...Dans l'herbe bleue il y a des grains de mica, dissimulés dans l'ombre
Dans l'oubli il y a des frayeurs pourtant apaisantes
Dans la nuit il y a certains répits inquiétants
Dans le ciel il y a des arbres, hauts
Dans la forêt, des nuages, légers et effilés
Dans tes yeux il y a des souvenirs, si chauds qu'ils sont de la lumière
Dans ta mémoire des douceurs souveraines
Dans la rivière il y a des bêtes qui chantent mais elles sont inaudibles...
Le bleu flamboie ou étais-je endormi? Sur le bord de la route j'ai vu des couleurs, lancées à toute allure. Les prairies ont des manteaux de soie à force d'être nues. L'eau s'écoule sans mesure, sans répit et sans joie. Je n'aurais pas cru qu'il y eut tant de bonheur à être là.
Le chant de l'eau endort même les pierres. On hésite à partir à force de ne savoir jusqu'où vont les chemins. Pour rire, on prend la fuite. Le bout du monde est là. Le temps paraît si faible et si fragile qu'on doit le tordre pour en extraire de quoi nourrir le fleuve.
La table des rochers est fendue. Les feuilles du hêtre sautillent avec tant de douceur qu'elles semblent un lent frisson et le ciel a pâli. Le tapis du précédent automne entrave l'ascension. C'est l'oreille aux aguets que j'entends les pas froissant le sol et de quel visiteur?
Sur les chemins blancs, il y a des marques de couleur. Le jour va s'immoler dans le brasier qui s'incline sous le souffle venu des étoiles.Les oiseaux-flèches s'effraient car la nuit vient. Je panse les fleurs blessés et leur offre de l'eau.
Les mots dépareillés reposent sur la chaude terre de mémoire et la recouvrent. Là où le vent soulève des tourbillons de sable, la peau est piquée comme par des aiguilles délicieusement fines. Est-ce vrai? Qui pour le dire? Le vent a effacé toutes les traces.
Une cuillère est posée sur la table
Nous ne saurons jamais pourquoi
il y eût tant de silence
et dans le terne éclat des jours
peut-être de tourment
ou de simple abandon
au paisible plaisir de vivre
Les obliques qui défont l'horizon
ont des remords aussi pointus que des aiguilles.
Le hêtre pose un rideau sur le jour épuisé.
Les hommes marchent et rêvent de voler.
De neige le ciel est gros.
La lourde clef va enfanter des songes innombrables dont aucun ne pourra prendre vie.
Le soleil noir a accompli un rêve, emplir la nuit de ses ailes largement étendues. Sans les oiseaux soudain, le silence est trop lourd pour ne pas disparaître. Je serre fort le printemps dans mes bras, mais toujours il s'échappe. Où es-tu ombre bleue aux humides parfums?
Le réfrigérateur ronronne. Est-ce à dire qu'à part le chant d'un merle, le silence m'entoure comme un drap? Un reflet de ciel et la surface de l'eau devient un verre teinté. Tant de roses qu'elles masquent leur feuillage. Le soir tombe mais si lentement qu'il semble s'excuser.
Les ombres moribondes que traverse ta main dans le courant de l'eau ont des senteurs si douces que je les imagine. Sous la surface on peut croire, le ciel a la chevelure des algues indolentes.
Dans le vent d'est, les rameaux du saule étudient la calligraphie. Le lac des blés est parcouru des ombres fugitives de nuages absents. La vitre du monde est brisée et pourtant le portrait demeure.
Le récit arrêté, les mots maintenant alourdis tombent un à un comme le feraient des gouttes sur la surface d'un lac voilée d'une brume opalescente. Leurs échos interfèrent, construisant la profondeur du lac.
Le vent faisait des aplats du dessin des montagnes tandis que tes mains tenaient en une offrande le cendrier des dieux. Les bombes, mieux que des flocons, ont fait de la ville un tapis. Le jour s'éteint et s'allument des lumières d'opéra. Mourront les voix à l'issue de la nuit.
Parce qu'un jour le ciel s'est fendu, une pluie de lumière a aveuglé les poissons aux yeux épais de vitre. La surface de l'eau était miroir de nos agissements et les oiseaux mouraient de la heurter. Les chants se sont tus, les cœurs ont renoncé, le vent suivait encore sa trace.
Dans les temps incertains où se dénouent les écharpes grises qui ceinturent les hêtres, je vois l'ombre épuisée de ton visage sourire, malgré tout, au souvenir du vol d'une hirondelle. Tout signe se raconte en secret aux yeux de ta mémoire perdue.