Il y a 50 ans, les chimistes mesuraient couramment des concentrations de l’ordre de la partie par million.
Aujourd’hui, ils atteignent la partie par trillion.
Ce progrès vous paraît abstrait ?
Il est vertigineux.
Une partie par million, c’est une seconde sur douze jours.
Une partie par milliard, une seconde sur trente-deux ans.
Une partie par trillion, une seconde sur près de 32 000 ans.
Les humains ont construit des instruments capables de retrouver une seconde perdue depuis le début de l’agriculture.
Puis ils ont commencé à s’inquiéter de tout ce que ces instruments découvraient.
PFAS dans l’eau.
Pesticides dans les cheveux.
Métaux dans le sang.
Résidus de médicaments dans les rivières.
La détection est réelle.
Le danger ne l’est pas nécessairement.
Car une machine répond à une seule question :
« Cette molécule est-elle présente ? »
Elle ne répond pas à :
« Cette quantité peut-elle provoquer un effet ? »
Cette seconde question exige la dose, la durée d’exposition, la voie d’entrée dans l’organisme, le métabolisme et la relation dose-effet.
Un verre d’eau contient environ 10²⁵ molécules.
À cette échelle, il contient statistiquement des molécules passées par Napoléon, Cléopâtre, Jules César et presque tous les êtres vivants ayant existé.
Cela ne transforme pas l’eau en déchet biologique.
Cela montre seulement qu’à l’échelle moléculaire, la pureté absolue n’existe pas.
Même l’eau devient toxique lorsqu’on en boit plusieurs litres en quelques heures.
Même la toxine botulique devient un médicament lorsqu’elle est injectée localement à une dose précisément calculée.
La présence ne suffit donc jamais.
La molécule ne suffit pas non plus.
Le risque commence avec l’exposition.
Pourtant, une grande partie du débat public fonctionne encore ainsi :
détecté,
donc contaminé ;
contaminé,
donc dangereux ;
dangereux,
donc responsable.
Trois conclusions là où l’instrument n’en avait fourni qu’une.
Les humains disposent désormais d’une capacité presque divine à observer l’infiniment petit.
Ils doivent encore apprendre à ne pas confondre la puissance de leurs instruments avec l’ampleur de la menace.
Car le progrès scientifique ne consiste pas seulement à voir davantage.
Il consiste à comprendre ce que l’on voit.
Créer un « ministère de la Vérité » est la pire réponse possible à la désinformation.
Il y a une autre voie :
demander à toutes les plateformes d'intégrer un système de notes de communauté, sur le modèle de X, avec un algorithme open source.
Nous sommes face à une dérive politique ou chacun, quel que soit son camp, veut imposer sa vision, sa solution... ou sa vérité.
Par un organisme, une ONG, un homme fort...
Il faut faire exactement l'inverse : donner davantage de pouvoir aux citoyens, pas aux institutions. Plus d'espace pour s'exprimer, débattre, vérifier et corriger.
C'est le principe d'une démocratie libérale.
Bottom-up. Pas top-down.
Surtout pas top-down.
La révolution de l'IA, ça sera la crainte d'un cataclysme politique et civilisationnel tous les quinze jours ponctuée de projets très mignons comme ça au milieu.
Cette loi sur l’euthanasie est parfaitement scandaleuse. Un grand nombre de personnes vulnérables vont être simplement liquidées rapidement et discrètement. Le fait que la loi soit soutenue par un certains nombre de dirigeants de Mutuelles montre à quel point la motivation première est de réaliser des économies en matière de dépense de santé. On préfère aujourd’hui en France tuer des personnes vulnérables plutôt que de s’attaquer à la bureaucratie paralysante et hors de prix qui détruit l’hôpital publique. Le système de santé français coûte 45 milliards d’Euro de plus que la moyenne de l’Union Européenne en part de PIB, pas parce que les autres tuent les personnes vulnérables mais parce que leurs méthodes de management et d’organisation sont beaucoup plus efficaces que les nôtres. On a choisit l’indignité et la médiocrité plutôt que l’efficacité et la responsabilité.
Rappel : si demain on remplace tous les chauffages de France par des clims reversibles, qui chauffent en hiver et refroidissent en été, on fait BAISSER les émissions de gaz à effet de serre.
Sauf que ce n'est absolument pas écrit par une IA.
J'avais passé des heures sur ce texte (il y a un an). Chacun peut soumettre mes textes à Pangram, je ne copie-collerai jamais des textes de LLM et je n'en vois pas l'interêt (je comprends d'ailleurs mal comment certains peuvent se regarder dans la glace en signant de leur nom des textes qui ne sont pas les leurs).
Mais ce genre de commentaire est intéressant.
Bientôt, plus personne n'écrira, car une suspicion d'IA planera sur n'importe quel texte de plus de 3 lignes et chaque auteur (particulièrement s'il n'a pas encore de réputation) se demandera : "À quoi bon passer des journées à lire, réfléchir, et choisir mes mots, pour faire marginalement mieux qu'un LLM, et me faire de toute façon accuser d'avoir copié-collé le texte d'un LLM, le tout sans trouver de lecteurs, puisque justement, ceux-ci, soupçonnant de de lire la production d'un LLM, n'e m'accorderont pas leur attention ?".
La part de contenu produit par des humains diminuera donc davantage, ce qui désincitera encore plus la lecture (plus la probabilité qu'un texte ait été généré par une IA est élevé, moins on est motivé à lire ; si on veut converser avec un LLM on peut le faire dans son coin). Ce qui désincitera l'écriture... Cercle vicieux.
Je me répète beaucoup sur ce sujet en ce moment, mais je prédis (et redoute) la fin prochaine de la lecture et de l'écriture.
Les robots, c’est l’inverse du foncier.
L’incidence fiscale des impôts tombe sur le côté inélastique du marché. Si vous taxez une transaction, la proportion dans laquelle la taxe est répartie entre acheteur et vendeur dépend de la capacité de chaque partie à renoncer à cette transaction.
Le foncier nu est totalement inélastique : ce n’est pas comme si des parcelles de terre allaient disparaître ou apparaître en réaction à l’impôt.
Les robots, en revanche, sont déployés là où ils sont les plus rentables. N’ayant pas besoin de passeport, ils sont encore plus mobiles que les travailleurs qualifiés.
Si vous les taxez, les déployer en France plutôt qu’ailleurs devient relativement moins attractif. Donc le résultat, c’est soit moins de robots en France, soit qu’une partie tierce — consommateurs, salariés... — paie la taxe sous la forme d’une baisse de salaire ou d’une hausse des prix.
En voilà une bonne question !
Dommage d’y répondre aussi mal.
La raison ? La source principale de la journaliste, c’est… l’ADEME.
On remet tout ça d’aplomb (et spoiler : la vraie réponse est oui).
↩️
Ça dépend de ce qu'on entend par "fonctionner".
Si c'est pour résoudre le problème du logement, évidemment que ça ne fonctionne pas. Ces études le montrent.
Mais ce n'est pas à cela que ces mesures servent. Elles servent à envoyer un signal politique à sa base et à ses électeurs. Et ça, ça fonctionne très bien. Et c'est pour ça que malgré la prochaine étude n°197, qui démontrera que "ça ne fonctionne pas", ça continuera. Parce que ça fonctionner super bien pour gagner les élections.
Rationalité épistémique vs rationalité sociale, tout ça...
Le "débat" français sur la climatisation est un signal faible fascinant. Il révèle à la fois :
- l’auto-dénigrement technologique d’un pays pourtant champion de l’électricité décarbonée ;
- une vision de l'écologie proche d’une morale religieuse, où le confort est une faute et la chaleur une pénitence.
- et des médias souvent incapables de traiter techniquement le sujet sans militantisme implicite.
Et si l'abondance nous rendait malheureux ? En accélérant le passage d'une économie de travail à une économie de l'attention, par essence très inégalitaire, l'IA pourrait créer beaucoup de frustration. Ma tribune dans Le Figaro du jour.
https://t.co/zJij5XBa10
"Les entreprises d'hier seront incapables de s'adapter à l'IA De nouvelles emergeront pour les remplacer La transformation digitale ne marche pas Les entreprises AI-First & AI-Only prendront tout le marché"
C'est ce qu'écrivait récemment @stephanemallard, qui citait Paul Graham (respect). Ça m'a fait réfléchir et voilà comment je vois le sujet. En bref, je ne serais pas aussi catégorique que Stéphane:
L'IA est bien-sûr une rupture majeure, pas une amélioration incrémentale, pas de débat là-dessus. Et effectivement, beaucoup d'acteurs en place semblent en sous-estimer la profondeur. Beaucoup de programmes étiquetés "transformation digitale" se sont effectivement limités à du replâtrage, ce qui rejoint un point central des travaux de Christensen : les acteurs en place tendent à rejeter les ruptures, ou plus exactement à mobiliser la nouvelle technologie au service de leur modèle existant plutôt que d'en inventer un autre. C'est pour ça que l'avantage va souvent à des structures conçues nativement pour la nouvelle technologie, et l'inertie organisationnelle des grands groupes ne fait pas de doute. On l'a bien vu avec le digital (ou les PC 20 ans avant)
Cela posé, plusieurs nuances me paraissent utiles.
Dire que "la transformation digitale ne marche pas" est excessif. Cela revient à confondre l'échec de programmes mal conçus ou mal exécutes avec une impossibilité structurelle. Ce sont deux choses différentes.
L'âge n'est pas un bon prédicteur. Wal-Mart a bien tiré parti du digital, et Microsoft, qui figure aujourd'hui parmi les acteurs les mieux positionnés sur l'IA, vient de fêter ses 50 ans.
L'idée d'une entreprise "AI-Only" mérite d'être discutée. L'IA est un moyen, parfois central, mais des pans entiers des chaînes de valeur ne se réduisent pas à elle. Distribution, capital, compétences métier et confiance client restent des actifs décisifs, qui ne se construisent pas rapidement, et ne sont pas substituables.
Autre élément: les ruptures ont toujours mis du temps à produire leurs effets, ce qui laisse aux acteurs en place une fenêtre pour réagir. La leçon du digital est qu'ils réagissent lentement, effectivement, mais qu'ils réagissent : la presse, la musique, le cinéma se sont transformés alors qu'il semblait évident dans les années 90 qu'ils allaient disparaître.
Le vrai sujet me semble donc être l'allocation des ressources entre cœur rentable et paris incertains, plutôt que la date de naissance de l'entreprise.
Chaque grande vague technologique - Internet, mobile, cloud - a produit la même prophétie d'éviction totale, qui ne s'est pas vérifiée. Rappelons Bill Gates expliquant aux banques en 2007 qu'elles étaient des dinosaures vouées à disparaître rapidement.
Les cartes ont été redistribuées, certains acteurs ont disparu (Kodak, Blockbuster), de nouveaux ont émergé (Amazon), mais nombre d'acteurs historiques ont survécu et se sont recomposés.
A priori on devrait voir la même chose avec l'IA. Chacun a un jeu à jouer - nouvel entrant pure play comme acteur historique qui se sert de l'IA pour démultiplier son modèle. C'est bien, parce que c'est l'essence même de la stratégie: rien n'est déterminé à l'avance. Faites vos jeux!
"L'IA d'aujourd'hui n'est pas un moteur statistique. C'est un partenaire de pensée. Et ça change absolument tout."
Oui, ça change tout et qu'on arrête de dire que l'IA c'est juste des stats.
Voilà. Ça a été repris partout, et ça va l’être encore pendant des mois.
Tant pis si l’étude se passe au Pérou, où 1/3 des pesticides utilisés sont interdits en France.
Tant pis si c’est une simulation, qui n’établit aucun lien de causalité.
Après 1 an de désinformation de ce type, pour la grande majorité des Français, pesticides = cancer.
Comme OGM = danger.
Ça sera très, très difficile à changer.
Est-ce que notre agriculture va s’en relever ? Franchement, je ne suis pas optimiste.
Tant pis, les Français aisés, entre 2 kombuchas, mangeront une agriculture 🇫🇷 pseudo bio de piètre qualité à des prix délirants.
Les autres se rabattront sur celle de nos voisins, qui utiliseront tout ce que nous avons interdit.
Les militants, eux, se réorienteront vers l'anti nucléaire ou l'anti IA, avec j'imagine, la satisfaction du devoir accompli.