Cette usine du Doubs a été dessinée comme un palais. Pendant 115 ans, son eau salée est arrivée par 21 kilomètres de tuyaux en bois.
C'est la Saline royale d'Arc-et-Senans. Elle est classée au patrimoine mondial de l'Unesco depuis 1982.
Au XVIIIe siècle, le sel sert à conserver la viande et le poisson. Le roi le taxe lourdement, c'est la gabelle.
À Salins, dans le Jura, l'eau qui sort du sol est chargée de sel.
Pour en tirer le sel, on la fait bouillir. Il faut des quantités énormes de bois.
Les forêts autour de Salins s'épuisent. Alors on décide d'amener l'eau jusqu'au bois.
En 1773, Louis XV signe l'édit. L'usine sera construite à Arc-et-Senans, au bord de la forêt de Chaux.
L'architecte s'appelle Claude-Nicolas Ledoux. Il dessine les bâtiments en demi-cercle.
Au centre, la maison du directeur. Autour, les ateliers où l'on fait bouillir l'eau, et les logements des ouvriers.
Ledoux voit plus grand. Le demi-cercle doit devenir un cercle complet, une ville idéale autour de l'usine.
Cette ville ne sera jamais construite.
À partir de 1780, l'eau salée arrive de Salins par un tuyau de bois de 21 kilomètres.
En route, une partie se perd, par les fuites et par les vols. Jusqu'à 30 %.
En 1895, l'usine ferme. L'eau salée n'arrive plus en quantité suffisante, et les voisins l'accusent de polluer leurs puits.
En 1926, une partie des bâtiments est dynamitée. Le département du Doubs rachète le site l'année suivante.
Le demi-cercle de Ledoux attend sa seconde moitié depuis 250 ans.
La cité de Carcassonne a failli être démolie. Au XIXe siècle, on prenait les pierres de ses remparts pour construire des maisons.
Ses deux enceintes déroulent environ 3 kilomètres de murailles. Elles comptent 52 tours et barbacanes.
Pendant des siècles, la cité garde la frontière entre la France et l'Aragon.
En 1659, le traité des Pyrénées repousse la frontière vers le sud. La forteresse ne protège plus rien.
Ses remparts sont vendus. Ils servent de carrière à ciel ouvert.
En 1850, l'armée déclasse la cité. Elle n'est plus une place forte, et sa démolition est envisagée.
Un érudit de Carcassonne se bat depuis des années pour la sauver. Il s'appelle Jean-Pierre Cros-Mayrevieille.
Prosper Mérimée, l'inspecteur des monuments historiques, le soutient. Le ministre de la Guerre revient sur la décision.
En 1853, l'architecte Viollet-le-Duc commence la restauration. Le chantier va durer plus d'un demi-siècle.
Il coiffe les tours de toits pointus en ardoise, comme dans le nord de la France. Dans le Midi, on couvre plutôt de tuiles.
En 1997, la cité entre au patrimoine mondial de l'Unesco.
Le château et les remparts qu'on vendait comme carrière comptent aujourd'hui plus de 640 000 entrées payantes par an.
Spoutnik, le premier satellite de l'histoire, pesait 83 kilos et ne savait faire qu'une chose : émettre un bip.
Lancé par l'URSS il y a 69 ans, le 4 octobre 1957, il a semé la panique aux États-Unis.
Le Concorde a franchi le mur du son pour la première fois le 1er octobre 1969. Les Soviétiques l'avaient fait quatre mois plus tôt.
Leur avion de ligne supersonique, le Tupolev Tu-144, avait même volé le premier, le 31 décembre 1968. Deux mois avant le Concorde.
En Occident, on le surnomme « Concordski », tant il lui ressemble.
Le 26 mai 1970, il dépasse Mach 2, deux fois la vitesse du son. Le Concorde n'y arrive que le 4 novembre.
Le 3 juin 1973, au Salon du Bourget, le Tu-144 se disloque en pleine démonstration. Il s'écrase sur Goussainville, dans le Val-d'Oise.
14 morts. Les 6 hommes à bord, 8 personnes au sol.
Le Tu-144 transporte ses premiers passagers fin 1977, entre Moscou et le Kazakhstan. Il est retiré en 1978, après une cinquantaine de vols commerciaux.
Le Concorde, lui, a transporté des passagers pendant 27 ans.
Vous avez déjà vu passer un Concorde ?
Le Japon avait son TGV 17 ans avant la France. En 62 ans, ce train n'a jamais tué un seul passager dans un déraillement ou une collision.
Le Shinkansen a été inauguré le 1er octobre 1964, entre Tokyo et Osaka.
Dix jours plus tard s'ouvrent les Jeux olympiques de Tokyo, les premiers de l'histoire en Asie.
19 ans après la guerre, le Japon veut montrer au monde qu'il s'est relevé.
Le train est conçu pour rouler à 210 km/h. C'est la première ligne à grande vitesse du monde.
Il roule sur une ligne entièrement nouvelle, sans passage à niveau.
Dès 1965, le trajet Tokyo-Osaka passe de plus de 6 heures et demie à 3 heures 10.
Rien que sur cette ligne, plus de 5 milliards de voyageurs ont été transportés entre 1964 et 2012.
Pas un seul n'est mort dans un déraillement, une collision ou un incendie.
En 2016, le retard moyen d'un train était de 24 secondes. Typhons et pluies compris.
Aujourd'hui, environ 365 trains par jour circulent entre Tokyo et Osaka.
Le pont qu'on voit au début du film Les Demoiselles de Rochefort existe toujours. Sa nacelle suspendue à des câbles transporte encore des passagers.
C'est le pont transbordeur du Martrou, entre Rochefort et Échillais, en Charente-Maritime. Le dernier pont transbordeur en service en France.
Le principe tient en deux lignes. Un tablier d'acier passe à 50 mètres au-dessus du fleuve, assez haut pour laisser passer les grands voiliers.
Sous ce tablier roule un chariot. Des câbles y accrochent la nacelle, qui glisse au ras de l'eau, d'une rive à l'autre.
L'ingénieur Ferdinand Arnodin le construit de 1898 à 1900.
4 pylônes de 66 mètres. Un tablier de 175 mètres.
Jusqu'en 1927, la nacelle est tirée par une machine à vapeur. Ensuite, par un moteur électrique.
À l'été 1966, le réalisateur Jacques Demy y tourne l'ouverture de son film. Les forains dansent sur le plancher de la nacelle, entre leurs camions.
L'année suivante, un nouveau pont ouvre juste en aval. Le transbordeur n'a plus de raison d'être.
En 1975, les crédits pour le démolir sont votés. Il est classé monument historique en 1976, juste à temps.
Restauré de 2016 à 2020, il a reçu un tablier neuf.
Aujourd'hui, la nacelle emporte jusqu'à 100 piétons et cyclistes par traversée.