À la demande générale, voici un résumé beaucoup plus grand public, contextualisé et pédagogisé par votre serviteur de l’intervention d’Arthur Mensch devant la commission d’enquête sur la souveraineté numérique.
Comment fonctionne l’IA, pourquoi c’est important d’avoir une IA française
- L’Intelligence artificielle consiste à faire effectuer par des ordinateurs ou des robots des tâches complexes qui jusqu’à récemment étaient uniquement faisables par des humains.
- C’est une révolution technologique de la même ampleur que l’invention du monteur à explosion ou de l’électricité.
- La différence entre un pays qui embrasse l’IA et un pays qui ne le fait pas sera la même qu’entre pays industrialisés et pays non industrialisés au XIXe siècle (en gros quand l’Europe peut se permettre de coloniser la planète et dépecer la Chine.) il est donc indispensable que la France et l’Europe embrassent l’IA sous peine de perdre la maîtrise de leur destin.
- L’IA consiste en des « modèles » qui sont des logiciels qui exécutent les instructions qu’on leur donne. C’est la couche supérieure qui est en interface directe avec les entreprises et les particuliers. Pour fonctionner ces modèles ont besoin d’immenses ordinateurs empilés dans des entrepôts qu’on appelle data center ou centres de calcul en bon français. Ces centres de calcul ont besoin de microprocesseurs et d’électricité pour fonctionner.
- Dans la chaîne de valeur, ce sont les fournisseurs de modèle, comme Mistral, seul champion européen du secteur, qui ont les meilleures marges. En conséquence de quoi Mistral est bien positionné pour redescendre la chaîne de valeur, c’est à dire finir par produire in fine ses propres centres de calculs, puis ses propres microprocesseurs.
- La stratégie historique de l’Europe d’essayer de construire des centres de calculs directement sans avoir de champions au niveau des modèles a eu du mal à porter ses fruits car les marges étant faibles sur l’activité, il fallait du volume, or les Américains déjà installés comme Amazon ou Google bénéficiaient de gros volumes américains, pouvaient investir massivement dans la R&D et étaient donc plus difficilement rattrapable.
- Grâce aux fortes marges des modèles, Mistral a une chance de rester dans la course + de financer directement (en créant des filiales) ou indirectement (en commandant à des fournisseurs européens) toute la chaine de valeur du centre de calcul.
L’importance économique de l’IA
- On estime qu’à l’horizon des 4 prochaines années, l’Europe dépensera l’équivalent de 10% de sa masse salariale en IA. C’est-à-dire que pour chaque employé payé 50k€ par an, elle aura 5k€ de dépenses en IA pour l’épauler ou le compléter. À l’échelle de l’Europe, cela veut donc dire des besoins estimés à 1000 milliards par an. L’Europe est en excédent comercial de 120 milliards. Si elle commande l’essentiel de son IA à l’étranger, cela signifie un déficit commercial massif infinançable.
- L’Europe n’a par ailleurs pas beaucoup le choix dans la vitesse d’équipement en IA, car les entreprises européennes qui tarderont à s’équiper en IA seront moins compétitives, perdront des parts de marché, et donc creuseront le déficit commercial.
- La seule solution pour une Europe qui ne se paupérise pas est donc d’avoir les chaînes de valeur de l’IA sur son propre territoire, qui bénéficient à sa propre économie.
Mensch estime les besoins électrique nécessaires pour répondre à la demande IA. Là je trouve ses chiffres incohérents. Il a dû faire plusieurs jeux d’hypôthèses sans rester stable sur les bornes choisies.
- Mais pour simplifier, à 4 ans si la France a besoin de l’équivalent de 10% de sa masse salariale en IA, cela signifie qu’elle aura besoin de 100 à 150 Twh d’énergie supplémentaire. Elle a aujourd’hui un excédent de 89 Twh qu’elle exporte à bas coût. La période d’électricité excédentaire est non seulement bientôt finie, mais la France a donc besoin de 4 ou 5 EPR2 nouveaux dans les 5 ans. Autant dire que nous n’y sommes pas du tout.
- L’électrcitié ne représente que 10% des coûts de la chaîne de valeur. Cela signifie qu’exporter son électricité vers l’Allemagne comme aujourd’hui fait perdre à la France 90% de la valeur qu’elle pourrait tirer de son nucléaire.
Urgence stratégique
- Si la France et l’Europe se retrouvent à importer l’essentiel de son IA de l’étranger, elle n’aura aucun levier de négociation sur son avenir. Si elle est exportatrice d’IA, elle pourra négocier. Aujourd’hui Mistral fait 70% de son CA hors France et 25% hors d’Europe.
- Il y a une urgence à investir aujourd’hui dans la construction de centres de calculs en France, pour utiliser notre électricité à bon escient d’une part, ne pas avoir à utliser des modèles américains d’autre part. Les Américains ont prévu d’investir 1000 milliards en 2026, ce qui leur permet de se déployer en Europe, et d’absorber les excédent électriques français en les achetant à l’avance.
- L’enjeu n’est donc pas seulement d’avoir des centres de calculs en France, mais aussi des centres de calcul Mistral plus qu’Open AI en France.
- La seule façon de grandir à la bonne vitesse, c’est que l’Europe utilise sa commande publique. En Europe 50% du PIB est mené par la commande publique, mais on se refuse à l’utiliser de façon stratégique, alors que les États-Unis depuis les années 40 s’en sont servis pour faire émerger leur industrie de semi conducteurs et itnernet hier, l’IA aujourd’hui.
- La méthode européenne qui consiste à subventionner est mauvaise, ce qu’il faut c’est passer des commandes publiques massives, et de préférence en haut de chaine (des services IA), ce qui entraîne tout le secteur, et pas en bout de chaîne (commander des centres de calcul ou des processeurs)
- Aujourd’hui l’Europe souffre d’un empilement réglementaire qui favorise les entreprises assez grosses pour gérer la complexité, soit les entreprises américaines. Ainsi alors que le réglementaire devait protéger les entreprises européennes, il a au contraire bridé l’émergence de champions européens.
- Cependant il ne faut pas croire entièrement le récit américain « l’Europe n’a pas d’entreprises tech géantes car elle réglemente trop ». C’est un discours colonialiste visant à faire porter toute la responsabilité de sa colonisation sur le colonisé, alors que l’Europe souffre de la domination agressive et géopolitiques des États-Unis qui défendent becs et ongles leurs entreprises, en leur donnant des contrats publics à la maison, en empêchant de les brider à l’extérieur. C’est une lutte, il faut entrer dans la lutte.
- Si l’UE doit jouer son rôle en simplifiant ses normes et en participant à créer un marché commun unifié, les enjeux de court terme sont dans la main des états : commande publique étatique (exemple du Luxembourg), surplus énergétique national, champions industriels nationaux, etc. La France doit se battre et ne pas tout attendre de l’échellon européen.
Critiques sur l’impact écologique de l’IA
- L’impact écologique de l’IA est très exagéré, d’une part parce qu’il y a peu de technologies qui sont aussi denses et qui donc réclament aussi peu d’emprise au sol, d’autre part parce que les consommations d’eau et d’électrcitié mises en avant dans la presse grand public sont obsolètes depuis un moment, la technolgoie étant de plus en plus efficiente.
- Surtout, l’Europe consomme déjà de l’IA, et en consommera de plus en plus pour assurer sa survie. La question est donc de savoir où elle sera localisée. Or localisée en France avec son énergie nucléaire décarbonnée, l’IA aura un impact écologique bien meilleur qu’au Texas avec des centrales à gaz. (L’alternative aujourd’hui quand on consomme chez OpenAI)
- Si l’Europe a des géants de l’IA, elle aura son mot à dire sur les normes et les arbitrages écologiques, si elle n’en a pas, elle subira les décisions écologiques des autres.
Armée
- Mistral travaille avec les armées françaises. Contrairement à des sociétés américaines comme Anthropic qui refusent l’alliance avec des militaires, Mistral considère qu’ils n’ont pas la légitimité démocratique pour décider a priori de refuser de contribuer à la défense de leur pays.
- En outre l’IA devient un élément essentiel de la disuasion militaire. De plus en plus on envoie pas de soldats sur le front mais des robots, et des robots qui ne sont pas pilotés par des humains mais par des IA. Donc ne pas avoir de bonnes IA, c’est de pas être souverain militairement, et être en grande faiblesse.
- Concernant l’enjeu de cyberdéfense, les IA permettent de trouver de plus en plus de vulnérabilité dans les infrastructures critiques. Leur progression est linéaire et attendue. Il n’y a pas de rupture surprenante.
- Quand Anthropic a fait de son modèle Mythos un modèle très dangereux capable de mettre à bas toute l’informatique mondiale et réclamant une réaction globale coordonnée, on est plus sur du marketing de la peur que sur une vraie avancée radicale.
- Néanmoins l’enjeu cyber est désormais indissociable de l’IA, et les pays sans IA verront leurs infrastructures numériques à la merci des pays avec IA.
L’impact économique de l’IA
- L’IA va produire à court termes trois chocs simultanés sur notre économie :
1. Elle va profondément changer la structure des emplois, en remplacer, modifier leurs contenus, créer de nouveaux besoins. On va avoir besoin de beaucoup moins de niveau junior dans les services, de beaucoup plus d’électriciens. Et la transition ne sera pas sur des décennies, mais des trimestres.
2. Inflation : la demande en électricité va exploser, donc les prix de l’électricité, et par répercution inflation sur toute l’économie (puisqu’il faut de l’énergie pour tout produire)
3. Le déficit commercial va exploser, comme vu plus haut, car à court terme au moins nous allons consommer beaucoup plus d’IA américaine, et même remplacer des logiciels et humains français par de l’IA américaine.
- L’IA a de fortes chances de faire augmenter la productivité, et donc potentiellement les salaires et la croissance économique. Chez Mistral, la productivité des ingénieurs a été multipliée par 2 en 6 mois, ils n’écrivent plus de code à la main. Pour le service client, la productivité a été multipliée par 5.
- L’immense enjeu économique de l’IA est le suivant : on va de plus en plus remplacer du travail par de l’IA, donc du travail par du capital. Or tout notre système social et économique repose sur le travail. Si l’argent ne va plus au travail mais au capital, on peut se dire que l’on peut toujours taxer le capital. Mais si le capital est étranger, il y a une énorme déperdition de valeur, et au lieu de payer des employés français, les entreprises françaises vont payer des logiciels américains. Tout l’enjeu est donc d’avoir de l’IA française.
- Qui profitera des dividendes de l’IA ? Les Américains qui pourront les réinvestir chez eux et creuser toujours un peu plus l’écart, ou les Français qui pourront ainsi maintenir leur modèle social et rester dans la course technologique ? Aucune question économique n’est aujourd’hui plus importante.
- L’IA n’est pas une bulle. Un centre de calcul coûte 50 milliards à construire, mais crée 200 milliards de valeur pour le client, dont 100 milliards captés par le fournisseur d’IA. Les chiffres tiennent la route, à condition de ne pas se faire voler ses clients par les géants de la tech américaine.
Souveraineté cognitive
- Les modèles d’IA ne sont pas neutres, il propagent une vision du monde, son dépendants des corpus sur lesquels ils ont été entraînés, de l’idéologie de l’entreprise qui les produit, des personnes qui les ont post-entraînés, et de la langue utilisée.
- Cela signifie qu’une France sans IA propre est une France qui n’a plus d’indépendance cognitive, mais qui est soumises toute entière aux représentations culturelles et aux choix idéologiques étrangers. Ce serait donc même la fin de la France en tant que nation singulière, car de plus en plus nous nous en remettons à l’IA pour nos décisions, recherches, éducation.
- L’idéologie de l’IA n’est pas qu’implicite, elle est déjà la résultante de luttes, avec nombre de pays qui essayent d’influencer les corpus d’entraînement et les contenus appelés par les IA.
- Dans un futur ou toute information et toute décision est médiée par l’IA, ne pas avoir sa propre IA pour un pays c’est ne plus être un pays indépendant.
Indépendance des entreprises numériques européennes
- Mistral a moins de 30% de son capital qui est américain.
- Historiquement l’Europe est un appendice du marché américain. Quand une société européenne réussit, elle est rachetée par un géant américain.
- Le changement géopolitique rend cette situation intenable. Il ne faut plus que les sociétés européennes considèrent que déménager aux États-Unis ou se faire racheter par des américains soit un succès, c’est au contraire un échec mjeur.
- Cependant comme la France n’a pas de fonds de pension, elle a très peu de capitaux pour financer son IA. Elle est donc obligée d’avoir recours à des capitaux étrangers, souvent américains. Il faut quand même vérouiller la gouvernance de façon stricte pour que éviter toute ingérence, et il est quand même mieux d’avoir à verser des dividendes à des Américains que d’avoir à leur commander l’intégralité de sa consommation d’IA.
Résumé du résumé :
Maîtriser de façon autonome l'IA est indispensable pour conserver toute dose d'indépendance et de prospérité.
Pour maîtriser l'IA il faut beaucoup d'électricité, de centres de calcul et de commande publique.
La France est dans la course, mais tout se joue dans les 5 ans.
In 2018 Airbnb abandon React Native to use native tech.
In 2020 Shopify decided to start using React Native to make all there app.
Here are some info on this 1/8🧵
#ReactNative#React#Shopify#AirBnb
Once the data model was laid out, @JeandeCampredon went on to build a custom web-app for the admin interface using @reactjs@apollographql and @MaterialUI, while @cracadumi and I refactored the mobile app to work with this new backend.
Cajoo Shop was born 🛒
@HasuraHQ had just announced Hasura 2.0 and it felt like the right tool to setup the architecture we had in mind (explained in https://t.co/JAvRifYWwO)
Super happy that @cajooapp is sponsoring the @ServerlessParis meeting today 🙌
We’re using the Serverless framework extensively on AWS lambdas coupled with @HasuraHQ , and we love it!
Meet us at the stand, snacks on us 😉😋
Les start-up de livraison de courses en moins de 15mn se sont lancées dans une bataille épique (et coûteuse). Cajoo 🇨🇵 trouvera-t-il la formule magique en s'alliant à Carrefour ? https://t.co/F3zF93pWXG via @LesEchos
Really excited to finally be able to share this amazing milestone with @BirdieCare. Partnering with @IndexVentures means we'll be able to accelerate our ambition of transforming how we age, working with these amazing and dedicated care agencies! https://t.co/xBipQ5yHIA
@Dauvers70@GermainMilet@cajooapp Bonjour @Dauvers70 ! Nous fonctionnons par zone et pas par département, pouvez-vous nous écrire en MP ou via [email protected] pour qu'on vérifie votre adresse ?
Si c'est un bug on le réglera en un rien de temps ⚡️ 😊
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