MD Ophtalmo 👁️ | Ex-EdTech ('22-'26) | Technoptimist building things w/ AI 🤖 | Trading all caps small to huge
Europe 🇪🇺 · Infra IA
J'écris pour bousculer.
J'ai toujours été un fervant défenseur du stock picking.
Mais la période actuelle a renforcé ma conviction comme j'amais auparavant.
Comme beaucoup sur X, j'ai vu mon portefeuille exploser en m'exposant intelligemment sur des valeurs de la supply chain semi-conducteurs et serveurs IA.
Alors oui, mon portefeuille a une volatilité extrême. Durant ma pire journée, j'ai déjà perdu 30k en 24h. Tu lis ça et tu te dis "c'est de la folie". Peut-être. Mais regarde la contrepartie.
+207% sur l'année.
Faites le calcul : ça représente 16,6 ans d'un ETF World rémunéré à 7% par an. Compressé en 12 mois.
Évidemment, toutes les années ne sont pas comme celle-ci. En 7 ans sur les marchés, c'est de très loin ma meilleure année. Et ce sera probablement la meilleure de toute ma vie d'investisseur parce que l'IA offre des opportunités générationnelles.
Mais justement : c'est ça le stock picking. Quand une année exceptionnelle arrive et que tu es positionné correctement, tu captures une performance qui change la trajectoire de ton patrimoine.
Et sans aller chercher du 200% : en faisant un vrai travail d'analyse, on peut viser des rendements déjà très agressifs qu'un ETF ne te donnera jamais.
"Oui mais la fameuse étude montre que la plupart des investisseurs n'arrivent pas à battre le marché."
Je la connais, je l'ai lu. Tout le monde la cite mais personne ne la nuance.
Cette étude, c'est le SPIVA Scorecard de S&P Global. Elle montre que sur 15 ans, environ 90% des gérants de fonds ne battent pas leur indice de référence.
Néamoins, elle mesure la performance des fonds professionnels plombés par 1 à 2% de frais de gestion annuels, contraints par des règles de compliance, obligés de diversifier même quand ils n'y croient pas. Et on l'applique par raccourci à l'investisseur particulier comme si c'était la même chose.
Ça ne l'est pas.
Parce que la réalité c'est que cette statistique agrège tout le monde : le mec qui achète au pif sur un conseil sur boursorama ou X, le trader à levier x20 qui se fait liquider en 3 jours, et le gérant de fonds contraint par 150 règles de compliance.
On met tout ça dans le même sac et on dit "le marché est imbattable". C'est intellectuellement malhonnête.
Pourtant, je suis convaincu qu'en tant qu'investisseur particulier on a un edge que les fonds n'ont pas.
→ L'agilité : On peut sortir et entrer d'une position en une seule journée, on peut être extrêmement concentré et s'exposer à 20-30-40% sur une seule valeur de conviction. Un gérant de fonds qui met 10% sur un seul titre, son comité de risque le convoque le lendemain matin.
→ L'accès aux small caps : Acheter des valorisation de toutes les tailles, avant d'avoir un portefeuille qui soit trop gros pour s'exposer lourdement à des smalls caps de 100M il faut à minima peser plus de 1 million ce qui n'est pas le cas de la plupart des investisseurs particuliers.
→ Aucune contrainte de périmètre : un fond avec 10 milliard sous gestion ignorera une capi de 100 millions. Pourquoi ? Parce que même s'il rachetait la boîte entière, elle ne représenterait que 1% de son exposition. Ça ne vaut même pas le temps de l'analyser pour eux. Pour nous ? C'est un terrain de chasse à 0 compétition institutionnelle.
Maintenant soyons honnêtes. La faiblesse du particulier elle est réelle aussi.
On est seul fasse à nos biais cognitifs et notre émotionalité. Là où les fonds ont une armée d'analystes CFA, des terminaux Bloomberg à 25k$/an, des accès directs au management. Et surtout : la plupart des particuliers ne sont pas assez formés pour faire un travail d'analyse suffisamment poussé.
Résultat ? L'investisseur particulier moyen fait exactement l'inverse de ce qu'il faudrait. Il suit la tendance, achète systématiquement trop tard en bout de FOMO, sert de liquidité de sortie pour les fonds qui concrétisent leurs gains.
Ou pire : il achète des couteaux qui tombent en pensant être plus malin que le marché, sans avoir fait la moindre analyse fondamentale pour distinguer un rebond technique d'une destruction de valeur.
Parce que la réalité derrière ces statistiques c'est que faire de l'analyse technique, fondamentale, analyser les ratios financiers, comprendre les business des boîtes, comparer différentes sociétés d'un même secteur, c'est extrêmement chronophage.
Enfin... c'était extrêmement chronophage.
Vous voyez où je veux en venir?
Oui, c'est l'IA.
Depuis un an, tout a changé. Et je pèse mes mots.
Avec l'IA en utilisant les bons prompts, en utilisant les bons outils et en lançant les bonnes recherches approfondies, en lisant, en prenant le temps nécessaire on peut réussir à faire seul ce qu'une armée d'analyste faisait auparavant.
Évidemment, ça ne reste pas simple pour autant. Les LLMs sont le miroir de ce que vous leur fournissez en entrée. Garbage in, garbage out. L'IA ne remplace pas le jugement, elle amplifie la compétence de celui qui l'utilise. Si tu ne comprends pas ce que tu lis, l'IA ne va pas comprendre pour toi.
Mais pour ceux qui ont la curiosité, la rigueur et surtout un domaine d'expertise ? C'est un multiplicateur de force absolument délirant.
Les investisseurs institutionnels, avec leurs process rigides, leurs comités de validation, leurs contraintes réglementaires se retrouvent presque désavantagés face à un particulier agile qui maîtrise l'IA. Surtout si ce particulier a un domaine d'expertise qui lui confère un avantage supplémentaire pour comprendre le business des sociétés qu'il analyse.
D'où le fait que des personnes comme @aleabitoreddit fasse d'aussi bon call actuellement. De ce que j'ai compris, c'est un chercheur en IA. Pas un financier de formation. Mais sa compréhension profonde de la technologie lui donne un edge massif pour identifier les inflexions avant le marché.
De mon côté, je suis un jeune médecin qui a bossé dans l'EdTech, ce qui m'a permis de me forger une expertise dans l'IA. J'épluche la littérature scientifique médicale et IA. Je m'intéresse à tout : modèles locaux, architectures, benchmarks, hardware.
Cette double casquette santé × tech, c'est mon edge à moi. Et l'IA me permet de transformer cette curiosité en analyses actionnables.
La question c'est : est-ce que vous allez continuer à DCA aveuglément sur un ETF World en vous disant "on ne peut pas battre le marché" ?
Ou est-ce que vous allez prendre le temps d'apprendre, de vous armer, et de jouer la partie avec les bons outils ?
Le choix vous appartient.
2CRSi affirme sur son site web qu'une usine est « en préparation » à Chennai, en Inde. Le fameux site CH4.
J'ai voulu vérifier. Pas avec un communiqué de presse ni avec un avis d'analyste. Mais vec une vraie investigation OSINT :
- Registres d'entreprises indiens
- Imagerie satellite
- Analyse forensique du rapport financier, géolocalisation des partenaires industriels
- Veille recrutement.
Voici ce que j'ai trouvé. 🕵️
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Le registre du MCA (Ministry of Corporate Affairs) l'équivalent indien du RCS ne contient aucune entité « 2CRSi India Private Limited ». Aucune. J'ai cherché toutes les variantes. 2CRSi, CRSI, Two CRSi. Rien.
Le rapport financier semestriel au 31/12/2025 (73 pages) est encore plus parlant. J'ai extrait l'intégralité du texte et passé le document au peigne fin. Résultat :
- « Chennai » : 0 occurrence
- « CH4 » : 0 occurrence
- « Inde » (le pays) : 0 occurrence
Le mot Inde n'apparaît littéralement nulle part dans le dernier rapport financier officiel de la société.
En revanche, la liste exhaustive des 11 entités consolidées est parfaitement lisible : France, USA, UK (×3), EAU, Singapour, Belgique, Canada. L'Inde n'est pas dans cette liste. Et les immobilisations corporelles n'ont augmenté que de 606 k€ sur le semestre. Soit un niveau de maintenance courante. Incompatible avec un investissement greenfield à plusieurs millions d'euros pour une usine en construction.
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Alors qu'est-ce qui se passe réellement en Inde ?
Deux choses. L'une est morte. L'autre est vivante.
Le partenariat L&T (septembre 2023) est mort. : 2CRSi avait annoncé un accord avec Larsen & Toubro pour déployer 1 200 Edge Datacenters en Inde pour un opérateur télécom. Le projet utilisait l'Atlantis et le VRuna. Deux ans et demi plus tard : aucun communiqué de suivi. Aucune mention dans les rapports financiers. Et L&T a entre-temps rebrandé sa division data center en « Vyoma » et adopte un modèle end-to-end in-house. Ce partenariat n'existe plus.
Le partenariat Valeo (novembre 2025) est en cours. :Annoncé formellement en février 2026 à l'AI Impact Summit de New Delhi, il vise la production d'Edge Datacenters autonomes, outdoor, refroidis par immersion, conçus pour fonctionner au-delà de 50°C sans eau ni maintenance. Le SOP est annoncé pour novembre 2026. Mais cette production utilise **les usines Valeo existantes à Pune et Chennai. Pas une usine 2CRSi.
J'ai géolocalisé le site : Valeo Thermal Systems est installé au bâtiment B300 A, Plot 124-A, dans le parc IndoSpace Vallam II (12°54'46.2"N, 79°55'06.3"E). Yn complexe de 50 acres achevé et opérationnel depuis mars 2025. Les infrastructures existent mais il n'y a :
- Pas de chantier en cours.
- Pas de construction greenfield.
La ligne de production dépend uniquement de l'installation des équipements Valeo et de la certification BIS.
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Alors CH4, c'est quoi ?
En l'état des preuves, c'est un projet aspirationnel. Une intention affichée sur un site web à des fins de positionnement commercial et investisseur. Pas un projet industriel en cours d'exécution.
Aucun des prérequis minimaux n'est réuni :
- ❌ Pas de filiale indienne enregistrée
- ❌ Pas d'embauche locale (0 offre sur LinkedIn, Naukri, Indeed India)
- ❌ Pas de MoU avec le Tamil Nadu
- ❌ Pas de CAPEX identifiable dans les comptes
- ❌ Pas de mention dans le rapport financier
La citation d'Alain Wilmouth lors du communiqué Valeo est d'ailleurs révélatrice. Il parle de l'Inde comme d'un « marché stratégique » et positionne 2CRSi comme concepteur d'architecture. Pas comme fabricant local. Le mot « manufacturing » est absent de sa citation. Le rôle de Valeo est explicitement celui du bras industriel.
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Ce que ça implique pour la thèse.
Ça ne la remet pas en cause. C'est même plutôt sain.
2CRSi n'a pas la surface financière pour un investissement greenfield de 15 à 30 M€ en Inde. Le modèle asset-light via Valeo est cohérent avec la réalité du bilan. C'est de la discipline capitalistique et ça explique aussi pourquoi aucune AK n'est attendue.
Le marché indien Edge DC est réel et en forte croissance :
La capacité edge en Inde va tripler de 60-70 MW à 200-210 MW d'ici 2027 selon l'agence de notation ICRA.
Les drivers sont la 5G, l'IoT et la GenAI.
Le partenariat Valeo est le véhicule le plus rationnel pour y accéder sans brûler du cash dans du béton.
Mon scénario central :
- 2CRSi ne construit pas d'usine propre en Inde avant 2028 (probabilité 70%)
- Le SOP Valeo arrive avec 1 à 3 mois de retard (décembre 2026 à février 2027)
- Contribution CA première année : probablement autours de 5 à 15 M€
- Le site CH4 reste « upcoming » sur le site web puis est discrètement retiré.
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Est-ce que ça change quoi que ce soit à ma conviction sur 2CRSi ? Non. La thèse repose à court terme sur AETHER, sur CADA, sur la supply chain souveraine EU et sur les mega contrats internationaux. Pas sur une usine fantôme en Inde.
Mais c'est exactement ce genre de vérification qui fait la différence entre investir sur une thèse solide et investir sur du storytelling. On vérifie tout et on ne prend rien pour argent comptant. Même quand c'est une société qu'on soutient.
Je continue de m'efforcer de contribuer à ce que le retail soit correctement informé 👀
J'ai pas mal de ce type d'analyse qui traine sur mon PC, je pense que ça peut avoir de la valeur a être partagé mais ça prend du temps de mettre ça en forme sous la forme d'un post X.
@FrugalisteFutee En même tant quand on voit que tous les acteurs côtés historiques mineurs de cryptos aux US pivotent vers l'infra IA, pas étonnant.
Ils vendent probablement massivement leurs réserves de BTCs
L'IA est en train de créer un appel d'air sur les cryptos.
Valeo qui fait +18% en une séance hier et fait 60% en 1 mois de manière parobolique sur le "pivot IA" . C'est marrant.
Le partenariat avec 2CRSi sur le refroidissement par immersion pour data centers, c'est novembre 2025. Le déploiement en Inde, c'est février 2026.
Ça fait six mois que c'est public. Mais il a fallu que JP Morgan et Jefferies publient une note pour que le marché "découvre" que Valeo sait refroidir autre chose qu'un moteur thermique.
Valeo est partenaire de 2CRSi pour le refroidissement par immersion, et de ZutaCore pour le direct-to-chip. Dans les deux cas, c'est un fournisseur de briques thermiques. Pourtant jusqu'ici pour 2CRSi, c'est la gamme Godì (serveurs air-cooled) qui porte aujourd'hui le gros du CA, mais le liquid cooling à plus forte marge, est justement un segment à fort potentiel.
La Commission européenne vient de présenter le Chips Act 2.0. C'est le texte de politique industrielle le plus ambitieux que l'Europe ait produit depuis le marché unique. Et il confirme, noir sur blanc, le changement de doctrine que Macron a annoncé Lundi à Versailles.
Comme promis, voici ce qu'il contient et pourquoi ça change la donne. Le post est long mais je vous résume un document de pratiquement 200 pages donc forcément ça ne se fait pas en 10 lignes.
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Le chips act 2.0 commence par poser le contexte :
- L'Union européenne produit moins de 10% des semi-conducteurs mondiaux.
- Le marché passe de 700 milliards de dollars en 2025 à 1 600 milliards en 2030.
- Trois hyperscalers américains contrôlent plus de 70% du cloud européen.
- La part des fournisseurs européens dans leur propre marché cloud stagne à 15% depuis 2022.
- l'UE dépense 264 milliards d'euros par an en logiciels et services IT propriétaires américains.
On y rappelle que le Chips Act 1.0, adopté en 2023, avait mobilisé 80 milliards d'euros d'investissements publics et privés.
Ce premier texte a montré ses faiblesse, le problème était que c'était un texte exclusivement supply-side.
On finance des usines.
On construit des fabs.
Mais sans clients garantis, sans mécanisme de commandes, sans préférence pour les produits européens il n'y a pas de client en aval et cela aboutit juste à une surcapacité, pas à la création d'une supply chain souveraine...
Le Chips Act 2.0 corrige le tir. Et la correction est radicale.
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Le pivot "demand-side". est donc le coeur du texte :
Le raisonnement est simple : On peut construire toutes les usines de puces qu'on veut sur le sol européen.
Si les clients industriels continuent d'acheter leurs composants à TSMC, Samsung ou aux fonderies chinoises, ces usines tourneront à vide. Le texte le dit explicitement.
"Demand-side weaknesses further undermine resilience. Fragmented markets, low volumes in key sectors, and limited procurement coordination reduce the commercial viability of European production."
Pour régler ça, le Chips Act 2.0 crée cinq mécanismes. Et c'est là que ça devient intéressant.
1️⃣ Le "Demand Forum."
C'est une plateforme officielle de mise en relation entre les fabricants de puces européens et les grands clients industriels : automobile, cloud, défense, énergie. L'objectif est de signer des contrats d'achat anticipé - des offtake agreements - avant même que les lignes de production ne tournent. En clair : au lieu de construire une usine et de prier pour trouver des clients, on verrouille les commandes d'abord. C'est exactement la logique qui a permis à Airbus de se construire face à Boeing. On ne lance pas un A320 sans carnet de commandes. Là, c'est pareil pour les puces.
2️⃣ Les "Demand Accelerators."
Des incitations financières pour que les industriels européens achètent des puces conçues ou fabriquées en Europe plutôt qu'importées d'Asie. Le texte va plus loin : il prévoit du co-design entre fabs et clients dès le début du cycle, bien avant la production de masse. Ça veut dire que le client participe à la conception du produit. C'est un changement fondamental. On passe d'une logique de catalogue - tu prends ce qu'il y a - à une logique de partenariat industriel sur mesure.
3️⃣ Les "Grand Challenges."
C'est le mécanisme qui me plaît le plus. L'UE finance des défis technologiques pour créer de la demande là où elle n'existe pas encore. Concrètement : l'Europe lance un appel à projet du type "concevez un processeur AI souverain pour les datacenters européens" et finance le développement. Ça génère de la demande structurelle avant même que les produits n'atteignent le marché. C'est exactement ce que font les Etats-Unis avec la DARPA depuis 60 ans. L'Europe n'avait jamais eu d'équivalent pour les semi-conducteurs. Maintenant c'est écrit dans la loi.
4️⃣ Le "Public Innovation Procurement."
Les administrations publiques européennes devront privilégier les technologies semi-conducteurs développées sur le sol européen. Le texte est explicite : "creating a clear and structured pathway to purchasing semiconductor technologies developed in the Union." Là encore, ce n'est pas du jamais vu dans le monde. Les Etats-Unis font exactement ça avec le Buy American Act depuis 1933. La Chine fait pareil. L'Europe était le seul bloc majeur à ne pas avoir de mécanisme de préférence pour ses propres technologies. C'est en train de changer.
5️⃣ La "Supply Chain Declaration" (PM10).
C'est la bombe discrète de la version finale, celle que personne n'a vue passer. Dans les marchés publics des secteurs critiques - défense, santé, télécom, énergie - les acheteurs publics peuvent désormais exiger une déclaration de provenance des semiconducteurs et utiliser le quota de fournisseurs domestiques comme critère d'attribution du marché. Ce n'est pas un Buy European Act formel. C'est un mécanisme facultatif. Mais c'est la première fois qu'un texte européen autorise officiellement l'origine des puces comme critère de sélection dans les marchés publics. Combiné aux niveaux de souveraineté cloud du CADA, ça crée un pipeline de commandes captives pour les composants conçus ou fabriqués en Europe.
Ce qu'il faut comprendre avec ces cinq mécanismes pris ensemble : pour la première fois, l'Europe ne se contente pas de financer l'offre. Elle organise la demande. Elle crée le client avant de créer l'usine. C'est un changement de paradigme complet par rapport au Chips Act 1.0 qui se résumait à "voici des subventions, construisez des fabs". Le problème du 1.0, c'est qu'on pouvait construire les plus belles usines du monde, si personne n'achète les puces qui en sortent, elles ferment. Le 2.0 ferme cette boucle.
C'est la traduction réglementaire exacte de ce que Macron appelle la "préférence européenne". Sauf que là, c'est un règlement de la Commission avec force de loi pour les 27 Etats membres.
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Mais le pivot demand-side n'est qu'une partie du texte. L'autre partie, c'est ce que l'Europe prévoit de construire.
Et là, on entre dans du territoire inédit !
Le Chips Act 2.0 annonce la création d'une fonderie européenne sub-3 nanomètres. Open access. N'importe quel designer de puces européen pourra y faire fabriquer ses processeurs. Combinaison de fabrication avancée, d'intégration chiplets et de packaging 3D. Production pilote envisagée entre 2030 et 2033.
Coût estimé : 30 milliards d'euros, dont 15 milliards de fonds publics européens et nationaux.
Il faut mesurer ce que ça représente. Aujourd'hui, la part de marché européenne en fonderie pure-play est de 0,9%. Soit 0,8 milliard sur un marché mondial de 96 milliards. La part fabless est encore pire : moins de 1% des revenus mondiaux. 97% du chiffre d'affaires semi-conducteurs européen vient des IDMs : Infineon, STMicro, NXP mais pas de designers de puces.
Si une startup française ou allemande conçoit un processeur, elle est obligée d'aller chez TSMC à Taïwan pour le fabriquer. Il n'existe aucune fonderie en Europe capable de produire en dessous de 7 nanomètres.
Et la dépendance ne s'arrête pas à la fabrication : Le rapport d'impact détaille les maillons critiques de la chaîne.:
- L'ABF Film, le polymère isolant utilisé dans le packaging de chaque CPU et GPU au monde : Ajinomoto, un seul fabricant japonais, détient 95% du marché.
- Le T-Glass, le tissu de verre spécialisé pour les substrats AI : Nittobo, un autre japonais, à 90%.
- Les photoresists, les films chimiques indispensables à la lithographie : JSR et TOK, Japon, environ 90%.
- Le wafer dicing, la découpe des puces : DISCO, Japon, 86%.
- Les EUV mask blanks : AGC et HOYA, Japon, 93%.
Un conflit en mer de Chine, un tremblement de terre au Japon, et toute l'industrie européenne du numérique s'arrête. Le rapport d'impact de la Commission chiffre l'exposition : 1 530 milliards d'euros de production européenne dépendent directement de la disponibilité des semiconducteurs.
L'automobile seule pèse 934 milliards. Cette fonderie est une réponse à des dépendances mesurées, documentées, et concentrées sur un nombre dangereusement faible de fournisseurs.
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Le statut "First-Of-A-Kind" (FOAK) :
Pour que ce type de projet devienne réalité, il faut plus que de l'argent. Il faut de la vitesse. Et là, l'Europe partait avec un handicap majeur.
Construire une usine de semi-conducteurs en Europe prend en moyenne 7,5 mois de plus qu'en Asie. Rien que les permis. Et chaque année de retard coûte environ 5% du budget total du projet. Pour une fab à 20 milliards, ça représente 625 millions d'euros partis en fumée juste à cause de l'administration.
Le Chips Act 2.0 crée un statut spécial pour régler ça : le FOAK, "First-Of-A-Kind". Concrètement, si votre projet est le premier du genre en Europe, vous obtenez un traitement accéléré :
- Un seul guichet administratif par pays.
- 12 mois maximum pour obtenir tous les permis.
- Procédure entièrement numérique.
- Plus de navette entre cinq administrations différentes pendant trois ans.
Et l'évolution clé par rapport au Chips Act 1.0 ce qu'avant, ce statut ne couvrait que les usines de fabrication.
Maintenant il s'étend à toute la chaîne de valeur des semis conducteurs. Matériaux spéciaux, équipements, circuits imprimés, packaging avancé, assemblage, centres de design.
Si vous construisez quelque chose de nouveau dans l'écosystème semi-conducteurs européen, vous pouvez en bénéficier.
C'est la "méthode Notre-Dame" de Macron transposée au niveau européen pour l'industrie des semi-conducteurs.
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Les "Régions d'Excellence" :
Jusqu'ici, chaque pays européen essayait d'attirer les investissements semi-conducteurs dans son coin. La France poussait Grenoble, l'Allemagne poussait Dresde, les Pays-Bas poussaient Eindhoven. Résultat : de la concurrence intra-européenne au lieu de la coordination. Le Chips Act 2.0 change ça.
Le texte crée un label officiel "European Semiconductor Region of Excellence". Les régions labellisées bénéficient d'investissements coordonnés en énergie, en réseau électrique, en formation et en attractivité. Concrètement : si vous êtes un investisseur et que vous cherchez où implanter une activité semi-conducteurs en Europe, ces régions auront l'infrastructure électrique dimensionnée, les talents formés, les permis accélérés et les connexions avec le reste de l'écosystème.
Les candidats évidents :
- Dresde en Allemagne (déjà surnommée "Silicon Saxony")
- Grenoble en France (STMicro, Soitec, CEA-Leti)
- Eindhoven aux Pays-Bas (ASML, NXP)
- Leuven en Belgique (imec)
- Catane en Italie (STMicro SiC)
- Villach en Autriche (Infineon).
L'idée de fond est simple : plutôt que de voir 27 pays se battre pour attirer une fab, on structure l'écosystème à l'échelle du continent. Chaque région a sa spécialité. Les régions se renforcent mutuellement. C'est la logique du réseau, pas de la compétition.
On voit ainsi une véritable volonté de mutualiser les efforts plutôt que de laisser chaque pays jouer perso.
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Le Chips Act 2.0 n'arrive pas seul :
Il fait partie d'un package de quatre textes déposés le même jour par la Commission. Et c'est quand on les lit ensemble que l'on comprend la stratégie.
Le CADA (Cloud and AI Development Act) impose de tripler la capacité datacenter européenne en cinq à sept ans. 200 milliards d'euros d'investissements.
Il crée quatre niveaux de souveraineté pour les services cloud, et les niveaux les plus élevés exigent une chaîne d'approvisionnement hardware traçable en Europe. Le lien est explicite dans le texte : "CADA's measures to accelerate the deployment of data centre infrastructure acts as a demand-side measure for the Chips Act 2.0."
En clair : chaque datacenter construit en Europe devient un client pour les puces européennes. Le CADA crée la demande. Le Chips Act crée l'offre. Les deux textes se nourrissent mutuellement.
L'Open Source Strategy consacre RISC-V comme architecture souveraine pour les semi-conducteurs européens. Et là, il faut comprendre pourquoi c'est un sujet aussi important.
Aujourd'hui, quasiment tous les processeurs du monde utilisent une architecture propriétaire : ARM (contrôlé par SoftBank, Japon) ou x86 (Intel et AMD, Etats-Unis). Chaque puce qui utilise ces architectures paie une licence. Et surtout, elle dépend d'une autorisation étrangère pour exister. Si demain les Etats-Unis décident de restreindre l'accès à ARM ou x86 comme ils l'ont fait avec Huawei, l'Europe n'a aucune alternative. Sauf si elle en construit une.
RISC-V est cette alternative. C'est une architecture open source, libre de droits, que n'importe qui peut utiliser et modifier. Et l'Europe est en train de bâtir tout un écosystème dessus.
- Le programme EPI (European Processor Initiative) développe deux pistes en parallèle : SiPearl conçoit le processeur Rhea pour les supercalculateurs européens, pendant que le Barcelona Supercomputing Center développe les accélérateurs EPAC entièrement basés sur RISC-V.
- Le projet DARE (Digital Autonomy with RISC-V in Europe) fédère des dizaines d'acteurs pour créer un écosystème logiciel complet autour de cette architecture.
- Kalray conçoit des processeurs de traitement de données (DPU).
- 2CRSi les intègre dans des serveurs souverains et coordonne le consortium AETHER pour les AI Gigafactories européennes. SiPearl fournit les processeurs HPC.
- Bull (racheté par l'Etat français) fabrique les supercalculateurs.
L'enveloppe prévue par la Commission pour l'écosystème RISC-V et les outils EDA open source : 1 milliard d'euros sur sept ans.
La Roadmap Energie/AI, quatrième texte du package, fixe les standards de durabilité pour les datacenters et organise l'accès au réseau électrique pour les futures AI Gigafactories.
Au total, les quatre textes forment une boucle :
- Le CADA crée la demande de datacenters.
- Les datacenters ont besoin de puces.
- Le Chips Act finance la production des puces.
- L'Open Source Strategy fournit l'architecture libre.
- La Roadmap Energie garantit l'alimentation.
C'est une véritable politique industrielle intégrée à tout les niveaux de la chaine de valeur des semi-conducteurs.
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Deux ajouts stratégiques : la photonique & le quantique
La photonique intégrée est ajoutée comme sixième composante officielle du Chips for Europe Initiative. Les circuits photoniques intégrés (PIC) sont la couche d'interconnexion optique qui permet aux datacenters IA de fonctionner à grande échelle. Le cuivre ne suffit plus. L'Europe dispose d'un avantage réel sur ce segment grâce à imec, au CEA-Leti et à plusieurs fonderies spécialisées.
Le quantique reste comme composante du Pilier I avec un pont explicite vers un futur Quantum Act européen. Le texte précise que la cohérence entre les deux textes "fournira l'opportunité d'établir un cadre politique quantique européen complet". Le renouvellement de la stratégie quantique que Macron a évoqué lundi à Versailles s'inscrit dans cette trajectoire.
Et une précision importante pour ceux qui pensent que l'Europe part de zéro. Le rapport d'impact documente les positions de force européennes dans la chaîne de valeur :
- ASML détient 100% du marché mondial de la lithographie EUV et 92% de la lithographie totale.
- Siemens EDA est le troisième éditeur mondial d'outils de conception de puces (15% de part de marché).
- Merck et Air Liquide contrôlent plus de 50% du marché mondial des précurseurs ALD et CVD, les molécules qui permettent de déposer les couches atomiques dans les puces avancées.
- Wacker Chemie est le leader mondial du polysilicium electronic-grade, la matière première des wafers.
- ASM International détient 10% du marché mondial de l'ALD, la technique de dépôt la plus critique pour les noeuds avancés.
- BESI détient 43% du marché mondial du die attach, l'étape d'assemblage des puces.
- Soitec est nommé dans le rapport comme acteur clé des wafers SOI et epiwafers.
etc..
L'Europe n'est pas absente de la chaîne de valeur. Elle est dominante sur certains maillons critiques (lithographie, chimie, substrats) mais absente ou marginale sur d'autres (fonderie, design fabless, packaging). Le Chips Act 2.0 n'invente pas un écosystème. Il coordonne des forces existantes et comble les trous.
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Quand on met tout ça bout à bout, voici ce qui vient de se passer en 72 heures :
Lundi 01 juin, Macron dit à Versailles devant les investisseurs étrangers : "L'Europe a peut-être été trop naïve jusqu'à présent." Il annonce la préférence européenne, la clause de protection, le fast-track pour les data centers, le renouvellement quantique.
Mercredi 03 juin, la Commission européenne dépose un texte qui crée des mécanismes contraignants pour forcer la demande de puces européennes, qui prévoit une fonderie sub-3nm ouverte à tous les designers EU, qui impose un guichet unique à 12 mois, qui lie chaque datacenter à la consommation de composants européens et qui structure l'écosystème en régions d'excellence.
Et dans les 173 pages du rapport d'impact publié le même jour, un mécanisme discret mais décisif : la Supply Chain Declaration dans les marchés publics, qui permet pour la première fois d'utiliser l'origine européenne des puces comme critère d'attribution.
Le discours et la loi disent la même chose. La différence c'est que le discours s'évapore. La loi reste.
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Depuis aujourd'hui, le changement de doctrine européenne n'est plus une intention. C'est un cadre réglementaire contraiganant pour 27 Etats, 450 millions de citoyens et un marché semi-conducteurs qui pèsera 1 600 milliards de dollars en 2030.
"L'Europe n'est plus naïve." 🇪🇺
Merci de m'avoir lu.
Firisis
Beaucoup d'inefficience sur les places européennes, il y a toujours un sacré délai entre les annonces initiales et le repricing final. La couverture des titres étant moins aggressive qu'aux US.
@BrontoM305 Au moins elles sont dessus, ce qui est bon signe pour ces dernières, elles sont parmi les sociétés qui factuellement sont susceptibles de tirer un benefice du chips act 2.0
J'ai publié tout à l'heure l'analyse complète du Chips Act 2.0. J'ai essayé également de traduire les mesures réglementaires en un score.
L'objectif : identifier quelles sociétés cotées européennes ont le plus d'alpha face à ce nouveau cadre réglementaire.
Le score est construit sur 6 critères directement tirés du texte de loi et pondérés selon leur impact sur les flux de commandes :
A. Demand-side (25%) : exposition aux mécanismes de création de demande (Demand Forum, Grand Challenges, procurement public souverain). C'est le pivot central du Chips Act 2.0.
B. CADA / AI Gigafactories (20%) : capacité à fournir le hardware des datacenters souverains et des AIGF (200 Mds EUR d'investissements, triplement de la capacité datacenter EU).
C. FOAK / Strategic Project (20%) : éligibilité au statut First-Of-A-Kind élargi à toute la chaîne de valeur (permitting accéléré à 12 mois, guichet unique).
D. IPCEI AST (15%) : positionnement sur les technologies couvertes par le 3e IPCEI semi-conducteurs (AI chips, photonique, packaging avancé, EDA).
E. Region of Excellence (10%) : ancrage physique dans les clusters semi EU labellisés (Dresde, Grenoble, Eindhoven, Leuven, Catane, Villach).
F. Photonique / Quantum (10%) : exposition aux deux ajouts structurels du Chips Act 2.0 (PIC comme 6e composante, pont vers le Quantum Act).
Chaque société est notée de 0 à 3 sur chaque critère. Score pondéré sur 18 points maximum.
le Top 20 est en image
Ce qui en ressort : les large caps (ASML, Infineon, STM) scorent haut grâce à l'infrastructure et aux clusters. Mais l'alpha asymétrique est dans les small/mid caps exposées simultanément au demand-side ET au CADA. Le marché price déjà les premières. Pas encore les secondes.
Je vous invite à consulter l'article si le détail vous intéresse.
⚠️ Analyse basée sur des documents réglementaires publics. Aucune recommandation d'achat ou de vente. Vous êtes seul maître à bord de vos investissements.
J'ai publié tout à l'heure l'analyse complète du Chips Act 2.0. J'ai essayé également de traduire les mesures réglementaires en un score.
L'objectif : identifier quelles sociétés cotées européennes ont le plus d'alpha face à ce nouveau cadre réglementaire.
Le score est construit sur 6 critères directement tirés du texte de loi et pondérés selon leur impact sur les flux de commandes :
A. Demand-side (25%) : exposition aux mécanismes de création de demande (Demand Forum, Grand Challenges, procurement public souverain). C'est le pivot central du Chips Act 2.0.
B. CADA / AI Gigafactories (20%) : capacité à fournir le hardware des datacenters souverains et des AIGF (200 Mds EUR d'investissements, triplement de la capacité datacenter EU).
C. FOAK / Strategic Project (20%) : éligibilité au statut First-Of-A-Kind élargi à toute la chaîne de valeur (permitting accéléré à 12 mois, guichet unique).
D. IPCEI AST (15%) : positionnement sur les technologies couvertes par le 3e IPCEI semi-conducteurs (AI chips, photonique, packaging avancé, EDA).
E. Region of Excellence (10%) : ancrage physique dans les clusters semi EU labellisés (Dresde, Grenoble, Eindhoven, Leuven, Catane, Villach).
F. Photonique / Quantum (10%) : exposition aux deux ajouts structurels du Chips Act 2.0 (PIC comme 6e composante, pont vers le Quantum Act).
Chaque société est notée de 0 à 3 sur chaque critère. Score pondéré sur 18 points maximum.
le Top 20 est en image
Ce qui en ressort : les large caps (ASML, Infineon, STM) scorent haut grâce à l'infrastructure et aux clusters. Mais l'alpha asymétrique est dans les small/mid caps exposées simultanément au demand-side ET au CADA. Le marché price déjà les premières. Pas encore les secondes.
Je vous invite à consulter l'article si le détail vous intéresse.
⚠️ Analyse basée sur des documents réglementaires publics. Aucune recommandation d'achat ou de vente. Vous êtes seul maître à bord de vos investissements.