Avez-vous entendu parler de ce roman ? C’est le « phénomène de la rentrée littéraire ». Il est lauréat du Prix Fnac, du Prix Méduse, du Prix Première Plume, fortement pressenti pour le Prix Renaudot, et il est en lice pour les prix Goncourt, Femina, Médicis et Décembre. Ah oui, il est aussi en cours de traduction dans 20 langues.
Eh bien selon Pangram, ce roman est rédigé presque intégralement par une Intelligence Artificielle. Nous avons testé plusieurs passages, à divers endroits du manuscrit, pour presque toujours le même résultat : 100% IA (cf les deux premiers chapitre dans le tweet ci-dessous).
Rappelons que Pangram est de loin le détecteur d’IA le plus fiable : son taux de faux positifs est de 0,0041%, soit environ un texte humain sur 24 400. Sur 996 273 textes antérieurs à 2022, Pangram en classe uniquement 14 (0,0014%) comme étant partiellement écrits par l’IA.
La probabilité que vingt passages d’un même livre (et il y a bien plus de 20 signalements dans le roman) soient identifiés à tort par Pangram comme étant produits par une IA s’élève donc à 0,0041% puissance 20, soit 0,1802 × 10⁻⁸⁵ %, c’est à-dire 0 suivi de 85 zéros après la virgule.
N’aurait-il pas été plus honnête que l’auteur crédite son co-auteur ?
🔎 Terence Tao, médaille Fields 2006, est l’un des plus grands mathématiciens vivants. Il tire la sonnette d’alarme.
Le contexte. OpenAI vient d’annoncer avoir « résolu » Navier-Stokes, un des sept problèmes du millénaire, avec un essaim de 10 000 agents IA. Sans preuve publiée, et alors que deux mathématiciens y travaillaient depuis des mois et se demandent ce que la machine a lu de leur travail.
Tao ne conteste pas la performance. Il pose la question que personne ne pose. Quand une machine résout tout ce qu’on lui donne, on ne sait plus quelles questions valent la peine d’être posées.
Et si dire sur quoi on travaille suffit à se faire doubler, les chercheurs vont se taire.
Ce n’est pas un technophobe qui parle. C’est le meilleur d’entre eux.
Son post : https://t.co/tzy1lrtMOt
Salukes
#science #physique #profbucella #lasciencepeuttout
Incroyable vidéo du décollage d'Artemis II filmée avec une caméra à haute cadence par @NatGeo, et ralentie ici 66x par rapport à la vitesse réelle.
Pour vous donner un ordre de grandeur, les gaz sortent à environ 2,4 km/s des boosters.
Le jugement que l'on porte sur un auteur doit-il influencer celui que l'on porte sur son œuvre ? L'art peut-il s'extraire de toute considération morale ? Peut-on séparer l'œuvre de l'auteur ? Nouvel épisode des idées larges avec la sociologue G. Sapiro https://t.co/eoudWd1Cvg
Né trop tard pour voir la construction des pyramides. Né trop tôt pour explorer la galaxie. Né juste à temps pour voir des neurones cultivés dans du pétri jouer à un jeu vidéo 👀
"Il ne s’agit plus alors de faire disparaître l’homme, mais de l’amener à composition, de l’amener à s’aligner sur la technique, à ne plus même éprouver les sentiments et les réactions qui lui seraient personnels."
Jacques Ellul, La Technique ou l'Enjeu du siècle
1ʳᵉ blessure narcissique : perte de la centralité cosmique (Copernic).
2ᵉ blessure narcissique : perte de l’exception biologique (Darwin).
3ᵉ blessure narcissique : perte de la souveraineté psychique (Freud).
4ᵉ blessure narcissique : perte de l’exclusivité cognitive (IA).
Après avoir été décentré dans l’univers, naturalisé dans le vivant et divisé intérieurement, l’homme découvre que sa cognition elle-même n’est plus son privilège exclusif.
Dans mon livre Pourquoi les intellectuels se trompent :
Selon certains anthropologues et psychologues évolutifs, les croyances servent avant tout à souder un groupe, et plus elles sont absurdes, plus elles soudent efficacement. Pourquoi ?
Commençons par rappeler que l’être humain se distingue de la plupart des animaux par sa capacité à coopérer avec d’autres membres de son espèce. Plus qu’une capacité, la coopération a longtemps été une condition de la survie. Aujourd’hui encore, nous composons sans cesse des équipes pour coopérer autour d’objectifs communs : partis politiques, syndicats, équipes de sport, entreprises… Or, le plus grand défi lié à la coopération est celui du tricheur, du passager clandestin. Sous certaines conditions, un individu peut cesser de supporter le coût de la coopération (par exemple, il peut éviter de prendre des risques au combat) tout en continuant à bénéficier de ses fruits (la protection conférée par la victoire militaire de sa tribu). Si trop d’individus le peuvent, la coopération devient impossible (l’armée ne se bat plus) et tout le monde perd. C’est pourquoi l’évolution nous a dotés d’une propension à valoriser les signes indiquant qu’une personne fait partie de notre coalition, et à nous méfier des individus qui ne semblent pas attachés aux objectifs que s’est fixés la communauté. Corollaire : nous avons tendance à vouloir signaler notre attachement à ces objectifs. Or, partager et exprimer les croyances du groupe est un bon moyen d’afficher notre loyauté, notre foi dans le bien-fondé des missions qu’il s’assigne, de nous positionner en bon coopérateur. Comme l’écrit Peggy Sastre, « vous pouvez croire et affirmer que la lutte des classes est la structure fondamentale des sociétés humaines parce que vous avez potassé votre Petit Marx illustré depuis la maternelle, mais aussi parce que cela équivaut à un clin d’œil en direction de vos copains communistes pour qu’ils vous viennent en aide en cas de coup dur ».
Les croyances communes servent donc souvent à souder un groupe ; leur contenu est secondaire. Une idée (il faut augmenter les impôts) soude un groupe, l’idée opposée (il faut baisser les impôts) en soude un autre. C’est pourquoi, comme l’écrit Steven Pinker, celui qui professe sa foi dans la théorie de l’évolution n’exprime pas toujours une opinion scientifique ; souvent, il exprime « son allégeance à une sous-culture séculaire et libérale, par opposition à une sous-culture religieuse et conservatrice ».
Mais alors, pourquoi l’adhésion à des idées fausses permet-elle de démontrer efficacement sa loyauté envers son groupe ? Parce qu’elle envoie un signal : je suis plus fidèle au groupe qu’à la réalité. Signal que n’envoie pas l’adhésion à des idées valides. Kevin Simler et Robin Hanson, spécialistes de psychologie et d’économie comportementale, l’expriment ainsi :
« Nous ne considérons pas qu’un employé soit loyal à son entreprise s’il y reste uniquement car elle lui verse un salaire deux fois supérieur à celui qu’il pourrait toucher ailleurs ; cela relève simplement du calcul d’intérêt. De même, on ne dit pas d’un homme qu’il est loyal s’il reste avec sa conjointe faute d’opportunités avec d’autres femmes. Ces attaches ne se transforment en loyauté que lorsqu’une personne reste engagée malgré la tentation de faire défection. De la même manière, croire à la vérité n’est pas gage de loyauté, car nous avons toutes les raisons de le faire. La loyauté n’est démontrée que lorsque nous croyons en une chose à laquelle nous ne croirions pas si nous n’étions pas loyaux. »
De ce point de vue, ce sont les croyances irrationnelles qui soudent le mieux les groupes : moins elles sont plausibles, plus chacun est tenté d’y renoncer, et plus ceux qui n’y renoncent pas prouvent qu’ils placent la fidélité au groupe avant toute chose. Les religions, parce qu’elles remplissent ces conditions, pourraient répondre à notre besoin de composer et d’appartenir à des coalitions. En signalant notre dévotion à un Dieu qui n’existe peut-être pas, nous entrons dans un cercle de solidarité, signalons que nous sommes prêts à sacrifier une dose de rationalité pour notre communauté. Encore aujourd’hui, les individus religieux ont en moyenne davantage de relations sociales et d’enfants, vivent plus longtemps, gagnent plus d’argent, souffrent moins de dépression, et se déclarent plus heureux que les athées.
Au-delà de la religion, nous avons besoin de croyances irrationnelles pour servir de liant entre les membres d’une même « coalition » ; c’est pourquoi il est si difficile pour différentes communautés idéologiques de tomber d’accord, y compris sur des questions empiriques : parfois, c’est précisément la résistance à l’évidence qui soude et unit ce camp. (Selon l'anthropologue Pascal Boyer, nous avons un faible pour les croyances qui comportent une charge morale forte, qui contiennent un jugement moral négatif sur l’exogroupe, car ce sont celles qui permettent le plus efficacement de former une coalition et de convaincre les autres qu’ils ont le devoir moral de la rejoindre.)
Mieux : plus une croyance est coûteuse pour l’individu, plus elle implique pour lui des sacrifices, et plus il indique qu’il place la collectivité avant son bien-être personnel, qu’il sera un bon coopérateur et non un passager clandestin. En effet, il est facile d’affirmer que l’on partage les idées des autres, mais il est plus probant de consentir à des sacrifices par dévotion à celles-ci. C’est sans doute pour cela que les communautés religieuses exigent interdits alimentaires, prières régulières, pèlerinages…
Élever les barrières à l’entrée et le prix de l’appartenance au groupe, c’est s’assurer que seuls les plus dévoués en deviennent et en restent membres. Dans les communautés où l’idéologie a pris le rôle de la religion, il est possible que certaines idées et pratiques sacrificielles, ayant pour unique fonction d’indiquer que son propre bien-être est secondaire, s’imposent aisément. Par exemple, le phénomène des changements de sexe chez les adolescents pourrait être lu sous ce prisme. Transformer son corps, prendre des hormones, subir une opération chirurgicale irréversible, c’est montrer que l’on est prêt à aller loin par fidélité aux codes du groupe.
(Ajoutons que tout cela vaut aussi pour les goûts esthétiques. Se rallier à un jugement artistique contre-intuitif (par exemple, apprécier une toile vide, ou l’urinoir renversé de Marcel Duchamp) permet d’envoyer un message : je choisis le groupe, ses codes, ses jugements collectifs, plutôt que mes intuitions esthétiques les plus élémentaires. Aller jusqu’à exposer chez soi une œuvre dépourvue de valeur esthétique montre que l’on consent à des sacrifices par fidélité à son identité culturelle. Au-delà de l’art contemporain, certaines tendances culturelles remportent peut-être un succès chez certains segments de la population non pas en dépit de leur inélégance, mais en vertu de celle-ci : le beau, parce qu’il est unanimement apprécié, ne permet pas de se distinguer, n’offre pas le plaisir de pouvoir réaffirmer sa loyauté et son appartenance à un groupe.)
Beaucoup de gens travaillent pour maintenir un modèle de société qu’ils n’aiment pas beaucoup. Comment faire autrement ? Pour conclure, ce bel extrait d’Hannah Arendt qui voyait se profiler une société composée d’individus qui ne savent pas quoi faire leur temps libre 👇
C’est quand même assez particulier d’insister sur la fin de vie dans des voeux présidentiels je trouve, alors qu’ils relèvent traditionnellement d’un registre performatif positif : ils visent à projeter la communauté politique vers l’avenir en mobilisant des signifiants de continuité, de vitalité, de protection et d’espérance. Crépusculaire.
📅 Les rendez-vous de 2026
Cette année, Sophie Adenot rejoindra l'équipage de l'ISS, à 400 kilomètres au-dessus de la Terre, où son collègue belge Raphaël Liégeois lui succèdera à la fin de sa mission de six mois.
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