Le problème avec les principes, c’est qu’il faut les appliquer même quand ils nous dérangent
On me demande parfois pourquoi je doute autant de l’autorité.
Pourquoi je questionne le gouvernement. Pourquoi je cherche les contradictions. Pourquoi j’ai cette manie fatigante de prendre une affirmation, de la retourner dans tous les sens et de demander : « Oui, mais est-ce que ton principe fonctionne encore si je change seulement le sujet? »
La réponse est assez simple.
J’ai un cerveau qui tolère très mal l’incohérence.
On m’a élevé en m’expliquant que je vivais dans un pays libre, dans un État de droit, au sein d’une civilisation qui avait dépassé l’arbitraire des sociétés anciennes.
On m’a appris que nous avions évolué.
Que nous avions compris certaines choses.
Que tous les êtres humains possédaient une valeur intrinsèque. Que leurs droits ne dépendaient pas de leur popularité. Que la loi devait protéger tout le monde selon les mêmes principes.
Et ce n’est même pas une interprétation exotique sortie d’un traité anarchiste poussiéreux.
C’est pratiquement écrit noir sur blanc dans le préambule de la Charte des droits et libertés de la personne du Québec.
On y parle de « droits et libertés intrinsèques », d’êtres humains « égaux en valeur et en dignité », puis de principes constituant le « fondement de la justice, de la liberté et de la paix ». L’article 1 ajoute que tout être humain a droit à la vie, à la sûreté, à l’intégrité et à la liberté de sa personne. LégisQuébec
La Charte canadienne reprend elle aussi le droit à la vie, à la liberté et à la sécurité de la personne à son article 7, tandis que l’article 15 garantit l’égalité devant et sous la loi ainsi que son égale protection et son égal bénéfice. Laws and Regulations of Canada
Alors j’ai commis une erreur terrible.
J’ai pris ces principes au sérieux.
Je les ai pris comme point de départ.
Si un droit est intrinsèque, il ne m’est pas accordé parce qu’un politicien est gentil.
Si les êtres humains sont égaux en valeur et en dignité, cette égalité ne devrait pas disparaître lorsque la personne concernée devient impopulaire.
Si la liberté est fondamentale, elle ne devrait pas changer de définition au gré des tendances politiques.
Et si la loi doit protéger également, elle ne devrait pas avoir une philosophie le lundi et une autre le jeudi simplement parce que le sujet a changé.
Ça me semblait assez simple.
Puis j’ai commencé à observer comment notre société fonctionne réellement.
Et depuis, je vois apparaître partout la même petite formule magique :
« Oui, mais… »
Oui, la liberté est fondamentale, mais…
Oui, les droits sont intrinsèques, mais…
Oui, tout le monde est égal devant la loi, mais dans ce cas-ci…
Oui, ton corps t’appartient, mais…
Oui, ta sécurité est importante, mais…
Et à force d’ajouter des « mais », le grand principe universel finit tranquillement par ressembler à une permission administrative.
Le jugement rendu cette semaine en Colombie-Britannique est un magnifique exemple du problème qui me travaille.
Dans l’affaire concernant Jeremy Kalicum et Eris Nyx, fondateurs du Drug User Liberation Front, la Cour suprême de la Colombie-Britannique a conclu que l’interdiction de possession de drogues en vue d’en faire le trafic prévue à l’article 5(2) de la loi fédérale portait atteinte, dans le contexte de leur programme d’approvisionnement non médicalisé, aux droits protégés par les articles 7 et 15 de la Charte canadienne. La déclaration d’invalidité a été suspendue pour six mois afin de laisser au Parlement le temps de réagir. Laws and Regulations of Canada
Très bien.
Je ne veux même pas commencer par dire si j’aime ou non la conclusion.
Je veux faire quelque chose de beaucoup plus simple.
Conserver le principe et changer seulement le sujet.
Prenons maintenant une personne paisible qui possède une arme à feu pour assurer sa propre sécurité.
Pas quelqu’un qui menace son voisin.
Pas quelqu’un qui commet un vol.
Pas quelqu’un qui tire dans la rue.
Simplement un être humain qui dit : ma vie, ma sécurité et mon intégrité m’appartiennent, et je veux disposer d’un moyen de les protéger.
Si nous croyons réellement aux principes que nous proclamons, la question devrait au minimum être examinée à partir des mêmes fondations : vie, liberté, sécurité, dignité, autonomie.
Mais au Canada, lorsqu’on passe de la drogue à l’arme à feu, le vocabulaire juridique change drôlement vite.
Dans R. c. Wiles, en 2005, la Cour suprême du Canada a affirmé que la possession et l’utilisation d’armes à feu ne constituent pas un droit ou une liberté garanti par la Charte, mais « un privilège ». Le jugement concernait une interdiction obligatoire de possession d’armes imposée après une condamnation liée à la production de cannabis. Supreme Court of Canada Decisions
Et voilà.
C’est précisément le genre de chose qui fait fonctionner mon cerveau à trois heures du matin.
Pourquoi?
Pourquoi ma relation avec ma propre vie et ma propre sécurité relève-t-elle d’un droit fondamental dans certains raisonnements, mais devient-elle un privilège lorsqu’on change l’objet dont il est question?
Pourquoi le principe devrait-il dépendre de l’objet?
Pourquoi l’État peut-il proclamer que mes droits sont intrinsèques, puis déterminer ensuite quelles manifestations de ces droits seront considérées comme de véritables droits et lesquelles seront réduites au rang de privilèges?
On pourra évidemment m’expliquer pendant vingt pages que les deux causes sont juridiquement différentes.
Je le sais.
Les faits sont différents. Les dispositions contestées ne sont pas les mêmes. Les raisonnements judiciaires ne sont pas identiques.
Mais justement.
Je remonte volontairement en amont du droit technique.
Je demande quel est le principe fondateur.
Parce qu’avant les articles, les règlements, les précédents et les exceptions, il faut bien qu’il existe une philosophie.
Soit l’être humain possède réellement certains droits intrinsèques.
Soit il ne les possède pas.
Soit sa vie, sa liberté, sa sécurité et sa dignité constituent le point de départ.
Soit elles ne le constituent pas.
Mais si nous devons constamment ajouter une note de bas de page pour expliquer pourquoi notre principe universel ne s’applique justement pas cette fois-ci, peut-être faudrait-il avoir l’humilité de reconnaître qu’il n’est pas aussi universel qu’on le prétend.
Et c’est là que mon vieux doute envers l’autorité revient toujours.
On aime beaucoup se présenter comme une civilisation évoluée.
Nous avons des chartes.
Des cours suprêmes.
Des constitutions.
Des juristes.
Des commissions.
Des milliers de pages de jurisprudence.
Des téléphones qui reconnaissent notre visage et du Wi-Fi jusque dans les toilettes.
Mais est-ce que tout ça fait réellement de nous une civilisation moralement plus avancée?
Ou sommes-nous encore les mêmes barbares qu’autrefois, simplement devenus extrêmement sophistiqués pour expliquer pourquoi nos grands principes ne s’appliquent pas à la personne qui nous dérange aujourd’hui?
Peut-être que la véritable mesure d’une civilisation n’est pas le nombre de droits qu’elle proclame.
Peut-être que c’est sa capacité à appliquer ses principes précisément lorsque leur application lui déplaît.
Parce qu’un principe qu’on applique seulement quand on est d’accord avec son résultat n’est pas vraiment un principe.
C’est une préférence.
Et un droit qui existe seulement lorsque l’autorité accepte la façon dont vous l’exercez n’est pas vraiment un droit.
C’est un privilège.
Alors oui, je questionne.
Je doute.
Je cherche les contradictions.
Parce qu’on m’a promis une civilisation qui avait dépassé l’arbitraire des barbares.
Et plus je regarde attentivement, plus je me demande parfois si nous avons réellement dépassé les barbares…
ou si nous leur avons simplement installé le Wi-Fi.
#DroitsFondamentaux #Liberté
LA CONSCRIPTION EST-ELLE DE L’ESCLAVAGE?
Pourquoi l’esclavage est-il immoral?
La question semble presque insultante tellement la réponse nous paraît évidente aujourd’hui. Parce qu’on ne possède pas un être humain. Parce qu’on ne peut pas disposer de son corps contre sa volonté. Parce qu’on ne peut pas décider où il travaillera, ce qu’il fera, où il ira et jusqu’où il devra risquer sa vie simplement parce qu’une autorité prétend avoir ce droit sur lui.
Aujourd’hui, ce principe nous paraît tellement fondamental que l’esclavage est interdit presque partout sur la planète. Pourtant, pendant des millénaires, l’humanité l’a considéré comme parfaitement normal. Des civilisations entières, parmi les plus avancées de leur époque, ont pratiqué l’esclavage sans y voir la contradiction morale qui nous saute aujourd’hui aux yeux.
Il a fallu un changement profond des mœurs pour arriver à cette idée pourtant extraordinairement simple :
Un être humain n’appartient pas à un autre être humain.
Excellent.
Gardons ce principe en mémoire quelques minutes.
Parce que maintenant, j’aimerais parler de conscription.
L’Allemagne a recommencé cette année à recenser sa jeunesse en fonction de ses besoins militaires. Depuis janvier 2026, les jeunes Allemands de 18 ans reçoivent un questionnaire militaire. Les hommes ont l’obligation d’y répondre. Le service demeure volontaire pour l’instant, mais la nouvelle législation prévoit explicitement la possibilité d’une conscription selon les besoins si le nombre de volontaires devient insuffisant ou si la situation sécuritaire l’exige.
Et certains jeunes Allemands ont décidé de répondre à leur manière. Manifestations, refus de collaborer, questionnaires déchirés ou détruits. J’en ai même vu manger leur questionnaire. Il faut reconnaître un certain talent pour la protestation administrative. Difficile de classer le formulaire lorsqu’il est rendu dans l’estomac du destinataire.
Et vous savez quoi?
Je les comprends.
Parce qu’avant de discuter de Russie, d’Ukraine, de l’OTAN, de frontières ou de la grande partie d’échecs géopolitique jouée par des gens qui, curieusement, ne seront probablement jamais dans la tranchée, j’aimerais qu’on réponde à une question beaucoup plus fondamentale :
À qui appartient votre corps?
Prenons la conscription dans sa forme la plus simple.
Vous ne voulez pas être soldat, mais l’État décide que vous le serez. Vous ne voulez pas abandonner votre travail, vos études ou votre famille, mais l’État décide que vous le ferez. Vous ne voulez pas prendre une arme, mais l’État vous l’ordonne. Vous ne voulez pas aller tuer un autre être humain que vous ne connaissez pas et qui, probablement, préférerait lui aussi être chez lui avec sa famille plutôt que de vous tirer dessus, mais l’État considère que ce choix ne vous appartient plus.
Vous ne voulez pas risquer votre vie pour cette cause?
Dommage.
Quelqu’un d’autre vient de décider que votre vie vaut ce risque.
Et si vous refusez, alors apparaît ce qui se cache toujours derrière l’autorité politique lorsqu’on arrive au bout de la discussion : la contrainte. Amendes, sanctions, prison et, selon les pays, les époques et les circonstances, parfois beaucoup plus.
Alors expliquez-moi quelque chose.
Quelle est exactement la différence morale fondamentale entre dire « ton corps m’appartient et tu travailleras pour moi » et dire « ton corps appartient temporairement à la collectivité et tu iras tuer ou mourir pour nous »?
Attention, parce que je vois déjà arriver l’objection à cent kilomètres.
Non, je ne prétends pas que l’esclavage historique et la conscription sont identiques. Évidemment qu’ils ne le sont pas. L’histoire, les institutions, la durée et les conditions sont différentes.
Je parle du principe moral.
Dans les deux cas apparaît une prémisse que nous prétendons pourtant avoir abandonnée : dans certaines circonstances, une autorité peut acquérir suffisamment de droits sur votre corps pour passer outre votre consentement et vous contraindre à travailler pour une fin qu’elle a déterminée.
Dans le cas de la conscription, cette fin peut même inclure votre mort.
Voilà le problème.
Et je connais déjà la réponse.
« Oui, mais en temps de guerre... »
Ah! La fameuse urgence.
Cette petite formule magique grâce à laquelle les principes les plus fondamentaux deviennent soudainement négociables.
Nous avons des droits... mais il y a une urgence.
Nous avons une liberté de conscience... mais il y a une urgence.
Votre corps vous appartient... mais il y a une urgence.
Vous êtes libre... mais il y a une urgence.
C’est fascinant comme nos principes sont solides lorsque rien ne vient réellement les mettre à l’épreuve.
Pourtant, c’est précisément dans l’urgence qu’un principe prend toute sa valeur. Un principe qui n’existe que lorsqu’il est facile et sans conséquence de le respecter n’est pas une véritable limite au pouvoir. C’est simplement une permission conditionnelle accordée par celui qui conserve le pouvoir de la retirer.
Mais allons encore plus loin.
Parce qu’avant de me demander de mourir pour mon pays, j’aimerais savoir une petite chose :
Qu’est-ce que vous me demandez exactement de défendre?
Il y a 25 ou 30 ans, ma réponse aurait probablement été très différente. J’aurais probablement accepté de défendre le Canada, parce que je croyais profondément à certaines choses. À une société libre. À la prospérité. À la liberté de conscience. À la responsabilité individuelle. À une certaine culture. À l’idée que l’État existait essentiellement pour protéger nos droits plutôt que pour gérer progressivement chaque aspect de notre existence.
Aujourd’hui?
Je ne reconnais pratiquement plus le pays que je pensais défendre.
Et voilà qu’un jour, peut-être, quelqu’un pourrait venir m’expliquer que je dois maintenant risquer ma vie pour le sauver.
Sauver quoi, exactement?
La monarchie canadienne? Le gouvernement du jour? Ottawa? Le territoire? Le drapeau? Le roi?
« Pour le Roi et la patrie! »
Excusez-moi si l’enthousiasme tarde un peu à monter.
Un drapeau n’a jamais eu besoin de ma protection. Ma famille, oui. Mes enfants, oui. Mes voisins, probablement. Ma liberté, certainement.
Mais l’État canadien et les gens que j’aime ne sont pas la même chose.
Et c’est peut-être l’une des plus grandes confusions entretenues par le patriotisme politique. On mélange volontairement le pays, la population, la culture, le territoire, nos proches et l’appareil gouvernemental comme s’il s’agissait d’une seule et même chose.
Ce n’est pas le cas.
Défendre ma famille n’est pas défendre Ottawa. Défendre ma communauté n’est pas défendre le gouvernement du jour. Défendre ma culture n’est pas défendre une bureaucratie. Et défendre ma liberté n’est certainement pas synonyme de défendre automatiquement toutes les institutions qui prétendent la représenter.
Alors imaginons que demain les États-Unis envahissent le Canada.
Ou la Russie.
Ma première question ne serait pas : « Où est mon fusil? »
Ce serait :
« Qu’est-ce que je possède aujourd’hui que vous me demandez de mourir pour conserver? »
Parce que mourir simplement pour remplacer un gouvernement qui prélève mes impôts, réglemente mon existence et prétend savoir ce qui est bon pour moi par un autre gouvernement qui prélèvera mes impôts, réglementera mon existence et prétendra savoir ce qui est bon pour moi ne déclenche pas exactement chez moi une irrésistible envie de charger la baïonnette au canon.
Changer de couronne n’est pas nécessairement défendre sa liberté.
Et si vous voulez que quelqu’un risque volontairement sa vie pour votre société, voici peut-être une idée complètement révolutionnaire :
Construisez une société qu’il considère digne d’être défendue.
Vous voulez du patriotisme? Donnez aux gens quelque chose qu’ils aimeront suffisamment pour vouloir le protéger.
Vous voulez des soldats? Convainquez-les.
Vous voulez que des hommes et des femmes soient prêts à sacrifier leur vie pour vos institutions? Faites en sorte que ces institutions méritent leur sacrifice.
Parce que lorsque vous devez menacer quelqu’un de prison pour le convaincre que sa société est tellement merveilleuse qu’il devrait accepter de mourir pour elle, il y a quand même une petite contradiction qui mériterait quelques minutes de réflexion.
Peut-être que le problème n’est pas son manque de patriotisme.
Peut-être devriez-vous commencer à vous demander pourquoi il refuse.
Pour ma part, ma réponse est déjà connue.
Si demain le gouvernement canadien m’ordonne de partir tuer des Russes, des Américains ou n’importe quel autre être humain pour une guerre à laquelle je ne consens pas, ma réponse sera non.
Mettez-moi en prison.
Ma réponse restera non.
Ma conscience n’appartient pas au gouvernement. Mon corps n’appartient pas au gouvernement. Ma vie n’appartient pas au gouvernement.
Je peux choisir de risquer ma vie pour défendre ma famille. Je peux choisir de défendre mes voisins. Je peux même choisir de défendre mon pays si je crois suffisamment à ce qu’il représente.
Mais remarquez le mot qui revient.
CHOISIR.
Parce que c’est précisément ce mot que l’autorité semble toujours oublier lorsque survient l’urgence.
Si vous prétendez défendre ma liberté en m’emprisonnant lorsque je refuse de tuer pour elle, nous avons un sérieux problème de définition.
Et si vous devez finalement utiliser la violence contre moi pour m’obliger à risquer ma vie au nom de ma liberté, alors vous venez peut-être de démontrer exactement pourquoi je refusais de me battre pour vous au départ.
Alors permettez-moi cette dernière question :
Quelle liberté sommes-nous exactement en train de défendre?
— Le Volontariste
#Liberté #Conscription
Depuis que je regarde les campagnes électorales sans avoir de camp à défendre, il y a quelque chose qui me fascine.
Les gens vérifient les mensonges racontés sur le candidat qu’ils aiment… mais répètent volontiers ceux racontés sur le candidat qu’ils détestent.
Et ensuite, ils prennent une décision politique à partir de cette réalité qu’ils se sont construite.
On attribue souvent à Churchill cette phrase :
« Le meilleur argument contre la démocratie est une conversation de cinq minutes avec l’électeur moyen. »
Citation authentique ou non, l’idée frappe quand même juste.
Parce que la vraie question n’est peut-être pas : pour qui devrions-nous voter?
La vraie question serait plutôt :
Pourquoi avons-nous construit un système où les choix de chacun doivent s’imposer aux autres?
@DfxionAmatoriae Tu me rappelles le motto de Ludwig Von Mises:
« Tu ne cede malis, sed contra audentior ito »
(Ne cède pas au mal, mais avance contre lui avec encore plus d’audace.)
Bonne nuit à toute la famille, Isaac.
« Pourquoi tu ne fais pas confiance au gouvernement? »
Sibole… c’est quoi cette question-là?
T’as déjà ouvert un livre d’histoire?
L’histoire du Canada. Des États-Unis. De l’Europe. L’histoire contemporaine. L’histoire tout court.
T’as déjà lu sur la condition humaine? Sur la nature humaine? Sur ce qui arrive quand on donne du pouvoir à des humains sur d’autres humains?
Parce que si tu fais confiance aveuglément à l’autorité, clairement, il y a quelques lectures qui te manquent.
L’Histoire a déjà testé cette idée-là quelques milliers de fois.
J’ai été trahi.
Depuis ma naissance, on m’explique que je vis dans un pays libre.
On m’a appris que la démocratie était importante. Que respecter son prochain était le fondement d’une société civilisée. Que les droits humains nous distinguaient justement des régimes autoritaires.
Puis on me montrait ailleurs.
Regarde l’Union soviétique. Là-bas, l’État décidait pour les gens.
Regarde la Chine de Mao. On sacrifiait l’être humain au nom du collectif, du Parti, du « peuple ».
Regarde Cuba. Une révolution faite au nom du peuple qui finit avec un État qui décide ce que le peuple peut faire.
Regarde les dictatures du XXe siècle. Regarde ce qui arrive lorsqu’un gouvernement devient assez puissant pour déterminer qui peut parler, travailler, posséder, circuler ou simplement être laissé tranquille.
Nous, on n’est pas comme ça.
C’est ce qu’on m’a enseigné.
Nous, nous étions libres.
Et plus je vieillis, plus je trouve cette affirmation difficile à prendre au sérieux.
Parce que j’ai fini par comprendre quelque chose : il existe une différence énorme entre être libre et avoir beaucoup de permissions.
Oui, nous disposons de libertés considérables comparativement à beaucoup d’endroits dans le monde.
Évidemment.
Je peux écrire ceci. Je peux critiquer le gouvernement. Je peux voyager. Je peux posséder des biens. Je peux choisir mon métier.
Mais la vraie question commence après :
Puis-je dire non?
Puis-je refuser une règle qui concerne ma propre vie?
Puis-je choisir sous quelle autorité je veux vivre?
Puis-je décider de ne plus financer quelque chose auquel je m’oppose?
Puis-je construire, travailler, exercer, conduire, commercer ou transformer ma propriété sans demander une permission quelque part?
C’est là que le joli mot liberté commence à devenir beaucoup plus compliqué.
Pendant toute mon enfance, l’Occident se définissait en opposition aux grandes dictatures communistes.
Puis l’URSS a disparu.
La Russie a adopté une économie largement fondée sur le marché.
La Chine a intégré massivement les mécanismes du marché tout en conservant un système politique autoritaire.
Et tranquillement, quelque chose d’étrange s’est produit chez nous.
Au lieu de voir l’État reculer parce que nous avions gagné la grande bataille idéologique du XXe siècle, nous avons vu apparaître de nouvelles formes de contrôle : surveillance numérique, collecte massive de données, réglementations toujours plus nombreuses, identification électronique, traçabilité et collaboration croissante entre institutions publiques et entreprises privées.
Pas besoin d'un homme en uniforme derrière chaque citoyen.
Nous sommes en 2026.
On peut automatiser ça.
Et lorsque je soulève la contradiction, on me répond encore :
« Voyons donc. Nous sommes libres. »
Évidemment.
J’ai tous les permis pour le prouver.
#Liberté #LeVolontariste
On me dit souvent que ma vision d’une société libre est utopique.
Et plus j’y pense, plus je trouve cette réponse fascinante.
Parce qu’elle contient déjà, sans que mon interlocuteur s’en rende nécessairement compte, un aveu assez important :
nous ne sommes pas libres.
Réfléchissez-y deux secondes.
Je parle d’une société où un être humain peut choisir avec qui il s’associe, à quelles règles il consent, quelle autorité il reconnaît, ou simplement dire non.
Et on me répond :
« Ça, c’est utopique. Ça ne peut pas fonctionner comme ça. Il faut une autorité. »
D’accord.
Mais alors arrêtons de dire ensuite que nous sommes libres.
Parce que si choisir son autorité est impossible…
si refuser son autorité est impossible…
si nous devons nécessairement vivre sous l’autorité qui nous est imposée…
alors ce n’est plus réellement un choix.
Il reste une seule option :
tu as une autorité au-dessus de toi, et tu dois vivre avec.
Voilà essentiellement ce que mes interlocuteurs finissent presque toujours par défendre, tout en continuant à me dire :
« Mais moi, je suis libre. »
Non.
Vous avez des libertés.
Ce n’est pas la même chose.
Et ce n’est même pas nécessairement ici un argument pour abolir quoi que ce soit demain matin.
Je propose un compromis beaucoup plus facile.
Vous pouvez garder le gouvernement.
Vous pouvez garder vos institutions.
Vous pouvez même croire que cette autorité est absolument nécessaire.
Mais arrêtons d’être hypocrites sur les mots.
Arrêtons de prétendre que nous sommes souverains lorsque nous reconnaissons nous-mêmes que choisir notre autorité serait une utopie.
Arrêtons de prétendre que nous sommes entièrement libres lorsque le simple fait de dire « non » à certaines obligations entraîne éventuellement la contrainte.
Disons simplement :
nous vivons sous une autorité qui nous accorde et protège certaines libertés, mais dont nous ne pouvons pas simplement nous soustraire par notre seule volonté.
Et savez-vous quoi?
Je pense que le débat deviendrait beaucoup plus intéressant à partir de là.
Parce qu’on ne débattrait enfin plus de la fiction.
On pourrait débattre de la vraie question :
combien d’autorité sommes-nous prêts à accepter sur notre propre vie?
Mais avant d’en arriver là, il faudrait déjà franchir une toute petite étape.
Arrêter de prétendre.
#Liberté #Volontarisme
Limiter la pensée à 280 caractères
On me le dit régulièrement : « Tes textes sont trop longs. »
Et chaque fois, j’ai essentiellement la même réaction : d’accord. Qu’est-ce que tu veux que j’enlève?
Pas quels mots. Quelle idée?
Parce qu’il y a une différence fondamentale entre raccourcir un texte et raccourcir une pensée.
Si j’utilise 2 000 mots pour expliquer quelque chose qui pourrait raisonnablement être expliqué en 500, évidemment que le texte mérite d’être raccourci. Écrire long n’est pas automatiquement écrire intelligemment.
Mais l’inverse est tout aussi vrai.
Écrire court n’est pas automatiquement penser clairement.
Certaines idées tiennent dans une phrase. D’autres demandent plusieurs paragraphes. Certaines exigent de définir les termes, d’expliquer le contexte, d’établir des distinctions, de donner des exemples, d’examiner les objections et seulement ensuite d’arriver à une conclusion.
Retirez tout ça et vous n’avez pas résumé l’idée.
Vous avez retiré le raisonnement pour ne conserver que la conclusion.
Et c’est précisément ce que notre époque semble adorer.
Une affirmation.
Un slogan.
Une image.
Un petit extrait vidéo.
Une phrase assassine.
Puis on passe au suivant.
Nous avons accès à probablement plus d’information que toutes les générations précédentes et, paradoxalement, nous développons une culture qui semble avoir de moins en moins de patience pour l’explication.
On veut savoir ce que tu penses.
Mais rapidement.
Pourquoi?
Pas trop longtemps.
Quelles sont tes nuances?
Pas trop compliquées.
Quelles sont tes réserves?
Ah non, là, tu écris un roman.
Nous sommes lentement arrivés à une situation étrange : les problèmes deviennent de plus en plus complexes pendant que les formats dans lesquels nous acceptons d’en discuter deviennent de plus en plus simples.
Économie, intelligence artificielle, immigration, environnement, fiscalité, guerre, liberté d’expression, vie privée, technologie, relations internationales…
Des sujets qui pourraient remplir des bibliothèques entières.
Et nous voulons maintenant les régler avec trois phrases, un mème et un emoji.
Puis nous sommes surpris de ne plus nous comprendre.
Le problème n’est évidemment pas Twitter, Facebook, TikTok ou n’importe quelle autre plateforme prise individuellement. Ces outils n’ont pas créé notre paresse intellectuelle.
Ils l’ont simplement rendue extrêmement confortable.
Parce qu’un format court récompense naturellement les certitudes.
« C’est bon. »
« C’est mauvais. »
« Lui est coupable. »
« Eux sont responsables. »
« La science dit… »
« Les experts disent… »
« Tout le monde sait que… »
Voilà. Problème réglé.
Sauf que presque toutes les questions intéressantes commencent précisément après ces phrases.
Pourquoi?
Selon quelles hypothèses?
Dans quelles circonstances?
Avec quelles exceptions?
À quel coût?
Comparativement à quoi?
Et surtout : comment le sais-tu?
C’est là que la pensée commence à prendre de la place.
C’est également là que beaucoup de lecteurs décrochent.
« Trop long. »
Mais peut-être que le problème n’est pas toujours que le texte est trop long.
Peut-être que nous sommes simplement devenus tellement habitués à consommer de l’information en petites bouchées que nous commençons à confondre ce qui est facile à comprendre avec ce qui est vrai.
Ce sont deux choses complètement différentes.
Une explication fausse peut être merveilleusement simple.
Une réalité vraie peut être terriblement compliquée.
Et cette distinction est importante parce que celui qui contrôle le meilleur slogan possède un avantage considérable dans une société qui n’a plus la patience de lire l’argument derrière lui.
Ça rejoint d’ailleurs Orwell d’une manière assez intéressante.
Dans 1984, la novlangue vise notamment à réduire les possibilités du langage. Moins de mots, moins de nuances, moins de concepts disponibles pour articuler certaines pensées.
Notre situation est évidemment différente.
Personne n’a besoin de venir brûler notre dictionnaire.
Nous faisons quelque chose de beaucoup plus moderne :
nous conservons tous les mots, mais nous n’avons plus la patience nécessaire pour les utiliser.
Et le résultat peut parfois se ressembler étrangement.
La nuance devient suspecte.
Le doute ressemble à de l’indécision.
Changer d’idée ressemble à de la faiblesse.
Dire « je ne sais pas » devient presque révolutionnaire.
Et expliquer pourquoi quelque chose est compliqué devient une faute de communication.
Alors oui, j’écris des textes longs.
Pas parce que je crois que chaque pensée mérite 2 000 mots.
Mais parce que lorsque j’ai besoin de 2 000 mots pour exprimer correctement une idée, je préfère demander dix minutes au lecteur plutôt que mutiler mon raisonnement pour satisfaire son fil d’actualité.
Et si quelqu’un pense que mon texte est inutilement long, je lui propose volontiers un exercice.
Relisez-le et montrez-moi ce qu’on peut retirer sans perdre une partie importante du raisonnement.
Si vous réussissez, parfait.
On vient d’améliorer le texte.
Mais si la seule manière de le raccourcir consiste à supprimer les nuances, les explications, les objections et le contexte…
Alors ce n’est peut-être pas le texte qui est trop long.
C’est peut-être 280 caractères qui sont devenus la limite de notre pensée.
#PenséeCritique #Réflexion
L’expérience du pouvoir… ou le poids du bilan?
Christine Fréchette nous explique maintenant qu’il faudrait tenir compte de « l’expérience du pouvoir ».
Ah. L’expérience. 😏
Sur le principe, elle n’a pas tort : gouverner une province, ce n’est certainement pas gérer un club de pétanque.
Mais il manque un petit détail.
L’expérience n’est pas une compétence. C’est simplement du temps passé à faire quelque chose.
Après huit ans au pouvoir, on ne présente plus son expérience comme une promesse.
On présente son bulletin.
Parce qu’un pilote qui a huit ans d’expérience à accumuler les sorties de route ne peut pas simplement nous dire :
« Faites-moi confiance, j’ai beaucoup conduit. »
Justement.
Et pendant ces huit années, il y a eu suffisamment de matériel pour remplir le bulletin.
SAAQclic : un programme dont les coûts prévus sont passés de 638 millions à au moins 1,1 milliard de dollars, avec près de 500 millions d’augmentation et un lancement effectué alors qu’une partie importante des tests finaux n’était toujours pas terminée.
Northvolt : 510 millions de dollars déboursés par Québec, dont 270 millions officiellement perdus, pour ce qui devait être le projet industriel phare de la filière batterie.
Ajoutons les changements de cap, les projets annoncés puis abandonnés, ressuscités, transformés et réannoncés comme si la conférence de presse précédente n’avait jamais existé.
Alors oui, madame Fréchette.
Parlons d’expérience.
Mais toute l’expérience.
Parce qu’après huit ans, l’argument ne peut plus être :
« Nous savons comment gouverner. »
La question devient :
« Qu’avez-vous fait du pouvoir que vous aviez? »
Et c’est là que cette petite phrase devient beaucoup plus intéressante que la campagne électorale elle-même.
Depuis des siècles, l’histoire politique répète essentiellement le même avertissement : plus une institution concentre le pouvoir, plus ceux qui l’exercent finissent par considérer leur propre autorité comme normale, nécessaire… et éventuellement indispensable.
Lord Acton l’écrivait déjà en 1887 :
« Power tends to corrupt, and absolute power corrupts absolutely. »
Le pouvoir tend à corrompre; le pouvoir absolu corrompt absolument.
Il ajoutait d’ailleurs quelque chose qu’on cite beaucoup moins souvent : il n’existe guère de pire erreur que de croire que la fonction sanctifie celui qui l’occupe.
Voilà peut-être le véritable problème avec « l’expérience du pouvoir ».
Plus on l’exerce longtemps, plus on risque de confondre deux choses :
avoir l’expérience du pouvoir… et avoir droit au pouvoir.
Ce n’est pas la même chose.
Après huit ans, l’expérience n’est plus une qualification à mettre sur le CV.
C’est une preuve à verser au dossier.
#PolitiqueQuébécoise #LeVolontariste
La souveraineté à géométrie variable : toujours plus de maîtres 🇨🇦🇪🇺
« Le Québec ne peut pas être un simple spectateur de cette nouvelle alliance. Nous sommes une nation distincte. »
— Christine Fréchette
Fascinant, ce mot : souveraineté.
Il y a quelques mois, Donald Trump parlait du Canada comme du « 51e État » américain et, soudainement, tout le monde redécouvrait l’importance de notre souveraineté.
Le Canada devait rester maître chez lui.
Décider par lui-même.
Ne pas devenir le petit frère politique d’une puissance étrangère.
Très bien.
Puis arrive l’Europe.
Et là, bizarrement, la souveraineté semble devenir beaucoup plus… flexible.
Jusqu’où sommes-nous prêts à transférer, partager ou encadrer notre pouvoir décisionnel avant que le mot “souveraineté” commence à perdre son sens?
Et avant même d’aller plus loin, j’en ai une autre :
qui a donné au gouvernement fédéral le mandat populaire de pousser le Canada vers une nouvelle forme d’association politique avec l’Europe?
Oui, Ottawa possède juridiquement le pouvoir de négocier les relations internationales.
Je ne demande pas si c’est légal.
Je demande si, lorsqu’on commence à modifier sérieusement l’architecture politique du pays, la population ne devrait pas avoir son mot à dire autrement qu’en regardant la parade passer.
Mais attendez, parce que ça devient encore meilleur.
Le Québec arrive maintenant et réclame un « statut particulier ».
Pourquoi?
Parce que, nous dit Christine Fréchette :
« Nous sommes une nation distincte. »
Ah.
Donc le Québec est suffisamment distinct pour réclamer une place particulière dans les affaires internationales…
mais pas suffisamment distinct pour être lui-même souverain.
Il fallait voter oui quand la question était sur la table.
On ne peut pas éternellement vouloir être à la fois une province quand ça nous arrange, une nation quand ça nous avantage, et presque un pays lorsqu’une chaise intéressante apparaît dans une réunion internationale.
À un moment donné, il faut choisir ce que les mots veulent dire.
Et surtout, il faudrait m’expliquer pourquoi la solution politique moderne semble toujours être d’ajouter un étage supplémentaire au mille-feuille administratif.
Municipal.
Provincial.
Fédéral.
Puis international.
Chaque problème semble appeler une nouvelle institution, un nouveau comité, une nouvelle entente, une nouvelle réglementation et, naturellement, quelques représentants supplémentaires pour nous représenter auprès des représentants qui représentent déjà nos représentants.
Parce qu’apparemment, ce qui manque au citoyen moderne, c’est du personnel entre lui et ses propres décisions.
Moi, je vois la direction exactement à l’envers.
Moins de couches de gouvernance.
Plus de décentralisation.
Plus de décisions prises près des gens concernés.
Moins d’institutions capables de décider à leur place.
La souveraineté ne devrait pas consister à obtenir une meilleure chaise autour d’une table toujours plus grande.
Elle devrait commencer par une question beaucoup plus simple :
combien de gens avons-nous réellement besoin d’autoriser à décider pour nous?
Parce qu’à force d’ajouter des maîtres au nom de notre souveraineté, on risque un jour de découvrir une petite contradiction dans le concept.
Le Canada veut être souverain face aux États-Unis.
Le Québec veut davantage d’autonomie face au Canada.
Et pendant ce temps, on regarde vers l’Europe pour ajouter une nouvelle couche au-dessus de tout ça.
Moi, j’attends encore la proposition révolutionnaire :
et si, pour une fois, on essayait simplement avec moins de maîtres?
#Souveraineté #ÉlectionQuébec2026
Un médecin de plus… pour faire quoi?
« Un médecin au privé ne crée pas un médecin de plus. »
— Paul St-Pierre Plamondon, débat des chefs, 16 septembre 2026
C’est vrai.
Un médecin qui passe du public au privé ne se reproduit pas miraculeusement dans le corridor de la clinique. Jusque-là, difficile d’argumenter. 😏
Mais est-ce vraiment la bonne question?
Parce qu’un médecin de plus ne crée pas automatiquement une salle d’opération de plus, une infirmière de plus, un inhalothérapeute de plus, ni davantage de temps opératoire.
Et là, on arrive au véritable problème : la capacité du système à utiliser les ressources qu’il possède déjà.
En février 2025, devant la Commission de la santé et des services sociaux de l’Assemblée nationale, la Dre Véronique Godbout, alors présidente de l’Association des orthopédistes du Québec, expliquait pourquoi certains orthopédistes alternaient entre le public et le privé :
« On est capables d’avoir en moyenne une journée par semaine à l’hôpital pour opérer, puis ça, c’est une moyenne. Donc, il y en a qui ont moins, rare ont plus. »
Elle expliquait également que les contraintes de locaux, de personnel infirmier, de préposés et de soutien administratif limitaient ce qu’ils pouvaient faire.
Référence : Assemblée nationale du Québec, Commission de la santé et des services sociaux, 6 février 2025.
Évidemment, une journée d’opération ne représente pas toute la semaine de travail d’un spécialiste. Il y a les consultations, les suivis, les gardes et les autres tâches médicales.
Mais justement.
Si un chirurgien a les compétences pour opérer davantage, mais que le système ne lui fournit pas les ressources nécessaires pour le faire, le problème n’est plus simplement le nombre de médecins.
Le problème devient la capacité de l’organisation à transformer leur compétence en soins réels.
Et c’est là que la phrase de PSPP mérite d’être poussée un peu plus loin.
Oui, le privé ne crée pas un médecin supplémentaire.
Mais le public ne crée pas automatiquement des soins simplement parce qu’il possède les médecins.
Une pelle mécanique sur un chantier mal organisé ne devient pas deux pelles mécaniques lorsqu’on l’envoie ailleurs.
Mais elle peut certainement produire davantage si, ailleurs, quelqu’un a pensé à lui donner un opérateur, du carburant et quelque chose à creuser.
Avant de demander combien il nous manque de médecins, il faudrait peut-être aussi demander :
qu’est-ce qui empêche ceux que nous avons d’être utilisés à leur pleine capacité?
Parce qu’un médecin de plus dans un système incapable de l’utiliser pleinement…
ça reste seulement un médecin de plus dans le système.
#SantéQuébec #ÉlectionQuébec2026
LIBRES… OU SIMPLEMENT AUTORISÉS?
On nous répète depuis l’enfance que nous vivons dans un pays libre.
Nous avons des chartes, des élections, des tribunaux et le droit de critiquer le gouvernement. Comparativement à plusieurs endroits dans le monde, nous disposons effectivement d’une grande marge de liberté.
Mais une grande marge de liberté, est-ce la même chose qu’être libre?
Voilà toute la nuance.
Être libre signifie que ma vie m’appartient. Je peux agir comme je l’entends tant que je ne porte pas atteinte aux droits d’un autre être humain. Si l’autorité veut intervenir, ce devrait être à elle de démontrer qu’il existe une victime ou un tort réel.
Être autorisé, c’est autre chose.
C’est devoir demander une permission avant de travailler, de construire, de rénover, de conduire, de pratiquer certains métiers, d’ouvrir un commerce, de manifester, de posséder certains objets ou simplement d’utiliser sa propre propriété comme on l’entend.
Un permis. Une licence. Un certificat. Une inscription. Une autorisation. Un formulaire. Et, naturellement, des frais administratifs — parce que la permission de vivre vient rarement avec le café gratuit.
Sur papier, nous sommes libres.
Dans la pratique, nous pouvons faire ce que l’État n’a pas encore interdit, réglementé, taxé ou soumis à autorisation.
On me répondra que ces règles sont nécessaires au bien commun. Certaines le sont peut-être. D’autres beaucoup moins. Mais ce débat ne change pas la nature du rapport : c’est toujours l’autorité qui détermine l’étendue de notre liberté et les conditions auxquelles nous pouvons l’exercer.
Aujourd’hui, elle nous accorde une permission.
Demain, une nouvelle loi, un nouveau règlement, une urgence ou une nouvelle majorité politique peut la restreindre ou la retirer.
Et soyons précis : l’État ne peut pas moralement nous accorder la liberté. Il ne nous a pas créés. Il peut seulement la reconnaître, la protéger… ou la violer.
Une liberté qui dépend constamment de la permission du pouvoir ressemble davantage à une tolérance administrative qu’à un droit véritable.
Non, le Canada n’est pas une dictature. Ce serait intellectuellement paresseux de le prétendre. La cage est vaste, confortable, chauffée et équipée du Wi-Fi.
Mais la longueur de la laisse ne prouve pas l’absence du collier.
#Liberté #LeVolontariste
LA NATION N’A PAS À DEMANDER LA PERMISSION. ET MOI?
« Pour nous, la nation québécoise n’a pas à demander la permission à personne. »
— Christine Fréchette
J’avoue : j’aime beaucoup cette phrase.
Même énormément.
Parce que derrière la déclaration politique se cache un principe que je pourrais presque signer tel quel : un être libre n’a pas à demander la permission d’exister.
Le problème, c’est qu’on applique ce magnifique principe à une abstraction appelée « la nation québécoise »… mais beaucoup moins aux humains qui composent cette nation.
Le Québec n’aurait donc pas à demander la permission d’Ottawa pour agir.
Très bien.
Mais moi?
Je veux conduire : permis, immatriculation, frais.
Je veux construire ou modifier certaines choses sur ma propre propriété : permis, zonage, normes, inspections.
Je veux exercer certaines professions : licence, ordre professionnel, certification.
Je veux exploiter certaines entreprises : enregistrement, autorisations, licences.
Je veux vendre certains produits : permis.
Je veux pêcher : permis.
Je veux utiliser certaines ressources naturelles : permis.
Je veux occuper ou utiliser certains territoires : autorisation.
Et lorsqu’il n’y a pas officiellement un « permis », il reste souvent une déclaration, un registre, une certification, une taxe, des frais, une approbation ou une réglementation qui détermine ce que je peux faire, comment je peux le faire et à quelles conditions.
Évidemment, tout n’est pas réglementé.
Je peux encore lire un livre sans formulaire gouvernemental.
Je peux faire une promenade sans renouvellement annuel.
Je peux probablement préparer un sandwich sans qu’un fonctionnaire vienne mesurer l’épaisseur du jambon.
Profitons-en pendant que ça dure.
Mais plus un individu veut agir, produire, bâtir, entreprendre, circuler, échanger ou transformer son environnement, plus il rencontre cette étrange institution moderne : la permission préalable.
Et c’est ici que la déclaration devient fascinante.
Parce que lorsque le gouvernement québécois dit à Ottawa :
« Nous sommes assez grands pour décider par nous-mêmes. »
Je ne peux m’empêcher de répondre :
Moi aussi.
Pourquoi le principe d’autonomie serait-il noble lorsqu’il s’applique à un gouvernement, mais dangereux lorsqu’il s’applique à un humain?
Pourquoi Québec devrait-il pouvoir dire à Ottawa : « Mêle-toi de tes affaires », alors que Québec se réserve lui-même le droit de se mêler d’une quantité phénoménale d’affaires appartenant aux citoyens?
C’est même une drôle de conception de la souveraineté.
On veut un Québec suffisamment mature pour décider seul de son avenir…
…composé d’adultes qu’on considère trop irresponsables pour décider seuls d’une bonne partie du leur.
La contradiction devient encore plus intéressante lorsqu’on entend parler de « liberté collective ».
Qu’est-ce qu’une liberté collective qui exige de réduire constamment les libertés individuelles?
Une nation n’est pas une créature mystique flottant au-dessus du territoire.
Une nation, ce sont des humains.
Des familles.
Des travailleurs.
Des entrepreneurs.
Des propriétaires.
Des voisins.
Des individus.
Si ces individus doivent continuellement obtenir la permission d’une administration pour utiliser leur propriété, pratiquer leur métier, effectuer un échange ou prendre une décision qui ne cause aucun tort à autrui, peut-on vraiment parler d’une nation libre?
Ou avons-nous simplement déplacé le maître plus près de chez nous?
C’est peut-être là le véritable angle mort de notre éternel débat constitutionnel.
Depuis des décennies, on discute pour savoir qui devrait avoir le pouvoir sur les Québécois.
Ottawa?
Québec?
Les municipalités?
Un Québec souverain?
Un Canada plus décentralisé?
Mais on pose beaucoup moins souvent la question qui m’intéresse :
Pourquoi faut-il absolument que quelqu’un ait autant de pouvoir sur eux?
La vraie révolution politique ne serait peut-être pas de transférer davantage de pouvoirs d’un parlement vers un autre.
Elle serait de commencer à rendre ces pouvoirs aux humains eux-mêmes.
Alors oui, Mme Fréchette.
Sur ce point, je suis d’accord avec vous :
La nation québécoise n’a pas à demander la permission.
Maintenant, allons jusqu’au bout du raisonnement.
Parce que moi non plus.
#Liberté #LeVolontariste