#Burundi : Transferts mobiles : un citoyen interpelle le ministre des Finances Alain Ndikumana
#FocodeMagazine | 30 mai 2026
À l’heure où le Burundi dit vouloir accélérer sa transition vers l’économie numérique, une limitation imposée aux usagers des services de mobile money suscite incompréhension et frustration. Selon un citoyen qui interpelle le ministre Alain Ndikumana, l’impossibilité de recevoir plus de trois dépôts par jour sur certains services de transfert d’argent freine les commerçants, complique l’entraide sociale et décourage l’usage des paiements électroniques. Une restriction jugée paradoxale dans un pays qui ambitionne de réduire la dépendance au cash et de moderniser ses services financiers.
Alors que le Burundi affiche son ambition d’avancer vers une économie davantage numérisée, une préoccupation revient avec insistance chez plusieurs usagers des services de paiement mobile : la limitation du nombre de dépôts pouvant être reçus par une même personne au cours d’une journée.
Dans une interpellation adressée au ministre en charge du développement numérique, Alain Ndikumana, un citoyen s’étonne de cette mesure qu’il juge difficilement compréhensible dans un contexte où les paiements électroniques devraient, au contraire, être encouragés.
Selon lui, il serait aujourd’hui impossible, notamment sur Lumicash, de recevoir plus de trois dépôts par jour. Une restriction qui, d’après ses informations, concernerait également d’autres services comme Bancobu E-noti. « À ma connaissance, le Burundi est le seul pays où une telle limite existe pour les transferts d’argent par téléphone », fait-il remarquer.
Pour ce citoyen, cette situation constitue un véritable frein à l’usage des services financiers numériques. Il cite, entre autres, les familles qui organisent des cérémonies et qui peinent à recevoir les contributions de proches ou d’amis, les commerçants qui ne peuvent pas encaisser librement les paiements de clients éloignés, ou encore les personnes touchées par un malheur et que des bienfaiteurs souhaitent assister rapidement.
Cette limitation, poursuit-il, complique aussi la vie des associations, des Églises et des formations politiques qui pourraient utiliser ces canaux pour mobiliser des contributions auprès de leurs membres ou sympathisants. « Tout cela devient inutilement difficile alors que ces outils devraient faciliter la vie des citoyens », a-t-il ajouté.
L’auteur de l’interpellation estime que cette pratique va à contre-courant de l’évolution observée dans la région. Dans plusieurs pays voisins, les politiques publiques tendent plutôt à réduire l’usage du cash au profit des transactions électroniques, considérées comme plus rapides, plus traçables et plus adaptées aux réalités économiques actuelles.
Il rappelle que cette question n’est pas nouvelle. Elle aurait déjà été soulevée à plusieurs reprises lorsque le secteur était encore sous la responsabilité de l’ancienne ministre Léocadie Ndacayisaba, sans qu’une solution ne soit apportée. Aujourd’hui, il invite le ministre Alain Ndikumana à se saisir du dossier.
Le citoyen reconnaît cependant au ministre un discours volontariste sur les enjeux du développement et de l’économie numérique. Mais il estime que cette volonté devrait se traduire par des mesures concrètes, capables d’améliorer le quotidien des Burundais. « Lever cette restriction serait une avancée dont beaucoup se souviendraient », a-t-il insisté.
La question posée dépasse ainsi le simple désagrément technique. Elle touche à l’accès aux services financiers, à la modernisation de l’économie, mais aussi à la capacité des autorités à accompagner les usages numériques au lieu de les freiner.
Reste à savoir si le ministère concerné, les opérateurs de mobile money et les institutions financières apporteront des explications sur les raisons de cette limitation, ou si des mesures seront envisagées pour l’assouplir. Pour de nombreux usagers, l’enjeu est clair : permettre aux outils numériques de jouer pleinement leur rôle dans la vie économique et sociale du pays. #Mbariza
#FocodeMagazine | 30 mai 2026
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#Burundi : Après la rencontre du 15 mai avec le président Ndayishimiye, 5 partis de l'opposition réclament des actes
#FocodeMagazine | 20 mai 2026
Les partis d’opposition signataires — l’UPRONA, le Sahwanya FRODEBU, le CODEBU, le CDP et le CNL dirigé par Nestor Girukwishaka — saluent l’initiative du président de la République d’avoir organisé, le 15 mai 2026, une séance d’échanges sur les élections de 2025. Mais ils jugent les réponses insuffisantes et réclament des garanties concrètes avant 2027.
Un pas a été franchi. Mais la confiance, elle, n’est pas revenue. Dans un communiqué conjoint publié à Bujumbura en début de cette semaine, les mêmes partis d’opposition qui avaient signé la déclaration du 8 mai — l’UPRONA, le Sahwanya FRODEBU, le CODEBU, le CDP et le CNL dirigé par Nestor Girukwishaka — disent saluer l’initiative du chef de l’État. Celui-ci a, selon eux, répondu favorablement à leur préoccupation en organisant une rencontre avec les partenaires électoraux sur le processus de 2025.
Cette séance a permis d’aborder « de manière ouverte » plusieurs questions liées aux irrégularités et dysfonctionnements relevés lors des élections de 2025, ont-ils précisé.
Mais derrière cette ouverture, le malaise demeure. Les partis signataires affirment avoir présenté dix-huit recommandations destinées à renforcer la transparence, la crédibilité et la confiance dans le processus électoral. Toutefois, les réponses obtenues n’ont pas été jugées satisfaisantes.
Ils citent notamment les textes de loi à revoir, les imperfections du code électoral et les instruments électoraux qui, selon eux, « ne protègent en rien l’électeur ». Ils mettent aussi en cause la composition de la Cour constitutionnelle, qu’ils jugent ni équilibrée ni consensuelle pour garantir la neutralité des décisions, ont-ils fait savoir.
Au centre de la défiance : la @CeniBurundi . Encore elle. L’UPRONA, le Sahwanya FRODEBU, le CODEBU, le CDP et le CNL dirigé par Nestor Girukwishaka réclament la restructuration de la Commission électorale nationale indépendante et de ses démembrements, afin qu’ils deviennent « représentatifs et inclusifs ». En clair, ces partis veulent une administration électorale qui serve le pays, et non le parti au pouvoir, ont-ils insisté.
Cette exigence prolonge la déclaration du 8 mai. Les mêmes formations avaient alors annoncé qu’elles ne participeraient plus aux réunions convoquées par la CENI, faute de dialogue inclusif. Après la rencontre du 15 mai, elles ne ferment plus la porte. Mais elles préviennent : discuter ne suffit pas. Il faut des résultats.
Autre grief majeur : aucun communiqué final n’aurait été publié à l’issue du dialogue du 15 mai. Pour les cinq partis d’opposition, ce n’est pas un détail. Sans document officiel, les points consensuels risquent de rester dans le flou et de ne pas être mis en œuvre.
C’est pourquoi ils demandent la mise en place d’un « mécanisme clair de suivi et d’application des recommandations issues des discussions », afin de garantir l’effectivité des engagements pris par les différentes parties. Ils souhaitent également qu’un communiqué conjoint retrace les principaux points d’accord, ont-ils recommandé.
Les signataires souhaitent par ailleurs que les prochaines rencontres se déroulent dans un cadre plus propice à des échanges constructifs. Ils dénoncent la présence d’une certaine société civile qu’ils qualifient de mal intentionnée, accusée selon eux de dénigrer et d’insulter les partis politiques. Le message est clair : le dialogue électoral doit réunir les véritables parties prenantes, pas devenir une tribune de diversion.
Le communiqué évoque enfin le comportement de certains jeunes du parti au pouvoir, accusés de s’arroger le droit d’intimider et de traquer des militants de l’opposition. Là encore, l’enjeu dépasse les textes. Une élection crédible ne se construit pas seulement dans les lois, mais aussi sur le terrain, là où les partis doivent pouvoir agir sans peur.
À une année seulement de la présidentielle de 2027, l’UPRONA, le Sahwanya FRODEBU, le CODEBU, le CDP et le CNL dirigé par Nestor Girukwishaka posent donc leurs conditions : une CENI restructurée, un code électoral corrigé, une Cour constitutionnelle plus consensuelle, des électeurs et mandataires protégés, la fin des intimidations et un suivi écrit des engagements.
Le pouvoir a ouvert une porte le 15 mai. Les partis d’opposition disent vouloir continuer le dialogue, guidés par un « esprit de responsabilité » et leur attachement à la stabilité du pays. Mais ils refusent un dialogue de façade. Cette fois, préviennent-ils en substance, les paroles devront être suivies d’actes. #Elections2027 #EspaceCivique #CENI
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📸photos de la @RTNBurundi
CENI : Thierry Kitamoya, un remplacement qui ravive les zones d’ombre autour de la mort de Gabby Bugaga
#FocodeMagazine | 20 mai 2026
Thierry Kitamoya fait son entrée à la @CeniBurundi comme commissaire chargé de la logistique et des approvisionnements. Il remplace feu Gabby Bugaga, récemment tué dans des circonstances encore entourées d’interrogations. Derrière cette nomination validée par le Sénat, un poste hautement stratégique, des marchés électoraux très convoités et une question qui dérange : pourquoi l’ancien ministre n’a-t-il été remplacé à la CENI qu’après sa mort ?
Le Sénat a validé hier 19 mai 2026, à la demande du président Évariste Ndayishimiye, la nomination de Thierry Kitamoya comme commissaire de la Commission électorale nationale indépendante, CENI, chargé de la logistique et des approvisionnements. Il succède à feu Gabby Bugaga, récemment assassiné.
À première vue, il s’agit d’un simple remplacement institutionnel. Mais au Burundi, certains postes ne sont jamais anodins. Et celui de la logistique à la CENI l’est encore moins. Il touche aux bulletins de vote, aux documents électoraux, aux équipements, aux transports, aux marchés publics et à toutes ces dépenses qui accompagnent les périodes électorales.
D’où une première question : pourquoi Gabby Bugaga n’avait-il pas été remplacé lorsqu’il avait été nommé ministre en août 2025 ? Pourquoi fallait-il attendre sa mort pour pourvoir officiellement ce poste ? Silence radio.
🔴Kitamoya, un ancien de la RTNB dans les rouages du pouvoir
Thierry Kitamoya est un visage connu. Ou plutôt, une voix familière. Pendant des années, il a marqué les journaux parlés de la RTNB. Durant le troisième mandat de Pierre Nkurunziza, il était aussi souvent aux commandes de ces émissions publiques où le chef de l’État répondait aux questions des journalistes et des citoyens par téléphone.
En 2018, il est nommé assistant du ministre chargé de la Communication et des médias. Il gardera ce poste sous plusieurs ministres, avant d’en être écarté à l’arrivée de Gabby Bugaga. Direction ensuite la RTNB, où il devient conseiller du directeur général.
Derrière ce parcours se lit une trajectoire devenue classique sous le CNDD-FDD : celle de journalistes de la RTNB progressivement absorbés par l’appareil politico-administratif. Selon plusieurs sources, Thierry Kitamoya, Channel Sabimbona et Gabby Bugaga font partie de ces professionnels des médias que le parti au pouvoir aurait approchés dès les premières années de Pierre Nkurunziza.
Ils ne sont pas les seuls. Mais leur ascension raconte beaucoup. Elle raconte la lente transformation de la RTNB, jadis capable, par moments, de faire entendre des voix plus autonomes, en un média largement aligné sur le pouvoir. Aujourd’hui, pour ses détracteurs, la RTNB ne se distingue plus vraiment des organes assumés de propagande.
🔴Une carte de la CENI près du corps : hasard ou message ?
La nomination de Thierry Kitamoya remet aussi sur la table une énigme troublante : la carte de la CENI retrouvée près du corps de Gabby Bugaga.
Pourquoi cette carte-là ? Pourquoi mettre en avant son statut de commissaire de la CENI, alors qu’il était aussi ministre ? Le détail peut paraître anodin. Il ne l’est pas forcément.
Le matin de sa mort, les premières informations parlaient d’un corps retrouvé dans un véhicule, dans les marais de Rubirizi. Une version d’accident avait d’abord circulé. Mais très vite, l’identité de Gabby Bugaga est évoquée, notamment à cause d’une carte de la CENI retrouvée sur les lieux.
Autre élément qui continue d’alimenter les soupçons : les photos du corps diffusées sur plusieurs plateformes se ressemblaient étrangement. Même angle. Même côté du visage. Même mise en scène apparente. Comme si l’information, les images et le récit initial provenaient d’un même circuit.
Une question demeure : pourquoi l’autre côté du visage n’a-t-il jamais été clairement montré ? S’il s’agissait de simples images prises par des passants, pourquoi personne n’a-t-il photographié l’autre côté ? Des sources confidentielles affirment que cette partie du visage aurait porté les traces d’un tir. Lors des funérailles, le visage de l’ancien ministre aurait été couvert, ce qui a davantage nourri les interrogations.
Rien de tout cela ne peut remplacer une enquête. Mais l’absence de réponses officielles crédibles laisse prospérer les doutes.
🔴Derrière la CENI, les marchés
Le poste confié à Thierry Kitamoya est loin d’être décoratif. À la CENI, la logistique et les approvisionnements constituent un centre névralgique. C’est là que passent les besoins matériels des élections : bulletins de vote, urnes, documents, imprimés, matériel informatique, véhicules, carburant, équipements divers.
Autrement dit, c’est là que se jouent les marchés.
Dans le Burundi actuel, l’enjeu électoral n’est pas seulement politique. Beaucoup considèrent que l’issue des scrutins est déjà connue d’avance. Le vrai suspense serait ailleurs : dans les chiffres qui seront proclamés, mais aussi dans la répartition des marchés liés à l’organisation des élections.
Qui imprimera les bulletins ? Qui fournira les documents électoraux ? Qui transportera le matériel ? Qui décrochera les contrats ? Qui, au final, profitera des milliards mobilisés autour des scrutins ?
Ces questions dérangent. Mais elles sont au cœur du dossier.
🔴Une bataille interne plus qu’un duel pouvoir-opposition ?
La CENI est souvent présentée comme l’arène de confrontation entre le pouvoir et l’opposition. Cette lecture est incomplète. Derrière l’institution électorale se joue aussi une compétition interne au pouvoir. Une lutte entre réseaux, entre parrains, entre groupes d’intérêts.
Selon certaines sources, feu Gabby Bugaga défendait, dans les marchés de la CENI, les intérêts du CNDD-FDD et ceux de Révérien Ndikuriyo. L’arrivée de Thierry Kitamoya pose donc une question simple, mais lourde : de quel réseau sera-t-il l’homme ?
Sera-t-il un technicien chargé de garantir la logistique électorale ? Un fidèle du système ? Un représentant d’un clan ? Ou un nouvel arbitre dans la bataille des marchés ?
Pour l’heure, la nomination est actée. Mais elle ne ferme aucun dossier. Elle en ouvre même plusieurs.
🔴Beaucoup de questions, très peu de réponses
La mort de Gabby Bugaga reste entourée de zones d’ombre. Sa carte de la CENI retrouvée près du corps intrigue toujours. Son remplacement tardif interroge. Le poste qu’il occupait, désormais confié à Thierry Kitamoya, est trop sensible pour être traité comme une simple formalité administrative.
Dans un pays où les élections mobilisent d’importants moyens financiers, la logistique électorale n’est jamais neutre. Elle est politique. Elle est économique. Elle est stratégique.
La question est donc posée : Thierry Kitamoya arrive-t-il à la CENI pour gérer des bulletins de vote, ou pour tenir une clé dans la grande bataille des marchés électoraux ?
#FocodeMagazine | La Rédaction
Affaire des lapins et OBUHA : la colère présidentielle débouchera-t-elle enfin sur des comptes ?
#FocodeMagazine | 20 mai 2026
Le couperet est tombé à l’OBUHA. Quelques heures après la colère noire du chef de l’État sur le chantier du centre naisseur de lapins de Karusi, le lieutenant-colonel ingénieur Léonidas Nibigira a été débarqué de la tête de cet office public. Il cède son fauteuil à Msc Arch. Dieudonné Nkunzimana. Mais cette décision, aussi spectaculaire soit-elle, ne dissipe pas les interrogations. Que sont devenus les milliards déjà engloutis dans ce chantier ? Qui répondra des retards ? Et surtout, où en est le vaste programme national de vulgarisation de l’élevage cunicole, crédité de près de 300 milliards de francs burundais ? Autant de questions qui attendent plus qu’un limogeage : des réponses.
Le ton était celui des grands jours de colère présidentielle. À Karusi, devant le chantier inachevé du centre naisseur de lapins, le président Évariste Ndayishimiye n’a pas pris de gants. Visiblement irrité par l’état d’avancement des travaux, le chef de l’État s’en est pris frontalement au commissaire général de l’OBUHA, le lieutenant-colonel ingénieur Léonidas Nibigira.
Les mots ont claqué. Durs. Sans détour.
« Ce ne sont là que des manœuvres destinées à manger l’argent. Bon, que je ne vous entende plus ! Monsieur le ministre, nous vous le demandons : que l’OBUHA s’en aille ! Je ne veux plus vous entendre ! Quelle bêtise ! Croyez-vous que le pays est fait pour être pillé ? Vous ne savez que consommer, rien d’autre ! »
Dans la bouche d’un chef de l’État, ces propos ne relèvent pas d’une simple réprimande administrative. Ils sonnent comme une accusation. Une accusation de mauvaise gestion, voire de prédation des deniers publics.
🔴Le chantier de Karusi, symbole d’un malaise
Trois ans après son lancement, le chantier du centre naisseur de lapins de Karusi donne encore l’image d’un projet qui piétine. Selon les informations évoquées, près de deux milliards et demi de francs burundais auraient déjà été décaissés par la présidence de la République. Et pourtant, sur le terrain, même les murs ne seraient pas encore achevés.
C’est ce contraste qui a fait sortir le président de ses gonds : beaucoup d’argent consommé, peu de résultats visibles. Une équation connue dans bien des projets publics au Burundi, mais rarement exposée avec autant de brutalité par le sommet de l’État.
Sur place, le chef de l’État a tranché : l’OBUHA est écarté du chantier. Il a même annoncé qu’il ferait venir lui-même des ouvriers pour poursuivre les travaux. Une décision qui en dit long sur la perte de confiance envers l’office chargé des constructions publiques.
Restait alors une question : après une telle sortie, Léonidas Nibigira pouvait-il encore rester à son poste ? La réponse est tombée juste le lendemain.
🔴L’OBUHA change de patron
Par décret présidentiel rendu public dans la soirée du 19 mai 2026, le lieutenant-colonel ingénieur Léonidas Nibigira a été relevé de ses fonctions. À sa place, le président Ndayishimiye a nommé Msc Arch. Dieudonné Nkunzimana au poste de commissaire général de l’OBUHA.
Le limogeage était attendu. Il est désormais acté. Mais il ne clôt pas le dossier.
Car la question de fond demeure : s’agit-il d’une simple sanction administrative ou du début d’une véritable reddition des comptes ? Le désormais ex-commissaire général sera-t-il entendu ? Des responsabilités seront-elles établies ? La justice sera-t-elle saisie ?
Dans une affaire où le président lui-même parle de pillage du pays, l’opinion attend autre chose qu’un changement de visage à la tête d’un office public.
🔴Un air de déjà-vu
Ce n’est pas la première fois que le président Ndayishimiye sermonne publiquement des responsables accusés de mauvaise gestion. Depuis son arrivée au pouvoir, ces scènes sont devenues presque familières : un chef de l’État en colère, des responsables tancés devant les caméras, des promesses de sanctions, puis, souvent, un silence qui s’installe.
Les Burundais ont encore en mémoire l’affaire du barrage de Mpanda. En octobre 2021, le président avait donné deux semaines pour identifier et arrêter les auteurs présumés du détournement de 54 milliards de francs burundais destinés à la construction de cet ouvrage. Plusieurs années plus tard, les citoyens attendent toujours de connaître les véritables suites de ce dossier.
D’où cette interrogation qui revient avec insistance : Karusi connaîtra-t-il le même sort ? Une colère présidentielle très médiatisée, un responsable sacrifié, puis plus rien ? Le risque est là. Et il est politique.
🔴Les lapins, les milliards et le silence des chiffres
L’affaire de Karusi dépasse largement le chantier de l’OBUHA. Elle remet sur la table tout le programme national de vulgarisation de l’élevage de lapins.
Ce projet, présenté comme un levier de développement et de lutte contre la pauvreté, devait toucher l’ensemble du pays. Selon les montants avancés, près de 300 milliards de francs burundais auraient été prévus dans le budget 2023-2024 pour sa mise en œuvre. Mais là encore, les questions s’accumulent.
Pourquoi ces fonds auraient-ils été logés à la présidence de la République, et non au ministère ayant l’élevage dans ses attributions ? Pourquoi un projet technique, relevant normalement d’un ministère sectoriel, se retrouve-t-il piloté depuis le sommet de l’exécutif ? Est-ce un choix d’efficacité ? Un manque de confiance envers les ministères ? Ou une manière de garder la main sur une enveloppe financière aussi importante ?
Sur les collines, les bénéficiaires attendent toujours. Où sont les lapins annoncés ? Où sont les centres de multiplication ? Où sont les rapports d’exécution ? Où sont les résultats ? À ce stade, le silence des chiffres devient presque aussi préoccupant que le retard des travaux.
🔴Un audit annoncé, mais jusqu’où ?
À Karusi, le président Ndayishimiye a annoncé un audit sur les fonds confiés à l’OBUHA pour la construction du centre naisseur. L’initiative peut être saluée. Mais elle ne suffira pas si elle se limite au seul chantier de Karusi.
Ce qu’il faut, c’est un audit plus large. Un audit indépendant. Un audit capable de retracer l’ensemble des fonds affectés au programme cunicole : les montants engagés, les décaissements effectués, les prestataires impliqués, les marchés attribués, les travaux réalisés et les résultats obtenus.
Car une chose est de dénoncer publiquement les dérives. Une autre est d’ouvrir les livres de comptes.
Les Burundais ont droit à une réponse simple : où est passé l’argent ?
A-t-il été conservé sur des comptes de la présidence ? A-t-il été réaffecté à d’autres projets ? L’Assemblée nationale en a-t-elle été informée ? Une partie a-t-elle été détournée ? Et si oui, par qui ? Ces questions ne relèvent pas de la polémique. Elles relèvent de la redevabilité.
🔴Le vrai test de la bonne gouvernance
Le limogeage de Léonidas Nibigira constitue un signal. Mais un signal n’est pas une politique. Et un décret de remplacement ne vaut pas justice.
Si l’exécutif veut convaincre, il devra aller plus loin : rendre publics les résultats de l’audit, saisir les organes compétents, établir les responsabilités et sanctionner, sans protection ni calcul politique, ceux qui auraient failli.
Autrement, cette affaire rejoindra la longue liste des dossiers qui ont enflammé l’opinion avant de disparaître dans les tiroirs de l’administration.
Le président Ndayishimiye aime répéter que les deniers publics ne doivent pas être confondus avec un bien privé. À Karusi, il l’a dit avec force. Reste maintenant à le démontrer par des actes.
Car, dans un pays où les besoins sont immenses, où les ménages peinent à joindre les deux bouts, où les infrastructures manquent, où les services publics restent sous pression, chaque milliard compte. Chaque franc public doit être justifié.
Le dossier des lapins est peut-être devenu embarrassant. Mais il offre aussi une occasion : celle de montrer que les promesses de bonne gouvernance peuvent dépasser le stade des discours.
Comme le disent les anciens, « la clarté vient d’en haut et se répand dans tout le pays ». Encore faut-il que, cette fois, la lumière ne s’arrête pas aux portes de l’OBUHA.
#FocodeMagazine | La Rédaction
Les statistiques, dans leur implacable froideurs, sont sans équivoques sur « la santé » du #Burundi dans tous les domaines de la gouvernance … mais non j’allais oublié, « tous ceux qui publient ces chiffres catastrophiques sont les +ennemis+ de notre Burundi, ni babandi (…) » !
Mort d’un caporal à Mabanda : l’association King Umurundi Freedom demande justice
#FocodeMagazine | 27 avril 2026
Mabanda, 27 avril 2026 – La mort du caporal Albert Hatungimana suscite une vive émotion au sein du camp de Mabanda. Ce militaire des Forces de défense nationale est décédé ce lundi 27 avril, vers 13 heures, à l’hôpital de Makamba. D’après l’association King Umurundi Freedom, il aurait succombé à la suite de coups qui lui auraient été infligés par des gardes du corps du commandant adjoint du camp Mabanda, relevant du Bataillon Support de la 4e Division, le major Gilbert Manirakiza, alias Kibogoye, matricule SS1093.
L’association indique que plusieurs compagnons d’armes du défunt sont sous le choc. Ils demandent que la justice fasse son travail et que les responsabilités soient clairement établies.
Albert Hatungimana, matricule HR 19568/56182, avait le grade de caporal. Il était originaire de la colline Kirehe, en commune Kabarore, dans l’ancienne province de Kayanza. Avec le nouveau découpage administratif, cette localité se trouve aujourd’hui en commune Kayanza, province de Butanyerera. Il travaillait au Centre d’instruction 2 Mabanda, installé dans l’enceinte du Bataillon Support de la 4e Division, communément appelé camp Mabanda.
🔴Une altercation dans une boutique
Tout aurait commencé le mercredi 22 avril 2026. Selon le récit de l’association King Umurundi Freedom, le caporal Hatungimana s’était rendu au centre de Mabanda pour se détendre. Il avait consommé de l’alcool avant d’entrer dans une boutique pour acheter quelque chose.
Sur place, une dispute éclate entre lui et des civils qui se trouvaient dans la boutique. Ces derniers l’auraient accusé de les avoir bousculés. La tension monte. Les clients quittent précipitamment les lieux, sans payer quatre boissons qu’ils consommaient. Dans la confusion, trois kilogrammes de riz sont également renversés.
Des policiers qui se trouvaient non loin de la boutique interviennent. Ils arrêtent le caporal Hatungimana et le conduisent au poste de police de Mabanda. Selon l’association, il y est gardé pour la nuit, le temps que l’alcool se dissipe.
Le lendemain, jeudi 23 avril, les policiers lui présentent les dégâts à réparer. Le caporal accepte de payer les trois kilogrammes de riz renversés ainsi que les quatre boissons non réglées par les clients partis dans la précipitation. Après ce remboursement, il est relâché.
🔴Une sanction disciplinaire qui vire au drame
Une fois libéré, Albert Hatungimana retourne au camp Mabanda. Là, il est placé au corps de garde, dans le cadre d’une sanction disciplinaire. Jusque-là, rien d’inhabituel dans la vie militaire : un soldat accusé d’un manquement à la discipline peut être sanctionné.
Mais, d’après l’association King Umurundi Freedom, les choses auraient pris une tout autre tournure. Le commandant adjoint du camp de Mabanda, relevant du Bataillon Support de la 4e Division, le major Gilbert Manirakiza, alias Kibogoye, matricule SS1093, serait intervenu dans cette affaire. L’association affirme que ce sont des militaires présentés comme les gardes du corps de cet officier qui auraient roué de coups le caporal Hatungimana.
Les coups auraient été violents. Albert Hatungimana aurait été battu jusqu’à ne plus tenir debout. Toujours selon l’association, il aurait commencé à cracher du sang.
🔴Transféré à l’hôpital de Makamba
Le vendredi 24 avril, son état de santé se dégrade. Au corps de garde, on se rend compte que la situation devient grave. Le caporal est alors autorisé à aller se faire soigner à l’infirmerie du camp.
Mais l’infirmerie ne peut pas faire grand-chose face à son état. Il est transféré à l’hôpital de Makamba. Les médecins tentent de le prendre en charge, mais son état reste critique. Ce lundi 27 avril, vers 13 heures, Albert Hatungimana rend l’âme.
🔴Ses compagnons d’armes veulent des réponses
Cette mort passe mal chez plusieurs militaires du camp Mabanda. Selon l’association King Umurundi Freedom, des compagnons d’armes du défunt demandent que le major Gilbert Manirakiza soit entendu par la justice.
Pour eux, une sanction disciplinaire ne peut pas justifier des coups pouvant conduire à la mort d’un militaire. Ils estiment que l’armée dispose de règles et de procédures pour punir les fautes, sans recourir à des violences physiques.
L’association King Umurundi Freedom insiste sur la nécessité de faire toute la lumière sur cette affaire. Elle demande que les autorités compétentes établissent les responsabilités dans la mort du caporal Hatungimana.
À Mabanda, la mort de ce militaire laisse beaucoup de questions. Que s’est-il réellement passé au corps de garde ? Qui a donné les ordres ? Pourquoi l’évacuation vers l’hôpital n’est-elle intervenue que le lendemain ? Autant d’interrogations auxquelles les autorités militaires et judiciaires sont désormais appelées à répondre.
#FocodeMagazine | Gordien Niyungeko
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#Burundi: Retour sur le dossier MEDIABOX : le 5e épisode des révélations alourdit encore les soupçons
#FocodeMagazine | 25 avril 2026
Dans une nouvelle publication diffusée ce 24 avril 2026 sur ses plateformes numériques, l’association King Umurundi Freedom revient à la charge sur le dossier du logiciel SIGEFP. Cette fois, elle met l’accent sur deux points troublants : la présence persistante d’Odely Ndiho dans l’environnement de MEDIABOX, et l’existence de deux groupes de travail autour d’un même logiciel. De quoi renforcer l’impression d’un projet mené dans la confusion, au risque d’exposer l’État à un sérieux revers.
Le dossier MEDIABOX ne faiblit pas. Au contraire, il se charge un peu plus à chaque nouvelle publication.
Ce 24 avril 2026, l’association King Umurundi Freedom a diffusé le cinquième épisode de sa série de révélations sur ce qu’elle présente comme des manœuvres destinées à faire attribuer à MEDIABOX le marché du logiciel SIGEFP au ministère burundais des Finances. Et cette nouvelle sortie ajoute deux éléments qui, s’ils étaient confirmés, pèseraient lourd dans l’appréciation du dossier : la situation d’Odely Ndiho, et la façon dont le projet semble être techniquement préparé.
Jusqu’ici, les publications précédentes avaient surtout insisté sur les soupçons de favoritisme, sur la relance controversée d’un appel d’offres, sur la proximité alléguée entre certains responsables et l’entreprise de Donatien Ndayishimiye, ainsi que sur le risque de voir un projet soutenu par la Banque mondiale glisser vers une logique de captation. Avec ce cinquième épisode, le regard se déplace légèrement. Il ne porte plus seulement sur l’attribution du marché, mais aussi sur la manière même dont le projet semble être conduit.
🔴Odely Ndiho, entre ministère et MEDIABOX ?
Premier point soulevé par King Umurundi Freedom : le cas d’Odely Ndiho.
L’association avait déjà affirmé dans ses publications antérieures qu’Odely Ndiho avait quitté MEDIABOX pour être nommée à un poste stratégique de direction au ministère des Finances, en qualité de directrice générale de l’économie numérique. Une nomination que l’organisation présentait comme l’un des leviers ayant permis à MEDIABOX de mieux se positionner sur le dossier du SIGEFP.
Mais cette fois, le propos va plus loin. L’association affirme qu’Odely Ndiho continuerait, ces derniers jours, à fréquenter les bureaux de MEDIABOX, tout en continuant à exercer ses fonctions au ministère. Si cette information est exacte, elle soulève une vraie question : à quel titre se rend-elle régulièrement encore dans l’entreprise qu’elle est censée avoir quittée ?
C’est là que le sujet devient sensible. Dans un dossier déjà traversé par des soupçons de proximité entre l’entreprise privée et des centres de décision publics, une telle situation ne serait pas anodine. Elle renforcerait l’idée d’une frontière devenue floue entre intérêt public et intérêt privé.
Bien sûr, à ce stade, l’association pose une question plus qu’elle n’apporte une preuve définitive. Mais la question est sérieuse : Odely Ndiho travaille-t-elle exclusivement pour l’État, ou reste-t-elle, d’une manière ou d’une autre, dans l’orbite de MEDIABOX ?
Dans ce type de dossier, il faut le rappeler, l’apparence de conflit d’intérêts pèse déjà très lourd. Parfois presque autant que le fait lui-même.
🔴Deux groupes de travail pour un seul logiciel
L’autre révélation importante de ce cinquième épisode concerne l’organisation technique du projet SIGEFP.
Selon King Umurundi Freedom, il y aurait aujourd’hui deux groupes distincts autour d’un seul et même logiciel. Un premier groupe, mis en place en octobre 2025, aurait travaillé sur ce qui est présenté comme le DAO du logiciel. Puis, selon l’association, il serait apparu que ce groupe n’avait pas travaillé sur un élément pourtant fondamental : la spécification du logiciel.
Un second groupe aurait alors été constitué, avec d’autres personnes, pour se pencher précisément sur cette partie.
Si cela est exact, cela pose une difficulté immédiate. Dans un projet informatique sérieux, la spécification n’est pas un détail que l’on traite après coup. C’est le cœur du dispositif. C’est elle qui définit ce que le logiciel doit faire, comment il doit fonctionner, quelles sont ses exigences, son périmètre, ses contraintes et ses objectifs.
Autrement dit, la spécification est le plan avant la construction.
Dès lors, la question que pose implicitement King Umurundi Freedom est redoutable : comment un appel d’offres a-t-il pu être engagé alors que les spécifications du logiciel n’étaient pas encore clairement établies ? Et si elles ne l’étaient pas, sur quelle base les candidats étaient-ils censés soumissionner ?
En clair : comment peut-on mettre un marché en route si l’objet exact du marché n’est pas encore totalement défini ?
🔴Un projet qui donne l’impression d’être monté à l’envers
C’est peut-être là que ce cinquième épisode devient le plus préoccupant.
Car derrière l’existence de ces deux groupes, c’est toute la méthode qui semble vaciller. L’image qui se dégage est celle d’un projet monté dans le désordre, comme si l’on cherchait à faire avancer le processus administratif pendant que la base technique restait encore incomplète.
Un logiciel stratégique ne peut pas être conduit comme un bricolage de dernière minute. Il demande de la cohérence, de la clarté, une chaîne logique de travail. Si l’on en croit l’association, le SIGEFP donne au contraire l’impression d’un chantier lancé alors que les fondations sont encore discutées.
Le risque n’est pas seulement technique. Il est aussi institutionnel. Parce qu’un projet comme celui-là ne concerne pas seulement quelques informaticiens dans un bureau. Il touche à la manière dont l’État gère ses finances, suit ses dépenses, organise ses procédures, pilote son administration. Si le logiciel est mal pensé, mal spécifié ou mal attribué, c’est toute la réforme qu’il est censé porter qui peut être fragilisée.
🔴Le chef de l’État déjà alerté ?
Un autre élément de ce cinquième épisode mérite attention. King Umurundi Freedom affirme que le président de la République se serait rendu, le 5 janvier 2026, de manière inopinée au ministère des Finances, et qu’il aurait notamment fait un passage au bureau d’Odely Ndiho.
L’association laisse entendre que cette visite pourrait être liée à des inquiétudes sur l’état d’avancement du projet financé avec l’appui de la Banque mondiale.
Là encore, rien n’est formellement démontré dans ce seul récit. Mais le simple fait que ce point soit mis en avant montre que, pour l’association, le dossier a déjà dépassé le niveau d’un simple contentieux administratif. Il prend une dimension politique.
Et si les retards, les flottements ou les confusions s’accumulent réellement, il n’est pas absurde d’imaginer qu’au sommet de l’État aussi, des questions commencent à se poser.
🔴MEDIABOX, entreprise favorisée ou entreprise limitée ?
Ce cinquième épisode revient aussi sur une critique récurrente formulée depuis le début de la série : la capacité réelle de MEDIABOX à mener à bien les marchés qui lui sont confiés.
L’association affirme que l’entreprise aurait déjà obtenu plusieurs marchés qu’elle n’aurait pas entièrement exécutés, ou qu’elle aurait laissés inachevés. Si cette accusation devait être étayée, elle serait très lourde. Car elle ferait glisser le dossier d’une suspicion de favoritisme vers une suspicion plus grave encore : celle d’une entreprise qui continuerait à obtenir des marchés stratégiques malgré des performances insuffisantes.
Autrement dit, la question ne serait plus seulement : pourquoi MEDIABOX est-elle autant favorisée ?
Elle deviendrait aussi : pourquoi continue-t-on à lui confier des projets sensibles si ses capacités sont contestées ?
C’est cette interrogation qui rend le dossier politiquement dangereux. Parce qu’elle touche au cœur de la décision publique.
🔴Un dossier qui change de nature
Au fond, ce cinquième épisode fait franchir un palier au dossier.
Au départ, les révélations donnaient surtout à voir une bataille autour d’un marché : qui allait l’obtenir, comment, à la faveur de quels appuis, au détriment de qui. Désormais, le regard se déplace aussi vers le contenu même du projet : la manière dont il est préparé, encadré, organisé, techniquement pensé.
Ce n’est plus seulement la question de l’attribution qui est posée. C’est celle de la fiabilité du projet lui-même.
Et c’est là que le dossier devient plus lourd. Car un marché controversé est déjà une affaire sérieuse. Mais un marché controversé autour d’un projet mal structuré, mal préparé ou techniquement confus, cela devient une affaire de gouvernance.
🔴Le silence devient de plus en plus coûteux
Comme pour les épisodes précédents, les révélations de King Umurundi Freedom demandent encore à être confrontées à des documents, à des réponses officielles et à des vérifications indépendantes. Mais leur accumulation produit déjà un effet politique clair : elle rend le silence de plus en plus difficile à tenir.
Si les faits allégués sont faux, il faut les démonter clairement. S’ils sont exacts, ils posent un problème grave.
Dans les deux cas, continuer à ne rien dire revient à laisser prospérer l’idée qu’un projet majeur de l’État est en train d’être conduit dans la confusion, avec des intérêts privés trop proches du centre de décision, des étapes techniques mal ordonnées et un risque réel de blocage.
Au bout du compte, ce cinquième épisode ramène le dossier à une question simple : le SIGEFP est-il encore un projet de réforme publique, ou devient-il peu à peu un projet capturé, brouillé et fragilisé de l’intérieur ?
Tant que cette question restera sans réponse claire, chaque nouvelle révélation pèsera un peu plus lourd que la précédente.
#FocodeMagazine | Gordien Niyungeko
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#Burundi: Titres fonciers numériques : Audace Havyarimana pointe une réforme à hauts risques
#FocodeMagazine | 25 avril 2026
La décision d’imposer l’enregistrement numérique des parcelles continue de susciter des interrogations. Dans l’émission “Akari ku Mutima” diffusée sur Radio Igicaniro, Audace Havyarimana, Coordinateur exécutif du Forum pour le renforcement de la société civile, FORSC, a exprimé de sérieuses réserves sur une mesure qu’il juge précipitée, confuse et susceptible d’ouvrir la voie à des abus.
Pour Audace Havyarimana, la numérisation des titres fonciers n’est pas, en soi, une mauvaise chose. Au contraire, reconnaît-il, l’usage des outils modernes dans la gestion foncière peut constituer une avancée. Mais, selon lui, cette modernisation devrait se faire dans un cadre clair, rassurant et respectueux des droits déjà acquis par les citoyens.
Le Coordinateur exécutif du FORSC estime que la démarche actuelle soulève plus de questions qu’elle n’apporte de garanties. Il rappelle que le Burundi dispose depuis longtemps d’un Service des titres fonciers, opérationnel depuis plus de soixante ans. De nombreux citoyens détiennent déjà des titres fonciers délivrés par ce service. À cela s’ajoutent les certificats fonciers communaux, mis en place pour rapprocher l’administration des populations et réduire les coûts des démarches, surtout pour les citoyens les plus modestes.
Aux yeux d’Audace Havyarimana, ces mécanismes avaient une finalité claire : protéger les droits des propriétaires et permettre aux citoyens d’exploiter leurs terres sans crainte. C’est pourquoi il s’interroge sur la manière dont l’État entend aujourd’hui introduire ce nouveau document foncier numérique.
🔴Un délai jugé difficilement tenable
L’un des principaux points de préoccupation concerne le délai accordé aux détenteurs de titres fonciers pour déposer leurs documents. D’après Audace Havyarimana, les propriétaires ont été appelés à remettre leurs titres originaux au Service des titres fonciers avant le 30 avril 2026 afin d’obtenir le nouveau document.
Pour lui, un tel délai paraît trop court au regard du nombre de personnes concernées, de la dispersion géographique des propriétaires et de la diversité des situations foncières. Certains détenteurs de titres vivent loin des centres administratifs. D’autres se trouvent à l’étranger ou dans l’impossibilité d’accomplir rapidement les démarches exigées.
Il s’interroge également sur le sort réservé aux titres fonciers déposés en garantie auprès des banques. Dans ces cas, la procédure reste floue : les propriétaires devront-ils récupérer ces documents ? Les banques devront-elles les remettre directement à l’administration ? Ont-elles été associées à la décision ? Pour Audace Havyarimana, l’absence de réponses précises ne peut qu’alimenter l’inquiétude.
🔴Des références juridiques qui entretiennent le flou
Le Coordinateur exécutif du FORSC relève aussi ce qu’il considère comme une confusion dans les bases légales invoquées par les institutions impliquées. Il note que deux ministères se sont fondés sur certaines dispositions de la loi de finances pour prendre une ordonnance conjointe, tandis que le Service des titres fonciers s’est référé à d’autres articles pour annoncer les tarifs et les modalités du nouveau document.
Cette situation, estime-t-il, donne l’impression d’une réforme mal coordonnée. Dans un domaine aussi sensible que le foncier, fait-il observer, l’administration devrait parler d’une seule voix et s’appuyer sur des textes clairs. Or, l’intervention successive de plusieurs institutions — notamment le Service des titres fonciers, le Cadastre national et l’INSBU — semble plutôt renforcer le sentiment d’urgence et de confusion.
🔴La remise des originaux, une exigence qui inquiète
Autre sujet de préoccupation : l’obligation faite aux citoyens de déposer les titres fonciers originaux. Audace Havyarimana dit ne pas comprendre pourquoi l’administration réclame ces documents alors que le Service des titres fonciers devrait déjà disposer d’archives permettant d’identifier et de vérifier les propriétés concernées.
Selon lui, si l’objectif est simplement de moderniser et de numériser les titres, l’État pourrait s’appuyer sur les documents déjà conservés par ses propres services. La demande de remise des originaux risque, au contraire, de créer un climat de méfiance. Beaucoup de propriétaires pourraient craindre de ne jamais revoir leurs documents ou de voir leurs droits remis en cause.
Dans un pays où la terre reste une question sensible, souvent liée à l’héritage, aux conflits familiaux, aux déplacements de population et à la sécurité économique des ménages, une telle inquiétude ne devrait pas être prise à la légère.
🔴Crainte de régularisations douteuses
Audace Havyarimana redoute également que cette opération puisse être utilisée à d’autres fins que celles officiellement annoncées. Il évoque notamment le risque que certains acteurs profitent de la réforme pour faire reconnaître des droits acquis dans des conditions contestables.
Il met aussi en garde contre la possibilité d’un accaparement de terres appartenant à des Burundais ayant quitté le pays. À ses yeux, les formalités imposées aux propriétaires absents, notamment l’exigence d’une procuration notariée, pourraient devenir un obstacle supplémentaire pour ceux qui ne sont pas en mesure de se présenter physiquement ou de suivre les démarches depuis l’étranger.
Dans ce contexte, il craint que les plus vulnérables, les absents ou les citoyens mal informés soient les premiers exposés à des pertes de droits fonciers.
🔴Une réforme qui risque d’affaiblir la confiance
Pour le Coordinateur exécutif du FORSC, les annonces successives autour de cette réforme ont déjà produit un effet négatif : la peur. Des citoyens se demandent s’ils doivent remettre leurs titres. D’autres hésitent, redoutant que cette opération ne cache des intentions non avouées.
Audace Havyarimana estime que cette méfiance pourrait avoir des conséquences durables. Les citoyens pourraient se détourner des services publics chargés de la sécurisation foncière, notamment le Service des titres fonciers et les services fonciers communaux. Or, ces institutions sont censées jouer un rôle central dans la protection des droits fonciers.
Il met également en garde contre une possible coexistence de plusieurs documents fonciers payants. Si les anciens titres continuent d’être délivrés pendant que les nouveaux documents numériques sont également exigés, les citoyens risquent de ne plus savoir quel document fait foi, ni pourquoi ils devraient payer plusieurs fois pour sécuriser un même droit.
🔴Appel à la vigilance et à la concertation
Face à ces zones d’ombre, Audace Havyarimana appelle les Burundais à rester vigilants. Il les invite à ne pas agir dans la précipitation et à s’assurer que leurs droits sont protégés avant toute remise de documents.
À l’endroit du gouvernement, il plaide pour une approche plus transparente et plus participative. Selon lui, une réforme foncière de cette ampleur devrait être précédée d’explications claires, d’enquêtes sérieuses et de consultations avec les citoyens, les communes, les banques, les services fonciers communaux et les commissions collinaires de reconnaissance foncière.
Pour Audace Havyarimana, la modernisation de l’administration foncière ne peut réussir que si elle inspire confiance. Dans le cas contraire, prévient-il, une mesure présentée comme technique pourrait se transformer en source de tensions, de soupçons et de nouvelles contestations foncières.
#FocodeMagazine | Gordien Niyungeko
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#Burundi : Au Parlement européen, la société civile burundaise tire une fois de plus la sonnette d’alarme sur la situation au Burundi
#FocodeMagazine | Le 23 Avril 2026
Bruxelles, 23 avril 2026. La société civile burundaise ne veut pas laisser le Burundi sortir des radars européens. Ce jeudi 23 avril, Pierre-Claver Mbonimpa, président de l’APRODH, et Me Janvier Bigirimana, secrétaire général du FOCODE, ont mené une mission de plaidoyer au Parlement européen pour tirer la sonnette d’alarme sur la dégradation continue de la situation politique, sociale , sécuritaire et des droits humains au Burundi.
Face à l’eurodéputé autrichien Reinhold Lopatka, chef de la délégation autrichienne du PPE et membre de plusieurs instances clés du Parlement européen, les deux représentants ont livré un constat sans détour sur la situation au Burundi. Ils ont dénoncé un espace démocratique de plus en plus verrouillé, des violations répétées des droits humains visant opposants politiques et citoyens ordinaires, ainsi qu’un climat d’impunité absolue.
Les échanges ont aussi braqué les projecteurs sur le drame des réfugiés burundais, notamment en Tanzanie, où des milliers d’exilés voient leur horizon se refermer dangereusement. La délégation a dénoncé des rapatriements forcés qui, selon elle, renvoient ces réfugiés dans la gueule du lion qu’ils avaient fuie. Pour la société civile, il ne s’agit pas d’un simple dossier humanitaire, mais d’une tragédie qui se joue dans un silence pesant, alors même que les causes profondes de l’exil restent entières. Dans le même mouvement, les représentants ont alerté sur des tensions régionales à caractère ethnique, de plus en plus vives, et remis au centre des discussions l’Accord d’Arusha, ce texte fondateur de la paix "minimum" burundaise, aujourd’hui, selon eux, méthodiquement vidé de sa substance. Ils ont enfin dénoncé un recul démocratique qui ne cesse de se confirmer au fil des processus électoraux, sur fond d’érosion du pluralisme politique, de verrouillage de l’espace public et de marginalisation continue de l’opposition.
Au sortir de l’entretien, Reinhold Lopatka a demandé à continuer de recevoir des informations actualisées sur les nouveaux développements de la situation au Burundi. Selon les représentants burundais, l’eurodéputé a assuré qu’il garderait le dossier à l’œil et qu’il restait pleinement saisi de la question burundaise. Pour la délégation, cette disponibilité sonne comme un signal important, au moment où elle appelle l’Union européenne à ne pas laisser le Burundi replonger dans l’angle mort de ses priorités.
Cette rencontre n’est pas un épisode isolé. Elle s’inscrit dans une série d’initiatives menées ces dernières semaines par la société civile burundaise auprès des institutions européennes. Le 2 mars 2026, une démarche similaire avait déjà conduit par le secrétaire exécutif du FOCODE, et Pierre-Claver Mbonimpa, président de l’APRODH, auprès de l’eurodéputé Jan-Christoph Oetjen.
Là aussi, l’objectif était clair : alerter sur la dérive politique en cours au Burundi, la détérioration persistante des droits humains et les menaces d’instabilité qui pèsent sur la région. À Bruxelles, le mot d’ordre ne change pas : le Burundi ne doit ni disparaître des écrans diplomatiques, ni être relégué dans les angles morts de la vigilance internationale.
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🔴 Mu gihe amaso yose ari ku rupfu rutangaje rw'umushikiranganji Gabby Bugaga, amakamyo 23 yuzuye ibirwanisho yasohotse Camp Mukoni yerekeza i Kobero !
Aya makamyo yari yinjiye mu Burundi ku wagatanu uheze (10.4.2026). Yari yavuye ku kivuko ca Mombasa muri Kenya, aho yakiriye ibirwanisho vyinshi bigenewe Uburundi. Abasirikare ba Kenya baraziherekeje kugera ku rubibe rwa Tanzania. Abasoda ba Tanzania nabo bazoshikanye ku rubibe rw'Uburundi. Kuva i Kobero zaherekejwe n'abasoda b'Uburundi bazishikana mw'ikambi ya Mukoni.
Abashoferi bazo bari bazi ko baca babandanya i Bujumbura. Niho batangara, babwirwa ko botaha bakazogaruka ku wambere (13.4.2026). Ku wambere baraje ntaco babwiwe, ku wakabiri ho bari bihebuye batazi ivyo barimwo. Ejo ku mugoroba niho bamenyeshwa ko uno musi basubira mu rugendo. Niko kwerekeza iyo baje bava, ku mupaka wa Kobero.
🔴 Kuva muri kigarama 2025, hari urudandaza runyegeje rw'ibirwanisho
Nkuko amasoko yacu atandukanye abivuga, kuva muri kigarama 2025, aya makamyo yuzuye ibirwanisho yoba amaze kuza incuro zine. Hari izagiye aho i Kobero, hari izagiye ku Mutukura mu Cankuzo, hari zike zashitse i Bujumbura. Izo kamyo iyo zije mu Burundi, haraho habaho gupakurura nka konteneri zitanu gusa muri 50. Izindi zose zisubira inyuma.
Amasoko yacu i Mombasa agira ati :
"Hariho ibintu tumaze amezi tubona bitangaje. Hari ibirwanisho vy'Uburundi bipakururwa i Mombasa, hanyuma bikaja mu makamyo abijana mu Burundi. Ariko haciye imisi biragaruka bikajanwa kuri kivuko ca Tanga muri Tanzania. None vyoba bija hehe ? Biboneka ko harimwo uruyeri rwo kuvuga ngo ni ibirwanisho vy'Uburundi, kandi bakerekana koko ko vyagiye mu Burundi, ariko vy'ukuri bigenewe abandi bantu canke ikindi gihugu. Muraraba neza ivyarivyo".
Uri ruyeri rwoba rugamije iki ? Ibi birwanisho biriko bijanwa hehe ? Ivyashitse mu bubiko bwa Camp Base ku wa 31.3.2026 ubwo ntivyari bigamije kunyegeza ko hari ibirwanisho vyitirirwa Uburundi ariko bitigeze bishika mu bubiko ? Ubwo Camp Base ntiyaturiwe nkuko isoko ya biki yaturiwe ?
🔴 Si ubwambere Uburundi bugura ibirwanisho bidashika mu bubiko !
Icegera c'umukuru wa Olucome, Ernest Manirumva, yaragandaguwe n'iperereza muri 2009 ahowe ko yariko atohoza ku birwanisho vyaranguwe n'igipolisi c'Uburundi ariko bitigeze bishika mu bubiko bw'igipolisi. Raporo y'abahinga ba ONU bakurikirana ibibera muri RDC yasohotse muri 2010 yavuze urudandaza rwari hagati ya FDLR n'inzego z'umutekano z'Uburundi. FDLR yatanga ubutare bwo muri RDC, Uburundi bukayiha ibirwanisho. Iyo raporo yavuze ko Uburundi bwari bwagerageje kugura inkoho 40.000 muri Malaisie, inkoho zari zigenewe abapolisi badashika 20.000 !
Ico gihe haravuzwe ibirwanisho vyinshi vyaje ku kibuga c'indege ca Bujumbura bikakirwa n'abakozi bo mu biro vya Prezida Nkurunziza. Bimwe vyoba vyajanywe mu ba FDLR, ibindi bibikwa ku kirimba kwa Prezida Nkurunziza bikaza birahabwa Imbonerakure.
🔴 Twari twavuze amakuru y'ibi birwanisho mu kiganiro ca FOCODE co musi w'Imana uheze.
Muri Space FOCODE yatunganije ku musi w'Imana uheze, twaravuze amakuru y'ibi birwanisho vyinjiye ku wagatanu mw'ikambi ya Mukoni. Twari twavuze n'iki kibazo c'abashoferi batangaye babwiwe ko bazomenya iyo baja kuwambere.
Amakungu arakwiriye gukurikirana ivy'uru rudandaza rw'ibirwanisho runyegeje. Biriko bijanwa hehe, mu mugambi wo gukora iki ? Prezida Ndayishimiye, umushikiranganji Marie-Chantal Njimbere na Général Prime Niyongabo nibatange umuco w'ibi birwanisho.
Abatumvise ikiganiro mugisanga kuri Youtube ya FOCODE : https://t.co/OARFLBB1mJ
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JUSTICE
#Burundi | La mort de Belyse Kaneza à la prison de Mpimba révèle le scandale des acquittés et des détenus ayant déjà purgé leur peine, maintenus en prison
#FocodeMagazine | 09 avril 2026
Acquittée par la justice, mais jamais libérée, Kaneza Belyse a été tuée à la prison centrale de Mpimba par un obus survenu lors de l’incendie qui s’est déclaré, dans la soirée du 31 mars, dans les entrepôts d’armement du camp Base, une brigade logistique militaire située à Musaga, au sud de Bujumbura. Sa mort ne relève donc ni d’une fatalité abstraite ni d’un simple drame carcéral : elle met à nu une pratique insoutenable. Certaines personnes acquittées continuent d’être maintenues en détention, tandis que d’autres restent en prison après avoir déjà purgé l’intégralité de leur peine. Une dérive qui ne peut plus être tue.
Il est des morts qui accusent. Celle de Belyse Kaneza en fait partie.
Cette femme avait été acquittée. La justice ne devait donc plus la retenir. Pourtant, elle est restée enfermée à Mpimba. Et c’est là qu’elle a été mortellement atteinte par un obus survenu au cours de l’incendie qui s’est déclaré, dans la soirée du 31 mars, dans les entrepôts d’armement du camp Base, une brigade logistique militaire située à Musaga, au sud de la ville de Bujumbura. À partir de là, il n’est plus possible de parler de simple dysfonctionnement, de retard administratif ou de malheureux concours de circonstances. Ce qui apparaît est plus grave : une défaillance institutionnelle prolongée, dont l’issue a été mortelle.
Car enfin, que révèle une telle affaire ? Qu’au Burundi, un tribunal peut acquitter sans que la prison n’ouvre ses portes ? Qu’une décision de justice peut reconnaître l’innocence sans rendre la liberté ? Qu’une peine peut être purgée sans que l’enfermement prenne fin ? Si tel est le cas, alors il faut appeler les choses par leur nom : ce n’est plus seulement une faille judiciaire, c’est une atteinte grave à l’État de droit.
🔴Quand l’acquittement ne libère plus
L’affaire Belyse Kaneza n’est pas seulement tragique. Elle est juridiquement, moralement et politiquement explosive. Car elle renvoie à une réalité plus large : certaines personnes acquittées continuent d’être maintenues en détention, tandis que d’autres restent en prison après avoir déjà purgé l’intégralité de leur peine.
Autrement dit, il existerait dans les prisons burundaises des femmes et des hommes qui, en droit, devraient être libres, mais qui, dans les faits, demeurent captifs. Et c’est là que le scandale change de nature. Il ne s’agit plus seulement de constater les imperfections d’un système. Il s’agit de savoir si la privation de liberté reste encore encadrée par la loi, ou si elle dépend désormais de l’opacité, de l’inertie et de pratiques devenues ordinaires.
On invoquera, comme souvent, des procédures. On parlera d’appels. On mentionnera des dossiers en cours. Mais ces explications ne suffisent pas. En matière de liberté, les formules vagues ne valent pas titre. Une personne ne peut être maintenue en prison qu’en vertu d’une base légale claire, d’une décision explicite et d’un fondement identifiable. Tout le reste relève du flou. Et le flou, en matière de liberté, est déjà une faute.
🔴Une justice désavouée par l’enfermement
Le plus grave, dans cette affaire, réside peut-être dans ce décalage insoutenable entre la décision du juge et la réalité de la prison. D’un côté, un acquittement. De l’autre, le maintien en détention. D’un côté, une peine censée avoir pris fin. De l’autre, la prolongation de l’enfermement.
Ce décalage détruit la portée concrète du jugement. Il affaiblit l’autorité de la justice. Il installe une idée redoutable : au Burundi, être blanchi par un tribunal ne garantit pas nécessairement de retrouver sa liberté.
Et c’est précisément ce qui rend la mort de Belyse Kaneza si lourde de sens. Car elle n’est pas morte seulement en prison. Elle a été tuée en prison alors qu’elle n’aurait peut-être plus dû s’y trouver. Ce seul fait suffit à transformer un drame en réquisitoire.
🔴Ce que cette tragédie devrait imposer
Madame la Procureure générale de la République, Madame Rose Nkorerimana, il faut désormais répondre aux questions que trop de silence a laissées sans réponse.
⁉️Combien de détenus acquittés sont encore derrière les barreaux ?
⁉️Combien de personnes ayant déjà purgé l’intégralité de leur peine restent enfermées ?
⁉️Qui décide de ces détentions prolongées ?
⁉️ Sur base de quels textes légaux ?
⁉️Sous quel contrôle ?
⁉️Pour quelle durée ?
⁉️Et surtout : au nom de quelle loi maintient-on en prison une personne acquittée par un tribunal ?
⁉️Au nom de quelle loi garde-t-on enfermée une personne ayant déjà purgé l’intégralité de sa peine ?
⁉️Quelle cette autorité peut se permettre de prolonger, ne fût-ce que d’un seul jour, une détention qui aurait dû prendre fin ?
Ces questions ne sont ni excessives ni polémiques. Elles sont le minimum qu’exige un État de droit. Car la liberté ne se suspend ni par habitude, ni par lenteur, ni par commodité administrative. Elle ne peut être retirée ou prolongée qu’en vertu de la loi, et de la loi seule.
À défaut de réponses claires à ces questions, il faut regarder la réalité en face : lorsqu’un acquitté reste en prison, la justice se contredit. Lorsqu’une personne demeure enfermée après avoir purgé sa peine, l’État excède son pouvoir. Et lorsqu’une personne est tuée dans cet espace d’irrégularité, ce n’est plus seulement un dysfonctionnement. C’est un scandale public.
🔴Un nom devenu symbole
Le nom de Belyse Kaneza dépasse désormais le seul cadre d’un destin individuel. Il devient le symbole d’une question que le pouvoir judiciaire et l’administration pénitentiaire ne pourront pas indéfiniment contourner. Derrière ce nom, il y a une réalité intolérable : celle d’une femme acquittée, non libérée, puis tuée en détention par un obus tombé sur la prison lors d’un incendie survenu dans des entrepôts d’armement militaires.
Une société peut survivre à bien des crises. Mais elle s’abîme lorsqu’elle accepte que la prison puisse être plus forte que le jugement. Lorsqu’elle admet qu’un acquittement ne suffise plus. Lorsqu’elle tolère que la fin d’une peine n’ouvre pas la porte d’une cellule.
Cette affaire aurait dû provoquer un électrochoc depuis la plus haute autorité de l'Etat. Elle devrait, au minimum, imposer une rupture nette : recenser toutes les personnes acquittées encore détenues, identifier toutes celles qui restent en prison après avoir purgé leur peine, exiger des explications publiques sur les bases légales invoquées et, lorsqu’aucun fondement sérieux n’existe, ordonner leur libération sans délai.
🔴La question qui demeure
La mort de Belyse Kaneza ne peut pas être classée parmi les fatalités carcérales. Elle oblige à nommer ce que trop d’habitudes ont fini par recouvrir. Elle laisse surtout une question que nul responsable ne devrait pouvoir esquiver : au nom de quelle loi burundaise voire internationale maintient-on en prison une personne acquittée ou une personne ayant déjà purgé l’intégralité de sa peine ?
Tant qu’aucune réponse claire ne sera donnée, cette mort continuera de peser. Comme un reproche. Comme une preuve. Comme une accusation.
Car lorsqu’un acquittement ne libère plus, c’est la justice burundaise elle-même qui achève de perdre le peu de légitimité qui lui restait. #Burundi #Barekure #Impahazwa #LesPersécutés
#FocodeMagazine | La Rédaction
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