La cancel culture est en train de détruire toute forme d'intelligence, et on regarde le bateau couler sans rien faire.
On se représente toujours la censure comme une lame qui coupe les extrémités: on imagine un spectre d'opinions, dont la cancel culture viendrait raboter les deux bords.
C'est faux, et ça n'a rien d'idéologique.
Une idée n'a de valeur que si elle est vraie et qu'elle n'est pas évidente pour tout le monde. Or une idée non évidente dérange toujours, pas forcément parce qu'elle choque mais parce qu'elle déplace quelque chose. Elle dévalue un savoir établi, elle retire de la lumière à ceux qui en avaient. La valeur d'une idée et sa capacité à déranger ne sont pas deux propriétés distinctes: c'est la même, vue de deux côtés.
La cancel culture ne sait pas lire les idées. Elle renifle ce qui dérange, et elle coupe. Sans état d'âme, parce qu'elle se prend pour le bien.
Le problème, c'est qu'un filtre qui élimine ce qui dérange n'élimine pas les extrêmes: il élimine tout ce qui a de la valeur.
Voilà pourquoi tout ce qu'on lit est devenu tiède et chiant à mourir.
Plot twist: cette machine n'a qu'un seul carburant, et c'est notre consentement. Elle s'arrête donc à l'instant où l'on décide de garder ce qu'on allait couper.
Écrivons des phrases qui nous coûtent quelque chose. Le reste, on l'a déjà lu, et on ne veut plus le lire.