°4
BOLLORE, LES BRAVES GENS ET LES GRENOUILLES
Aux braves gens qui ne voient pas « où est le problème » chaque fois qu’on leur dit que la démocratie est menacée en France, il faut expliquer ce qu’est le crypto-fascisme.
Un crypto-fasciste pense et agit comme un pur activiste d'extrême droite, mais il se réclame toujours d'un autre courant, d’une autre idéologie, et peut même se déclarer à l’occasion apolitique. La première grande différence qu’il y a entre un fasciste pur jus et un crypto-fasciste, c’est en effet que le crypto-fasciste cache son jeu, se dissimule, alors que le fasciste, lui, veut aller droit au but et joue cartes sur table. Disons que le fasciste assume alors que le crypto-fasciste ruse, et ce même quand il multiplie les déclarations fracassantes ou les coups de force.
Prenez les quatre jeunes gens récemment jugés pour des projets d’attentat via leur forum en ligne qu’ils avaient baptisé « WaffenKraft » (Puissance de feu). Ils s’entraînaient au tir dans la forêt, admiraient ouvertement les régimes dictatoriaux et s’ils avaient été surpris comme Marine Le Pen à danser la valse en Autriche avec des néo-nazis, ils n’auraient certainement pas crié comme elle à la manipulation. Négationnistes, racistes, suprémacistes et… fiers de l’être.
Regardez à l’opposé les cryptos-fascistes. Dans le monde des affaires : Vincent Bolloré, Arnaud de Puyfontaine ou Arnaud Lagardère. Dans le monde politique : @ZemmourEric@MLP_officiel ou @ECiotti Dans le monde médiatique : @JeanMessiha@PascalPraud ou @GWGoldnadel
Sans parler de tous ces syndicalistes policiers qui ciblent sans états d’âme les arabes et les noirs, se pensent au dessus des lois, mais s’indignent dès qu’on les assimile un tant soit peu à l’extrême-droite. A la différence des fascistes, tous ces crypto-fascistes veulent avoir pignon sur rue et ne supportent pas d’être regardés pour ce qu’ils sont. Du coup, même quand ils sont condamnés par la justice ou que leur sinistre dessein ne fait plus aucun doute pour personne, ils se drapent dans leur dignité et nient l’évidence. Comme ils savent que leurs ancêtres des années 30 ont mauvaise réputation depuis la fin de la Guerre, ils peaufinent leur image, préférent le costume cravate à la chemise brune et, la main sur le cœur, affirment adorer la République.
C’est ce qui explique la seconde grande différence qu’il y a entre un fasciste et un crypto-fasciste. Le fasciste est pressé, il croit d’abord et avant tout au coup de poing, au coup de boutoir, au coup d’Etat. Ses modèles, ils les trouvent dans la marche sur Rome de Mussolini, la nuit des Longs Couteaux d’Hitler ou la prise de pouvoir de Pinochet. Il aime les pronunciamentos, les putschs, tous les passages à l’acte rapides et brutaux. Le crypto-fasciste n’est pas moins dangereux, mais il est — comment dire ? — plus combinard. Il procède par étapes, ayant assimilé la parabole de la grenouille qui se laisse ébouillanter sans réagir lorsque l’eau dans laquelle on la plonge est chauffée progressivement. Il sait que les êtres humains ressemblent au sympathique batracien et qu’ils acceptent d’autant plus facilement le pire que celui-ci arrive tout doucement, leur laissant le temps de s’y habituer.
Certes, il arrive aux crypto-fascistes d’être moins patients et de ne pouvoir contenir leurs pulsions mortifères. Comme dans cette autre parabole impliquant une grenouille, cette fois assez naïve pour croire que le scorpion qu’elle accepte de porter sur son dos ne la piquera pas au milieu de la rivière. « C’est ma nature, c’est plus fort que moi », dit le scorpion. « C’est notre nature, c’est plus fort que nous », pourraient dire de même les crypto-fascistes en lâchant parfois sans sommation leur venin. Mais en règle générale, reconnaissons-le : les crypto-fascistes ont des business plans plus subtils que les scorpions. Plus subtils aussi que les fascistes des années 30, et c’est ce qui fait que les braves gens ne voient vraiment pas « où est le problème ».
Feuille volante n°3
MACRON ET LA LOGIQUE DU CHAUDRON
Le 17 avril dernier, Emmanuel Macron a annoncé dans une allocution officielle qu’il ouvrait « une période d’apaisement, d’unité, d’ambition et d’action au service de la France ». A cette période, il décida d’associer un chiffre rond, éminemment symbolique depuis 1815, c’est-à-dire depuis la reconquête du pouvoir par Napoléon : 100 jours. Et il précisa alors très clairement que le 14 juillet, date non moins symbolique pour tous les Français, lui permettra de « faire un premier bilan ».
Apprenant que le président de la République ne prendrait finalement pas la parole ledit 14 juillet, un journaliste l’interrogea. Il lui demanda naïvement si c’était la crainte de nouvelles « émeutes » qui l’avait « contraint à repousser (son) adresse aux français pour faire le bilan des 100 jours qui devaient être ceux de l’apaisement ». Piqué au vif, Macron lui répondit en trois points :
Premièrement, « je n’ai pas coutume de repousser des choses qui ne sont pas programmées ».
Deuxièmement, « oui, j’ai dit que je ferai un point autour du 14 juillet ».
Troisièmement, non, « je n’ en ai donné ni la date ni la forme ».
Cette réponse a surpris, mais n’a peut-être pas été commentée comme elle le mérite.
Depuis Freud, en effet, cette étrange logique présidentielle a un nom, c’est la logique du chaudron. Dans deux de ses livres, « L’interprétation des rêves » et « Le mot d’esprit et sa relation à l’inconscient », Freud raconte l’histoire d’un homme qu’on appellera A.
A emprunte à B un chaudron de cuivre et après l'avoir rendu, il voit B piquer une colère parce que le chaudron a un grand trou qui le rend inutilisable. Très calmement, A lui dit :
Premièrement je ne t’ai absolument pas emprunté de chaudron.
Deuxièmement, quand tu me l’as prêté, le chaudron avait déjà un trou.
Troisièmement, quand je te l’ai rendu, le chaudron était intact.
A quoi tient l’effet comique de cette histoire ? C’est que prise isolément, chacune des affirmations énoncées par A pour sa défense est possible, vraisemblable, mais comme chacune contredit les deux autres, elles ne peuvent être formulées « en même temps ». D’où l’interprétation de Freud : le raisonnement que suit A ressemble à ce qui se passe dans nos rêves où n’existe justement pas le principe de contradiction. Je peux rêver que c’est la nuit et en même temps il fait jour. Je peux rêver que quelqu’un est mort et en même temps il me parle. Je peux être en même temps à Paris et à Londres, un personnage peut être en même temps grand et petit, l’inconscient ne choisit pas, il laisse coexister ensemble le vrai et le faux. Je peux avoir annoncé que je ferai un bilan le 14 juillet et ne jamais l’avoir dit.
Voilà donc bien, me semble-t-il, ce que révèle cette histoire d’allocution ratée. Depuis 2017, nous sommes gouvernés par un rêveur. Pour lui, les lois logiques de la pensée ne sont pas opérationnelles, il ne connaît pas la contradiction, comme l’inconscient il n’obéit qu’à ses propres règles. Personne ne le prendra jamais en défaut puisqu’il n’a qu’une loi, la sienne. Ah, tiens, vous savez comment Freud définissait l’inconscient, tel qu’on le voit en action dans le rêve : « le royaume de l’illogisme ». Eh bien, grâce à Emmanuel Macron notre République est devenu ce royaume-là.
Feuille volante n°2
« TOUCHE PAS À MON PRÉNOM ! »
Si notre nom de famille constitue un élément majeur de notre identité, les prénoms que l’on porte n’en sont pas moins décisifs. Tous ceux qui ont des enfants le savent : le moment où l’on choisit le ou les prénoms de sa progéniture est un moment joyeux, mais aussi troublant. On sait qu’on va transmettre au futur bébé un désir, un souvenir, une histoire. Même si l’usage s’en est un peu perdu, le prénom permet par exemple aux parents, à travers leur descendance, de rendre un hommage appuyé à un ascendant, à un être aimé, disparu ou non, voire à un héros, réel ou fictif. Ce n’est bien sûr pas sans risque (dans l’entre-deux-guerres où Pétain était au sommet de la gloire, de nombreux Français, tel le général de Gaulle, appelèrent leur fils Philippe), mais cela fait du prénom un signifiant éminemment narratif.
Dans la scène culte du film « Rabbi Jacob », où Louis de Funès découvre que son chauffeur est juif, si son cri du coeur fait rire (« Comment, Salomon, vous êtes juif ! »), c’est que l’origine hébraïque du prénom est aussi indéniable que le racisme du personnage qu’il interprète. Et dans certaines circonstances, justement, un prénom peut devenir un risque. Né dans les années qui suivirent la Shoah, j’en sais quelque chose : si je me prénomme Gérard, c’est que mon père avait vu plus d’un juif mis en danger par son prénom — Moïse, Sarah, Elie, Rachel… —, et comme il craignait le retour possible des jours sombres, il avait voulu m’éviter ce péril.
Ce n’est pas un hasard si @ZemmourEric est très tôt monté au créneau de l’abjection en attaquant l’ancienne ministre @datirachida qui avait prénommé sa fille Zohra, ou la chroniqueuse télé @HapsatouSy qu’il avait imaginé rebaptiser Corinne : « Normalement, chez moi, on doit donner des prénoms qui sont dans le calendrier, c'est à dire les prénoms des saints chrétiens », avait-il alors expliqué. Tout était dans le « chez moi ». Qui ne se prénomme pas… comme moi ne peut pas prétendre vivre en paix… chez moi.
Eh bien voilà où nous en sommes quelques années après les éructations de ce néo-fasciste : à mener sur notre sol ce qu’on pourrait appeler la guerre des prénoms. Entre le ministre de l’Intérieur @GDarmanin qui, pour « relativiser le lien entre l’immigration et les émeutes », évoque les Matteo et les Kevin, et @BFMTV qui dresse « la liste des prénoms les plus fréquents parmi les individus interpellés », on fait des prénoms que nous portons un signe de division, un élément de discorde. L’histoire a dans ses tiroirs plein de salauds qui s’appelaient indistinctement Emile, Mohamed, Baruch ou Moussa, mais pas plus que la couleur de leur peau, leur prénom n’était le signe d’une prédestination. Et moi, depuis le jour où j’ai appris pourquoi je me prénomme Gérard, j’ai acquis cette conviction : heureux le pays où les parents peuvent donner aux enfants les prénoms de leur choix sans rien avoir à craindre pour eux.
🚨Victoire ! La NUPES toujours du côté de la Justice et des travailleurs ! Nous venons de battre l’art. 17 de la #LOPJ, qui évacuait le juge dans la procédure de saisies des salaires ! Les salaires sont sacrés ! #DirectAN