Un peu plus tôt dans l’après-midi, j’avais au téléphone un copain qui est dans la dernière ligne droite de sa carrière de flic. Il est fatigué, un peu las, mais il sait aussi qu’il tient le bon bout. Il prend donc certaines déclarations avec le recul d’un type qui a du cholestérol, des problèmes de cartilage aux genoux et une maison familiale dans les Charentes maritimes. En revanche, les jeunes flics dans son commissariat sont un peu moins détachés car, sans doute, un peu moins bien lotis. Et c’est un sujet parce que si les choses allaient vraiment mal, ce serait eux que l’on enverralt sur le terrain. Or, si l’on considère les dernières grosses crises, les gilets jaunes, les émeutes post-Nahel, etc. le bordel à tenu grâce aux flics. Pour les gilets jaunes, d’ailleurs, ça s’est joué à peu de choses. Tout ça, donc, pour dire que si j’étais les gars de LFI, j’irais quand même un peu mollo sur « la violence légitime sur les flics. » Parce que si, pour une raison ou un autre, ils ne répondaient pas présents en cas de crise (ce qui n’est pas encore une hypothèse probable, mais, pour autant, pas tout à fait impossible vu le niveau de colère larvée), personne, et je dis bien personne, ne sait qui sera encore sur ses deux jambes quand la fumée des incendies se dissipera. Et je dis ça, je ne suis plus qu’un simple citoyen qui écrit des histoires pour distraire les habitants de la Grande Cité le soir, au coin du feu. Je n’ai ni intérêt, ni dette dans cette histoire. Je dis ça comme ça, parce que je connais ce boulot et les gens qui le font.
Je me souviens très bien de l'année 2015, je ne crois pas avoir passé une seule bonne vraie nuit au cours de cette année là.
Il y a eu Charlie/Montrouge/l'hyperCacher. il y a eu l'attentat contre les militaires de Nice. il y a eu Villejuif, le meurtre d'Aurélie Chatelain par Syd Ahmed Ghlam. Il y a eu Yassine Sahli qui a décapité son patron en Isère. il y a eu l'attentat manqué du Thalis et, bien sûr, les terrasses et le Bataclan. En Syrie, les choses allaient mal aussi. Chaque semaine ou presque nous recevions des vidéos de propagande, des meurtres commis par des membres de l'Etat Islamique et nous étions tenus de les regarder parce qu'un de nos gars, un de nos objectifs allaient peut-être y apparaitre, comme bourreau ou comme "témoin".
Ainsi, j'ai vu des dizaines de pauvres types se faire égorger. j'ai vu un pilote jordanien brûlé vif dans une cage de métal. j'ai vu des gars se faire noyer dans une autre cage descendu dans une piscine, des caméras HD filmant les dernières bulles d'air expulsés de leur poumons gorgés d'eau.
J'ai vu un gars se faire écraser par un char. La victime était assise, immobile, sans doute droguée et le pilote du char prenait tout son temps pour avancer sur lui et le réduire en une longue trainée de chair et de sang. j'ai vu des enfants, des ados, tirer sur des gars avec des pistolets. j'ai vu d'autres enfants jouer au foot avec la tête d'un soldat qui venait de se faire décapiter, un grand classique chez les djihadistes.
On bossait nuit et jour. on bossait sur les attentats commis et on tentait de prévenir ceux à venir. A la fin, avec tout ce stress, c'était difficile de trouver le sommeil. On prenait des cachets pour dormir on prenait des cachets pour se réveiller. Entre les deux, on buvait et on fumait trop.
Tout ça pour dire : "la barbarie de ces gens là", je vois très précisément de quoi il s'agit.
En revanche, " la grandeur de la République", je n'ai aucune idée de ce que c'est et, d'ailleurs, à mon avis, personne ne le sait. En tout cas, je ne l'ai pas vu dans l'exercice de mon métier, ni dans aucune de mes 51 années de vie.
" la grandeur de la République", ça me semble être une idée tout à fait vague, un chouette slogan à floquer en lettres capitales sur un tee-shirt.
Aussi, je n'ai jamais été en contact direct, à peut-être une ou deux exceptions près, avec des familles de victimes d'attentat terroriste. On nous le défendait, et c'était très bien comme ça, parce que ce n'était pas notre boulot. Mais pour qui voulait savoir, il y avait des mémos, des notes des antennes locales. On y apprenait que certaines victimes et leurs familles sombraient dans des dépressions terribles, le coeur vide, le corps brisé par la douleur de leurs blessures et/ou l'âme usée par la disparition de leurs proches. La plupart d'entre eux éprouvait de la rancoeur et de la colère, même après ces grands procès à qui on prête à tort des vertus thérapeutiques, "la possibilité de se reconstruire" et tout le barnum opimistico-mystique de l'époque.
Ainsi, certains sont devenus alcooliques. D'autres connaissent parfois des accès de violence. ils cassent tout chez eux certaines nuits trop difficiles. Des flics du commissariat du coin débarquent et, sachant qui est qui, ils essaient d'arranger les choses. "Recouchez-vous, Madame " "Monsieur, voulez-vous que l'on appelle quelqu'un ?"
Bien sûr, je m'avance un peu en l'affirmant ici, mais il y en a pas mal qui n'en ont rien à foutre des problèmes hygiaphone de Salah Abdeslam. Ils sont trop prisonniers de leur monde de douleur pour s'en préoccuper. Moi-même, je n'en ai rien à foutre. Et très sincèrement, je ne crois pas que cela fasse de nous des gens épouvantables ou des citoyens de seconde zone. Et quand bien même ce serait le cas, eh bien, pour tout vous dire, j'en ai rien à foutre.
Je viens de voir le film hier.
L’extrême droite, comme vous, l’aime beaucoup parce que pendant presque tout le film, on peut avoir l’impression que les collabos sont des victimes, qu’ils n’ont pas eu le choix, que c’était complexe et qu’on doit les comprendre 1/4
Cette nuit à Drancy, une riveraine contacte la Police après avoir entendu des cris, coups et hurlements provenant d’un appartement de son immeuble.
À l’arrivée des policiers de Police Secours, personne ne sait d’où proviennent les appels au secours. Les habitants interrogés n’ont rien vu, ni rien entendu. Un homme est sur le point de quitter les lieux en voiture. Contrôlé par mes collègues, il prétend être venu rendre visite à un ami.
Troublés par les incohérences de ses déclarations, son ivresse et une trace pouvant s’apparenter à du sang sur son pied, ils le maintiennent sur place et décident de reprendre leurs recherches depuis le début.
Ils frappent une nouvelle fois aux portes, recoupent les informations et finissent par cibler un appartement.
Derrière la porte, une voix de femme, faible et terrorisée, leur indique qu’elle est enfermée et que son compagnon lui a pris ses clés. Les policiers la rassurent, récupèrent un trousseau retrouvé sur le suspect et ouvrent la porte.
Ce qu’ils découvrent est innommable : une jeune femme au visage méconnaissable, couverte d’hématomes au visage et sur le corps, les lèvres éclatées et tuméfiées. À leur vue, elle s’effondre avant de reprendre difficilement connaissance.
Elle leur explique avoir été rouée de coups et que son téléphone lui a été volé pour l’empêcher d’appeler à l’aide. Elle révèle également que l’homme a appelé son propre père pendant les violences afin de lui faire entendre, en direct, les cris et les pleurs de sa fille alors qu’il la tabassait.
Elle leur indique également qu’il est déjà connu de la justice pour des faits similaires et qu’il fait l’objet d’une interdiction de l’approcher.
À l’arrivée des sapeurs-pompiers, la victime, en état de choc, se met à vomir du sang avant d’être évacuée à l’hôpital.
Sans la ténacité des policiers, qui ont refusé de repartir malgré le silence et l’absence apparente de faits lors des premières vérifications, cette femme serait peut-être restée enfermée seule jusqu’à l’agonie… Cette intervention rappelle que l’expérience, le doute et la persévérance des policiers ont permis de sauver une femme victime de violences gravissimes.
Félicitations aux collègues pour cette intervention exemplaire.
@Clem_Autain Ce qui s’est passé à Grenoble préfigure la dictature de la pensée qui sera de mise si LFI accède au pouvoir. Comme avec le RN. On s’oriente vers une dictature de droite ou une dictature de gauche. Voilà le choix qui s’offre à nous. Absolument terrifiant.