Stéphane Mallat (médaille d'or CNRS) : les LLM, ces simples "machines à calculer des probabilités", ont des performances en langage naturel et mathématiques "extraordinairement surprenantes", au point qu'on peut se demander si notre cerveau ne fonctionne pas de la même manière...
Aussi séduisant soit-il, je ne partage pas du tout cet avis.
Loin d'être originale ou visionnaire, l'idée défendue ici est en réalité très répandue, et elle n'en est que plus dangereuse. Il est d'ailleurs intéressant que ceux qui croient savoir ce qui rendrait les mathématiques "enfin intéressantes" sont ceux-là mêmes qui, d'une part, ne les trouvent PAS intéressantes, et d'autre part, ignorent pratiquement tout de ce qu'elles sont.
L'idée qu'un élève s'intéressera aux mathématiques le jour où il comprendra qu'elles servent à stabiliser des drones ou à orienter des bras robotiques est une idée absurde, voire grotesque. Ce n'est pas seulement se tromper sur la question des mathématiques, c'est aussi se tromper sur la nature de la motivation intellectuelle en général.
On n'apprend pas une chose parce qu'elle est utile – en tout cas pas en profondeur, et pas durablement. L'utilité immédiate peut déclencher un intérêt superficiel, une curiosité passagère, chassée par la suivante. Mais ce qui engage vraiment un esprit, ce qui l'amène à revenir, à insister, à traverser les difficultés, c'est tout autre chose : une résonance intérieure, le contact avec quelque chose d'indéfinissable, un aperçu fugace d'une fragile notion vérité, une rencontre inattendue avec un univers plus vaste, pas tout à fait inaccessible. C'est là qu'opèrent avec puissance les mathématiques. Les réduire à un outil au service d'applications techniques, c'est leur ôter précisément ce qui les rend précieuses, et c'est donc en réalité c'est leur ôter toute chance de susciter le moindre intérêt. D'ailleurs, la méthode proposée a été tentée, maintes et maintes moins… toujours avec le même résultat catastrophique.
Bref, certaines affirmations contenues dans ce message sont séduisantes, mais tout simplement fausses : non, il n'est pas vrai que "les maths deviennent passionnantes quand elles résolvent un problème que vous pouvez toucher, voir et manipuler." Outre que nous n'ayons manifestement pas le même sens du mot "passionnant" (!), c'est n'est tout simplement pas des mathématiques qu'il s'agit ici. C'est comme si l'on disait : "la philosophie devient passionnante quand elle permet d'écrire une liste de course à présenter à un marchant de légumes" (et j'adore les légumes !).
D'ailleurs, l'argument utilitaire s'effondre de lui-mêmes, balayé par les révolutions en cours. Car si l'objectif est de résoudre des équations différentielles ou d'inverser une matrice pour je ne sais quel processus d'optimisation, alors ce type d'apprentissage devient de plus en plus inutile, au contraire ! Franchement, les machines font ça très bien toutes seules. Et il n'y a même plus besoin d'apprendre à les programmer. L'IA s'en charge à merveille !
C'est un contresens complet que de croire qu'on a besoin de plus de gens qui savent résoudre des problèmes de maths. Ce dont on a besoin, ce sont des gens qui savent penser, qui savent dépasser l'évidence approximative, qui savent envisager les choses à leur racine, qui savent identifier des structures communes dans des situations diverses, qui savent envisager les problèmes dans leur globalité, comprendre les dépendances de différentes propriétés d'une même chose, interroger les présupposés hasardeux, etc.
Ce sont des capacités que les mathématiques — dans leur dimension abstraite, justement — développent de manière unique. Les transformer en formation technique déguisée, c'est rater complètement la cible.
À vrai dire, il me paraît difficile d'imaginer projet plus aliénant, moins émancipateur que celui qui consisterait à inculquer l'idée que la valeur des choses se trouve dans leur utilité technique, concrète, immédiate.
Et d'ailleurs, s'il y a effectivement lieu de s'alarmer de l'effondrement du niveau mathématique en France, c'est parce que ce qui a longtemps donné son avantage économique et technologique à notre société, c'est précisément de ne pas l'avoir visé d'emblée dès la maternelle ! C'est d'avoir visé plus loin. Plus profond. D'avoir élevé l'âme et l'esprit à la structure fondamentale des choses, au goût de la vérité, à la méditation sur la nature du monde, sur la notion même d'objet, d'élément, de système, plutôt qu'à tel ou tel système particulier, sans intérêt en lui-même. Les mathématiques révèlent ce qui a un intérêt profond derrière ce qui n'a de l'intérêt que très localement, très anecdotiquement.
Sans compter que les grandes avancées technologiques dont notre société marchande est si friande ne sont absolument pas issues de mathématiques développées avec une quelconque visée applicative (nombres complexes, géométrie non-euclidienne, théorie des groupes, et tant d'autres…).
Comme j'aime à le répéter : on ne découvre pas le laser en cherchant à améliorer la bougie !
Bref, la solution au problème de l'enseignement des mathématiques n'est pas dans l'abaissement des ambitions sous couvert de "pédagogie active". Elle est dans la capacité à transmettre ce qu'il y a de profond, de vaste, d'abstrait bien sûr, bref, de fondamentalement humain car prodigieusement émancipateur, dans les mathématiques elles-mêmes – et, non, ce n'est pas la possibilité de stabiliser un drone en vol !
Ce n'est pas facile, cela requiert de l'exigence – un mot à réhabiliter d'urgence ! – et des enseignants compétents, passionnés, comprenant leur discipline. Mais c'est indispensable.
There’s a new law about to take effect around WCAG (Web Content Accessibility Guidelines). As I understand it, if you’re at a public university and post PDF notes or lecture videos without meeting both a stringent and unclear set of accessibility requirements, you can be sued. So universities are, understandably, going frantic trying to comply.
This is the completely wrong way to go about fixing a real problem for people with disabilities. The obvious outcome is that instructors like me will stop posting “bonus” materials -- recordings, handwritten notes, extra explanations -- and just stick to lecturing on the blackboard. But then we all lose.
A better approach would be to let instructors keep sharing what helps students, and have institutions (e.g. Disability Services Offices) step in to provide accessible versions when needed. With modern tools (AI), that’s increasingly feasible and not too costly. Instead, we're creating a system where everybody loses.
Am I missing something?
Jean-Frédéric Gerbeau (directeur général délégué à la science, Inria) décrit les "progrès spectaculaires" de l'IA en mathématiques : "j'ai des collègues à l'Inria qui me disent que certaines démonstrations qui leur aurait pris des semaines se font aujourd'hui en quelques heures".
A new milestone in automatic formalization:
We translated an entire graduate math textbook into Lean using 30K LLM agents.
Open-source, large-scale multi-agent inference that actually works
> Blueprint+Lean: https://t.co/YkhG2g1cWp
> Codebase+preprint: https://t.co/EH3IphOKZ3
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Bioconda now recommends Pixi ahead of conda and mamba as the way to get started. This means a lot to us. We're all-in on making Pixi the best tool for scientific package management.