Pourquoi l’architecture des parcs d’attractions plaît-elle tant ?
Carton-pâte, pastiche, falsifié… Les anathèmes des architectes contemporains ne manquent pas. Et pourtant, ces lieux suscitent un engouement massif.
Ces critiques sont entendables. Mais elles omettent...(1/5)
LE RENONCEMENT AU BEAU
Rarement un témoignage n’aura été aussi déprimant.
Jusqu’à récemment, les architectes portaient un discours relativiste, expliquant que le Beau était une affaire personnelle, subjective.
Aujourd’hui, une nouvelle étape a été franchie. On annonce désormais aux étudiants d’architecture un sauve-qui-peut climatique qui doit tout expulser. Adieu poésie, art, recherche du Beau (et bonjour jeunesse anxieuse). Il s’agit de gérer la fin du monde, rien de moins.
Bien sûr, cette accroche est volontairement tapageuse et le journaliste relativise un peu le propos, expliquant d’autres priorités. Sauf que non : en architecture, le Beau est la priorité.
Exiger le Beau ne contredit en rien les défis environnementaux. Bien au contraire. La belle architecture, tout comme la nature, symbolise ce qui a de précieux. Elle est par essence fragile, et procure un sentiment d’harmonie et de bien-être qui nous rappelle la valeur de ce qu’il faut préserver.
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Le Beau est aussi un impératif de société. Sans le Beau, plus d’idéaux. On cultive les imaginaires négatifs.
Les quartiers « moches » sont la marque du déclassement et de la ségrégation sociale. On cherche à les fuir. Ils n’attirent personne et génèrent ressentiment et marginalisation. Peu s’occupent de les entretenir, car ils sont souvent perçus comme un tas de béton bon marché où l’on entasse des gens.
Quand on démolit le « Moche », il n’y a d’autres émois que la mémoire de ses habitants ou des calculs comptables et carbone. C’est trop peu.
Le Beau, au contraire, résiste au temps et à l’usure. Il crée de l’attachement, de la fierté collective, un sentiment de continuité et de dignité. On l’entretient, on le protège, on le transmet. Quand il faut le démolir, on le fait avec regret, presque avec chagrin, comme on perd un ami ou un paysage familier. Il élève les âmes au lieu de les écraser.
Si l’on veut répondre aux défis de notre temps, faire le Beau devrait être le premier souci de ceux qui élèvent nos villes.
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💡 La promotion du Beau est porté en France par le think-tank @renaissanceurb qui accompagne les acteurs du changement pour des villes soucieuses du bien-être des habitants, porteuses de repères et de valeurs.
L’ARCHITECTURE DE L’INNOVATION
Une architecture ambitieuse doit embrasser son époque et ses nouvelles techniques pour surpasser les contraintes préétablies. Pourtant, lorsqu’on observe ce qui fait l’ambition des constructions contemporaines, celles-ci restent largement dominées par un style globalisé et se contentent bien souvent de ne repousser que les limites du béton.
Or, la technologie actuelle autorise des audaces inédites dans l’histoire de l’architecture. Si l’on peut ponctuellement se réjouir de quelques effets réussis (lumières, lasers, ...), le champ des possibles demeure encore largement inexploré.
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Dans la proposition « La Nouvelle Samaritaine », portée par Regard Naïf, quelques idées innovantes sortent des sentiers battus :
🔹 Une rosace rotative, actionnée par moteur ou par électromagnétisme, lestée par les lettres de l’enseigne, à la manière d’une grande roue de fête foraine ;
🔹 Sur le même principe, des fenêtres rondes animées à des vitesses variables, évoquant le passage des saisons ;
🔹 Une tour turquoise translucide, formée d’un matériau innovant, donnant l’effet d’une colonne d’eau avec des bulles d’air emprisonnées ;
🔹 Un élément en suspension — ici un ballon matérialisant une perle — flottant par induction ou, plus simplement, rempli d’un gaz léger et maintenu par des filins transparents.
(les mécanismes ont été accélérés dans la présentation vidéo)
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Les idées ne manquent pas, d’autant que les techniques d’aujourd’hui permettent d’explorer tous les sens via l’informatique, la mécanique, le son, les matériaux, les lumières, et même les effets olfactifs… !
Le principal tabou à faire sauter est celui de l’ornement, pourtant vecteur de tant de possibilités et d’imaginaires. Il doit être réhabilité et réinventé afin de porter avec fierté l’héritage de nos riches siècles, et d’oser notre époque avec enthousiasme. ✨
« L’ORNEMENT EST UN CRIME. », Adolf Loos
Une de mes récentes publications a suscité des réactions légitimes d’une profession qui agit souvent dans un cadre contraint, structuré par de multiples acteurs dont tous ne disposent pas des clés culturelles ou architecturales nécessaires à des arbitrages éclairés.
Pourtant, ces acteurs s’appuient sur des références existantes pour orienter leurs choix. À un moment donné, la production architecturale devient un modèle, une norme implicite. Et cette norme est elle-même issue d’un héritage intellectuel, transmis par l’enseignement.
Dès lors, il est difficile de faire l’impasse sur l’influence des figures fondatrices de l’architecture moderne dans la manière dont nous construisons aujourd’hui.
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Parmi elles, Adolf Loos occupe une place centrale. Dans « Ornement et Crime », il affirme que tout ornement non nécessaire à la fonction doit être éliminé. Pour lui, l’ornement est une survivance dégénérée, propre aux cultures inférieures, un gaspillage de ressources et un frein au progrès. L’architecture moderne doit donc tendre vers une forme de pureté, débarrassée de tout superflu.
Cette position, devenue structurante, n’est pas sans conséquences. Reconnaissons-le, si le fonctionnalisme a apporté ses innovations, son impact sociétal mérite d’être interrogé.
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On en constate les dérives :
♦️ Des villes aseptisées qui se ressemblent,
♦️ Des constructions quelconques et amenant, faute d’affect, à des démolitions plus rapides, aggravant leur impact environnemental,
♦️ Un langage élitiste, inhibiteur de la libre créativité, déconnectant l’architecture du plus grand nombre, là où l’ornement parlait aux peuples,
♦️ Une perte de repères culturels qui ne fédère plus la société, qui se désagrège en communautés et individus,
♦️ Des idéaux qui ne sont plus écrits, avec une difficulté croissante à projeter un imaginaire collectif pour envisager l’avenir.
Limiter l’apparence aux simples considérations techniques, c’est tuer l’art et l’humanité qui s’en expriment.
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Enfin, s’il est d’usage de distinguer l’homme de l’œuvre, il reste permis de questionner certaines dimensions malsaines de ce personnage. Sans même revenir sur sa condamnation pour actes sordides, il était partisan de thèses politiques autoritaires qui ont logiquement influé sa sensibilité, sa vision de la société et doncson idéal de ville.
Suivre ses préconisations revient alors, même inconsciemment, à promouvoir ses idéaux nihilistes.
Il est maintenant temps de s’en émanciper, avec un enseignement qui doit faire la lumière sur les travers de son idéologie et de ses multiples courants héritiers.
Les ornements font la poésie des villes. Les remettre, c’est réhabiliter notre humanité écrasée par un dogme d’un autre temps.
LA GRANDE OUBLIÉE 🤰
La femme enceinte incarne la magie même de la vie. Sans elle, rien n’existe : pas d’existence et donc pas d’humanité, pas d'art, ni science.
Pourtant, elle reste étonnamment absente de notre imaginaire artistique et architectural. Si certains arts premiers savent la valoriser, ou de façon anecdotique dans l’art contemporain, elle est globalement la grande oubliée.
Dans l’architecture, aucune façade ne lui rend hommage, alors que les autres stades de la vie existent sous toutes ses formes : des chérubins symbolisant la naissance jusqu’aux allégories de l’au-delà.
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🙈 Cachez cette grossesse que je ne saurais voir !
Plusieurs raisons à cela :
🔹 Le tabou de la sexualité visible corrélé à l’influence du christianisme et de la Vierge Marie,
🔹 Appuyé par l’idéal classique du corps féminin hérité de la Grèce Antique.
🔹 Aggravée par le risque de mortalité jusqu’au XXème siècle
De fait, la grossesse est restée longtemps une affaire privée et implicite.
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✨ Dans la proposition « La Nouvelle Samaritaine » imaginée par @LeRegardNaif, cette absence est enfin réparée.
Sur un côté de façade, une femme enceinte se baladant avec sa famille, portant haut un idéal de société : celui de valoriser la vie et la transmission.
UN TEMPLE DE LA MODE
Quand on évoque la mode ou le luxe, on s’attend à être ébloui - bousculé même - par de la créativité, de l’excès, de la transgression, et une part de rêve.
Et pourtant…
À Paris, rue de Rivoli, la rénovation de la Samaritaine ne tient pas cette promesse. Une façade trop lisse, trop générique.
Sa forme ondulée pourrait s’implanter dans n’importe quelle métropole, et abriter n’importe quel centre commercial.
Les clients ne s’y trompent d’ailleurs pas : l’enseigne patine, et son manque de magie n’y est pas pour rien.
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✨💎🔥 Et si l’on osait réellement ? 🔥💎✨
La proposition de Regard Naïf casse tous les codes de ce monde aseptisé : oser une nouvelle Samaritaine haute en couleurs, riche en symboles, transpirant la joie d’une mode qui brille de mille feux !
Arborer une identité unique, audacieuse, presque folle… c’est ce dont a besoin ce lieu pour devenir un véritable temple de la mode.
LA NOUVELLE SAMARITAINE
Faire de la Samaritaine un temple de la mode en adoptant ses codes : créativité, transgression et élégance.
À une époque en quête d’imaginaires collectifs, l’architecture ne peut se réduire à des formes standardisées et aseptisées. À ce titre, la proposition de Regard Naïf se veut révolutionnaire : des façades à la scénographie inspirante, en harmonie avec la riche identité parisienne.
Une architecture iconique est aussi un puissant moteur d’attractivité commerciale. Les visiteurs privilégieront toujours l’expérience d’un grand magasin fastueux à de simples espaces fonctionnels. Réaliser un tel projet s’inscrit d’ailleurs dans la tradition des mécènes visionnaires qui ont marqué l’histoire en confiant à des créateurs audacieux la conception de lieux appelés à devenir un patrimoine.
Sur le plan fonctionnel, la proposition répond pleinement aux besoins actuels : deux premiers niveaux commerciaux, prolongés par des plateaux de bureaux. Le tout magnifié par une verrière majestueuse et une vaste terrasse.
IL EST URGENT DE RÉFORMER LA PROFESSION D’ARCHITECTE
Nous avons tous en tête de nombreux exemples consternants de constructions ou de rénovations ratées. Cette toiture de château remplacée par une boite en carton - qui a déjà suscité de nombreuses réactions - illustre parfaitement cet effondrement esthétique et qualitatif du métier.
Bien sûr, on pourrait invoquer un loupé ou une brebis galeuse, comme dans n’importe quel domaine. Mais à ce niveau de dysfonctionnement, il n’est plus possible de fermer les yeux.
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Comment un architecte dont le métier est réglementé, encadré par des formations longues et des règles strictes, peut-il en arriver là ?
♦️ Des normes trop contraignantes ?
♦️ Une formation qui a perdu en exigence, et qui tolère, voire valorise, ce type d’« art » ?
♦️ Une corporation tenue par une idéologie dominante, héritée d’un siècle de rejet systématique de l’ornement et de l’identité traditionnelle, qui confine au nihilisme architectural ?
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L’impact est dramatique : nos villes et nos paysages se remplissent d’une médiocrité généralisée, qui nourrit un sentiment de déclassement collectif, fait perdre les repères partagés et affaiblit le goût de la transmission.
C’est tout aussi préjudiciable pour les architectes eux-mêmes. Longtemps considéré comme un métier d’excellence qui a produit des merveilles, il est aujourd’hui galvaudé, et risque fort d’être remplacé par l’IA s’il ne retrouve pas sa noblesse humaine, son sens du beau utile et son lien profond avec les lieux et les gens.
Ce débat doit se tenir, et sans tabou. La profession en a besoin. La société aussi.